Adama Gaye et l’amitié civique virtuelle

Par Birame Wlatacko NDIAYE

A mesure que l’illusion de la gratuité, désintéressement dans l’engagement politique, est perceptible, l’opinion publique adhère, s’identifie et soutient l’acteur politique émetteur. L’arrestation d’Adama Gaye divise les Sénégalais quant à sa raison d’être et à son opportunité non pas pour sa base légale, mais parce que l’homme ne convainc pas assez de béatitude, de bonté et de bien-fondé. En bloquant systématiquement ses contradicteurs, en ciblant dans ses diatribes et Macky Sall et des «ennemis de Macky Sall», en passant pour arrogant et très suffisant auprès d’animateurs du saint espace web, M. Gaye s’est jeté dans la gueule du loup sans dard, sans barre, même pas avec un petit pétard à retardement. L’opinion publique est très compliquée.

Alors Premier ministre, Abdoul Mbaye avait fait l’objet de calomnies et de critiques sous les seuls prétextes d’une liberté d’opinion et d’une motivation fallacieuse de transparence dans la chose publique. Il était accusé de blanchiment d’argent pour une affaire vieille de 20 ans et pour le compte d’une institution financière qui, du reste, n’a eu à enfreindre aucune règle juridique. Plus qu’une accusation, il s’agissait là d’une machination de frondeurs coupables d’hérésie dans l’expression des libertés individuelles. Entre temps, M. Mbaye est passé dans les rangs de l’opposition et, la perception de l’opinion est devenue tout autre. Plus cocasse encore, l’opinion et la classe politique rejettent presque toujours les accusations de mauvais garçon. Il faut en rire. C’est à croire que tout le monde en cache des tonnes au point qu’accepter une telle posture expose chacun au dévoilement de ses propres écarts. Seules la sobriété et la sincérité dans l’action publique témoignent des engagements moraux. C’est ça le code d’honneur. De cette manière, moindre mal, les diffuseurs de ragots voient le tapis subliminal se dérober sous leurs pieds. Quand un mal est très répandu, il devient danger pour tous non pas seulement par ses méfaits, mais d’abord parce qu’il met en sursis tout le monde ou beaucoup d’entre les pasteurs et posteurs de merveilles.

La volonté de changement est souvent minée par la nécessité récurrente de pointer du doigt les libertés publiques pour en faire une mesure corrélative du développement. Le manque de discernement qu’opère une bonne frange des médias et des activistes marque leur indifférence à l’impérieuse pertinence des arguments de veille et de contrôle. Plus que de simples témoins de l’action sociale, les médias constituent des acteurs sociaux à part entière. A ce titre, il leur incombe la charge de restaurer continuellement les règles régissant les interactions du champ politique. Intime conviction. Guy Marius Sagna et Adama Gaye ne sont arrêtés que pour prévenir sinon éteindre le feu qui couve sur la gestion des ressources naturelles. Détournement d’objectif, le régime a saisi des fenêtres d’opportunité qui lui permettent d’asseoir une base légale tout en mettant hors d’état de nuire des pourfendeurs manifestes. Cependant, il n’est pas question de principe. Tout est dicté, comme d’habitude, par la sympathie que nous avons pour l’un ou pour l’autre. Sous ce rapport, nous demandons vivement et trois fois de suite la libération du sympathique et engagé Guy Marius Sagna et ensuite nous voulons que le journaliste Adama Gaye soit libre.

Waltako

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