Attaques récurrentes contre les grands guides religieux : ça va trop loin

Par Birame Waltako NDIAYE

 

Les échanges houleux à relents politiques qui portent sur des attaques à l’endroit des grands guides religieux font craindre le pire. Ils sont graves parce que annonciateurs de fracture dont les débris seront hors de tout contrôle. L’explosion des nouvelles technologies a précipité le Sénégal dans une cacophonie qui trompe plus qu’elle ne traduit la réalité des préoccupations sociales. L’opinion, prise de court en permanence, titube et se braque dans un élan réactionnaire et radical. Toute nuance s’interprète et s’envisage comme étant manquement au devoir de fidélité et d’intégrité.

Les citoyens subissent l’assaut permanent d’informations qui s’enfilent et se tamponnent dans la presse et dans les réseaux sociaux. L’opinion publique, ainsi saturée, perd ses repères et ses moyens. Sans recul possible, elle est désorientée et manipulée. De bonne foi, elle cède souvent à la peur. Pour se prémunir, elle s’empare des outils à sa portée, les invectives, la violence et l’argument du «tous dans le même sac».

En outre, la fin de l’Etat-Providence précipite les appareils d’Etat dans une sorte de déclin. Toutes choses étant égales par ailleurs, la crise de confiance et de leadership s’explique par les exigences nouvelles de prise en charge individuelle des besoins qui, jusque-là, étaient couverts par les fonds publics.

En Afrique, contrairement aux pays développés où la transition s’est faite en douceur, les populations sont larguées, sans préparation ni ressources concurrentes. Les Africains tanguent entre l’idéal de progrès et le cynisme des temps modernes. L’analyse des divers niveaux d’information entre les élus, les masses et l’administration rend compte de la spécificité des défis de renforcement de la démocratie participative.

Les rapports de force et autres ruses politiciennes sont indissociables du jeu politique. Néanmoins, ils ne doivent, en aucune manière, constituer la finalité de l’action publique. Il y a lieu d’espérer que les nouveaux venus apprennent de ce que fut le péché hérétique des chasseurs de mots d’ordre électoralistes. Tout compte fait, la stratégie de rapprochement des acteurs politiques avec les personnalités religieuses finit toujours par se retourner contre les stratèges.

Entre les engagements de la responsabilité de conviction et les contraintes pratiques de gouvernance, il y a place à réévaluer les promesses qui se heurtent aux contingences de responsabilité éthique. Les volontés plébiscitées de rupture dépassent la simple mise en œuvre de changement artificiel des genres.

Le pouvoir confère des privilèges qui trouvent leur raison d’être dans le dévouement au service de l’intérêt général. Le titre et la fonction ne suffisent pas à justifier la notoriété conférée à la classe politique. Elle s’explique par l’ampleur et la solennité des charges, pour autant que les conditions économiques en tolèrent le niveau. Si elle vient à éloigner l’administrateur des administrés, c’est parce qu’elle ne se justifie plus par des exigences d’efficience et ne s’inscrit plus dans les limites de la décence républicaine.

L’Afrique se débat dans les filets des accords commerciaux et des termes scandaleux des échanges internationaux. Les vagues de terreur du commerce international, inlassablement, viennent se briser sur ses rivages déjà désensablés par les sévices de la dette. Les chaines de la gouvernance mondiale l’enfoncent, sans répit, dans la spirale de la dépendance.

Entre la classe politique, l’administration et le peuple, de qui devons-nous attendre un savoir raison garder ? Ils se renvoient, sans cesse, la balle, aménageant ainsi les conditions d’une crise sans précédent de légitimité, de leadership et de confiance.

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