Air Sénégal Sa : le Dg déroule ses plans de vol

Nommé directeur général d’Air Sénégal en avril dernier, le polytechnicien, Ibrahima Kane, a pris quatre mois pour diagnostiquer la compagnie aérienne. Il en découle une stratégie de développement du pavillon national qui sera mise en œuvre dès le 27 octobre prochain, marquant le début de la saison hiver dans le transport aérien. Le changement d’horaires du vol Dakar-Paris, qui se fera désormais la nuit, est au cœur de cette stratégie dont le contenu est dévoilé, en exclusivité au « Soleil » par M. Kane.

Vous êtes nommé Directeur général d’Air Sénégal depuis quatre mois. Comment se passe votre installation ?
J’ai démarré avec l’équipe Air Sénégal, effectivement, depuis le mois d’avril et c’est avec un grand plaisir que nous avons pu abattre une masse importante de travail. Ce travail, nous l’avons présenté (le 14 août, Ndlr) à nos partenaires qui sont les institutionnels et les directions de la plateforme aéroportuaire de Dakar : l’Agence nationale de l’aviation civile et de la météorologie (Anacim), Aibd, Aéroports du Sénégal (Ads), le Bureau d’enquête et d’analyse pour la sécurité de l’aviation civile ( Bea) et également le ministère du Tourisme et du Transport aérien, les directeurs généraux des ministères des Finances, de l’Economie et l’ensemble des parties prenantes que ce soit l’Armée de l’Air, la Haute autorité, l’Ecole polytechnique de Thiès qui forme les jeunes ingénieurs sénégalais à l’aéronautique et globalement l’ensemble des partenaires de Air Sénégal. Le projet Air Sénégal les concerne et nous avons souhaité partager avec eux notre stratégie pour les trois prochaines années.

Avant de revenir sur la stratégie, pouvez-vous nous faire le diagnostic de la compagnie depuis le démarrage de ses activités ?
Aujourd’hui, Air Sénégal dessert dix destinations avec une couverture de neuf pays. Nous sommes arrivés à ce niveau de manière accélérée. Nous avons commencé nos opérations seulement le 14 mai 2018, soit un peu plus d’un an. Et Air Sénégal est, aujourd’hui, la première compagnie aérienne en termes de nombre de passagers transportés de la plateforme aéroportuaire de Diass avec plus de 300.000 passagers chaque mois. Nous allons atteindre certainement les 400.000 passagers cette année. Air Sénégal a donc une courbe de développement prometteuse qui nous permet d’envisager l’avenir avec sérénité en nous appuyant sur tous nos partenaires et également sur l’expérience de nos équipes parce que nous sommes enracinés dans un pays qui a une histoire aéronautique centenaire.

Vous êtes arrivé dans un contexte qui n’était pas apaisé. Sur quels ressorts de management êtes-vous appuyé pour travailler dans un climat plus adéquat ?
Nous évoluons dans un climat où nous sommes focalisés sur les défis actuels d’Air Sénégal. L’ensemble de l’équipe et l’ensemble de nos partenaires ont tous en ligne de mire cet objectif. Il y a aussi cette forte envie de l’ensemble des Sénégalais d’être fiers de notre compagnie. Il est évident que lorsqu’on a envie d’être fier de quelque chose, lorsqu’on veut s’engager auprès de cette fierté nationale, on a des inquiétudes. Et ces inquiétudes s’expriment, ce qui est normal. Et nous sommes là pour entendre les inquiétudes parce que chaque Sénégalais a envie que Air Sénégal soit un succès. Chaque Sénégalais va exprimer ses inquiétudes et nous devons les reprendre comme nous l’avons fait avec nos partenaires en leur présentant notre plan de développement.

Quels sont les contours de cette stratégie de développement pour les trois prochaines années ?
L’avenir, c’est qu’Air Sénégal a pour mission de faire de l’Aibd un hub international qui va relier les pays de la sous-région avec l’intercontinental. La première annonce, c’est qu’à partir du 27 octobre de cette année, nous allons changer l’horaire du vol de Paris qui va passer de vol de jour à vol de nuit. Désormais, le vol va quitter Dakar à 00 h 35. L’arrivée est prévue à Paris à 7h du matin. Pour le trajet Paris-Dakar, notre avion partira de l’aéroport parisien de Charles De Gaulle (Roissy) à 9 heures pour une arrivée à Dakar à 13h30. Ce qui permet aux passagers en provenance de Paris de continuer sur Ziguinchor, Bamako, Ouagadougou, Abidjan, Bissau, Nouakchott, Conakry… Et ce même avion va revenir avec les passagers sur Dakar leur permettant soit d’atterrir à Dakar ou de continuer vers les destinations intercontinentales avant minuit, c’est-à-dire l’heure de départ du vol international.

Qu’est-ce qui motive ces changements ?
C’est plus une application, une mise en œuvre du plan d’actions d’Air Sénégal. Notre compagnie nationale a généralement deux missions. La première est de faire de Dakar un hub aérien. Air Sénégal n’est qu’une composante du volet aérien du Plan Sénégal émergent (Pse). C’est l’un des 27 projets phares du Pse. La première composante étant l’aéroport Aibd que nous avons eu le plaisir d’inaugurer en décembre 2017. Et la deuxième composante de cette première mission est qu’Air Sénégal doit mettre en œuvre tout pour capitaliser le trafic sur nos lignes. La deuxième mission d’Air Sénégal est d’être un succès dont sera fier tout le Sénégal. C’est ce constat, cet objectif qui a mené à cette structuration qui fait que nous devions transformer notre structure pour faire de Dakar un hub aérien.

Etes-vous satisfait de l’axe Dakar-Ziguinchor ? Est-ce que vous comptez développer ce trafic intérieur ?
C’est une excellente question. Vous êtes en train de toucher du doigt la troisième composante du projet Dakar hub aérien. Nous avons deux composantes déjà en place que sont celle « aéroport » et celle « compagnie aérienne ». Cette troisième composante comprend également l’ensemble des services que sont la maintenance, le tourisme transit et le service aéroportuaire. En résumé, c’est un projet des aéroports régionaux. Il porte sur 200 milliards de FCfa en cours d’exécution qui va concerner la mise à niveau de l’ensemble des aéroports du pays, des régions. Et au fur et à mesure de ces mises à niveau, Air Sénégal va s’y poser pour relier l’ensemble de ces points à partir de Dakar, de manière à avoir un nombre de services comparables à ce qu’on peut avoir sur Ziguinchor. Ziguinchor, c’est deux vols par jour pour Air Sénégal. La demande est importante avant même notre programme de communication qui sera déroulé dans les prochains jours.

Il y a des demandes sur Saint-Louis et d’autres capitales régionales. Qu’est-ce qui est prévu pour mettre aux normes les aéroports régionaux ?
Saint-Louis est le premier aéroport sur la liste du projet de rénovation et de réhabilitation des aéroports. Cette ville va donc passer dans le réseau Air Sénégal.

Les mêmes demandes concernent Cap Skirring…
En passant sur un réseau hub, nous permettons aux touristes de quitter l’Europe ou les Etats-Unis, à partir du mois de juin 2020, d’arriver à Dakar à 13h30. Ensuite, ils pourront prendre la compagnie Air Sénégal et aller sur la Casamance dans la même journée sans devoir passer la nuit à Dakar. Ils pourront, au retour, prendre l’avion de la Casamance, passer sur Dakar avant minuit et prendre leur vol pour aller sur l’intercontinental. Toute notre structuration est faite autour du besoin de ce touriste qui ne va plus perdre une journée d’hôtel comme c’est le cas actuellement. Il va se diriger vers l’aéroport où qu’il se trouve sur le territoire national.

Il y a l’aval obtenu récemment par Air Sénégal de voler en Europe. Quel commentaire vous en faites ?
Ce sont des remerciements et des félicitations. Nous remercions l’ensemble des personnes qui ont participé à ce projet, à commencer par notre tutelle, le ministère du Tourisme et des Transports aériens, ensuite l’Anacim, nos actionnaires, principalement l’Etat du Sénégal avec la Caisse des dépôts et consignations (Cdc) et les équipes d’Air Sénégal qui ont travaillé d’arrache-pied pour obtenir cet aval. Aujourd’hui, Air Sénégal peut opérer, avec ses propres avions, dans tous les pays d’Europe, c’est-à-dire toutes les destinations classiques où nous avons des touristes qui viennent au Sénégal ou des Sénégalais qui vont et reviennent.

Qu’en est-il du partenariat, du «cordon ombilical» avec  «la grande sœur» Air France ?
Le partenariat que nous avons avec l’ensemble des compagnies aériennes est dans une phase de réussite. Et Air Sénégal dont le cordon ombilical est lié au Sénégal avec des compagnies que ce soit Air France, Air Côte d’Ivoire, Tacv, qui sont des partenariats solides, nous allons devoir développer d’autres partenariats. Cela se passe ainsi dans le monde aéronautique. Nous ne pouvons pas aller quelque part sans chercher à développer un partenariat au point d’arrivée.
Le partenariat à Paris naturellement va se faire avec la compagnie leader. Quand on ira sur d’autres destinations, nous allons chercher à nouer des partenariats avec des compagnies leaders pour ces destinations. Et il est évident que le partenariat est toujours accompagné, à certains moments, de la compétition. Cela fait partie des règles du jeu et Air Sénégal a un bon équipement avec des A330 de toutes générations.
Air Sénégal est la première compagnie africaine à recevoir cet aéronef et également la deuxième compagnie au monde. Nous avons les équipements et les arguments pour discuter d’égal à égal avec nos partenaires qui parfois peuvent aussi être des compétiteurs mais de la manière la plus correcte.

Il y a le départ d’Aibd de la compagnie sud-africaine, mais également celle saoudienne, est-ce que la stratégie que vous venez de décrire sera mise en place avec ces compagnies leaders dans leur pays ?
Exactement. Le fait de construire le hub fait de Dakar une plateforme intéressante. Lorsque nous allons discuter avec nos collègues d’Arabie Saoudite, nous allons partager avec eux le volume de passagers qui quittent Dakar pour Djeddah. Nous allons discuter avec eux autour de ce partenariat. Nous allons également discuter avec eux autour du partenariat concernant le volume des passagers de la sous-région qui vont vers la même destination. De même que du volume de passagers de la sous-région qui peuvent aller au-delà de Djeddah en utilisant les lignes de la Saudia Airlines. Ce qui fait que nos volumes pourront être multipliés par sept ou huit parce qu’Air Sénégal a créé ce hub. Ce qui fera d’Air Sénégal un partenaire solide avec qui les autres compagnies discuteront d’égal à égal, quelle que soit la taille de ces compagnies.

Quelle est la stratégie développée en direction de la diaspora ? 
Aujourd’hui, la diaspora est au cœur de notre préoccupation. Nous avons le souci de nous ajuster aux besoins. Nous ajuster aux besoins signifie offrir à la diaspora un service de qualité, une ponctualité et également des capacités au moment où ils vont avoir besoin de venir au Sénégal. Nous ajuster, c’est aussi avoir une politique commerciale qui correspond aux besoins des gens qui viennent au Magal de Touba, aux Gamous, aux différentes fêtes religieuses. Nous allons avoir une politique tarifaire spécifique parce que nous sommes au Sénégal, nous sommes des Sénégalais. Nous connaissons les besoins que nous-mêmes nous pouvons avoir pour aller voir nos familles, pour aller aux événements importants.
Air Sénégal doit être du côté de la diaspora et des Sénégalais, faire en sorte qu’ils sentent que c’est leur compagnie. A côté de cela, nous allons toujours proposer tout ce qui est mieux en termes de connexion. Les gens qui vont à Paris ne vont pas seulement à Paris. Souvent, ils vont à Paris, ils vont aussi en province (régions françaises, Ndlr) également.
Nous allons nous positionner sur des aéroports où nos clients peuvent aller partout le plus rapidement possible, que ce soit à Paris, parfois même à Bruxelles. Ils peuvent atterrir à l’aéroport Charles De Gaulle pour prendre le train à destination de Bruxelles. C’est est un élément de calcul commercial, opérationnel pour optimiser l’impact d’Air Sénégal dans le bassin de l’aéroport Charles de Gaulle.  Nous pouvons toujours, en fonction des besoins, évaluer l’opportunité de s’élargir et voir dans quelle mesure s’ouvrir à d’autres destinations.

Quelle est la flotte d’Air Sénégal ?
La flotte Air Sénégal est composée de cinq appareils. Deux appareils à terre qui ont été acquis sur ressources propres par Air Sénégal, deux appareils A319 qui sont à l’usine et qui nous permettent de desservir la sous-région et bientôt d’autres destinations et deux appareil A330 Néo dont l’un est disponible et l’autre arrive au mois de septembre.

(Le Soleil)

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