2024 : Macky Sall mandate l’incertitude

Le chef de l’Etat a tranché. S’il dit non à un troisième mandat, ce sera le capharnaüm dans les rangs de sa formation politique. S’il dit oui, ses détracteurs le traqueront encore jusque dans les chicottes faites de palabres à n’en plus finir. Dans cette logique, dans son choix binaire, nous ne sommes pas tenus de nous enfermer. Il y a une troisième option, celle de vider définitivement la question et d’exercer ses prérogatives sans faiblesse coupable afin de maintenir le cap. Macky Sall préfère, ainsi, entretenir le flou et plonger l’opinion, les dauphins précoces et les adversaires pressurés dans une sorte d’expectative beaucoup plus paralysante.

Difficile de croire que le Président va réussir le pari de la pacification de l’espace public en s’abstenant de se prononcer clairement sur le 3eme mandat. L’opposition commettra l’erreur de se focaliser sur la question en lieu et place des modalités électorales. Macky Sall fera face à l’opinion s’il se désiste et devra assumer un tel passif. Abdoulaye Wade avait réussi à légaliser sa participation, en vain. En raison de l’inévitabilité de l’issue, défaite et sortie par la petite porte, il y a fort à parier que Macky Sall ne foulera nullement au pied son engagement de dernier mandat. Il a toujours poussé le bouchon trop loin, mais jamais sans la pleine mesure de la réalité et de la faisabilité, juridicité et sentimentalité.

A l’horizon 2024, se dessine la même tactique d’endiguement des poussées d’ardeur qui a toujours prévalu en faveur de l’apériste en chef depuis 2012. Le débat sur la légalisation de l’homosexualité lors du dernier référendum puis le débat sur le parrainage préélectoral ont beaucoup dérouté l’opposition. Cette fois-ci, la polémique qui naitra de la position du Président sur sa candidature fera office de bâton du magicien, leurre des sens et déviation d’objectif. Pourtant, si ce n’est pas Macky Sall, ce sera de toute façon un autre de ses acolytes, estimé et épaulé en particulier par lui-même.

Parviendra-t-il encore à couvrir l’espace politique d’épaisse fumée noire, faite de suppositions et de conjectures ? L’effet ultime de son imprécision n’est pas de se disqualifier ou de s’aménager une possibilité de briguer un troisième mandat. C’est plus cynique, beaucoup plus charlatanesque. Il lui faut se prémunir des questions sur les vrais enjeux qui fatiguent et qui fâchent. Il faut surtout maintenir la longueur d’avance sur les opposants convertis par l’effet même en ensorcelés militants contre la réélection d’un virtuel candidat sortant. Au bout du compte, ces derniers décevront d’accusations abusives et d’impréparation politique.

D’un autre côté, la société civile s’imaginera bouclier contre une éventuelle violation de la Constitution en exigeant des garanties jusqu’à en faire une question centrale de la vie publique. De cette manière, elle confisquera, comme d’habitude, le rôle d’animation de l’espace politique au détriment des partis de l’opposition et de leurs leaders. Bataille de légalité avec son aspect trop formaliste, juridiciarisation de l’espace médiatique, entretenue par des professionnels et qui dépouille, qui relègue les hommes et femmes politiques en simple spectateurs ou ses techniciens du droit.

Subrepticement, la candidature de Macky aux prochaines élections inspire la crainte, en souvenir du chaos de 2011. Si leçon doit être tirée des élections de 2012, c’est bien celle de devoir circonscrire la question du mandat dans les limites nettes de la parole donnée. Ce faisant, il ne sera question que d’engagement, de foi et d’honneur. Ainsi, les autorités religieuses et coutumières seront prises en témoins parce que leur responsabilité de gardiens de la morale et du dogme sera mise à l’épreuve. Les acteurs politiques doivent en faire couramment le rappel sans jamais accepter d’en faire les frais.

Birame Waltako NDIAYE

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