Avis d’inexpert : De la pub au sommaire du journal parlé

Ça en indigne les journalistes et des téléspectateurs : vendredi 17 juillet 2020 en plein journal télévisé de la Rts 1, un reportage annonce l’arrivée, au Sénégal, de célèbres sodas montrés avec ostentation par la caméra. Cet avènement commercial est le partenariat entre une entreprise agro-alimentaire sénégalaise et une multinationale américaine de breuvages de renommée mondiale. Cette publicité est insérée dans le sommaire du Jt de la Rts1 coutumière des faits, notamment avec certaine école dakaroise de formation professionnelle dont nombre de ses activités de promotion sont dûment couvertes par la Rts et inscrites au sommaire du journal télévisé. Nous avons eu à écrire beaucoup de fois sur cette forme de pub «braconnière». Cette école a-t-elle introduit un nouveau module dans ses programmes, voilà que la Jt de la Rts 1 consacre un élément à cette nouveauté. Là où il y a iniquité, c’est que d’autres écoles de la même orientation ne bénéficient d’aucun enthousiasme des «reporters» de la Rts.

Que l’école paye ne justifie point que le reportage sur son partenariat, avec des écoles canadienne et française, soit diffusé au Jt au lieu de la page publicitaire et que soit indiqué, sans équivoque ni camouflage, que l’élément est un publireportage. Il aurait été plus concevable quand la télé (nationale ou privée) consacre, par exemple, un dossier sur le partenariat entre écoles d’enseignement supérieur sénégalaises et des homologues étrangères ; et ce serait l’occasion de parler de toutes les écoles de ce format plutôt que d’une seule qui bénéficie seule et toujours du traitement de la télévision.

Information et publicité sont bien différentes, quoique pouvant présenter des aspects communs.  «La confusion volontaire entre l’une et l’autre a souvent installé bien des journalistes dans la contrariété de devoir traiter une information générale alors que les objectifs sont ouvertement commerciaux. Un exemple : telle puissante multinationale de télécommunications, telle cimenterie rendent public un communiqué et/ou tiennent une conférence de presse pour annoncer «la baisse de ses tarifs à un niveau jamais atteint par la concurrence» (sic), avions-nous eu à écrire dans un numéro de cet «Avis d’inexpert»

«Pub rédactionnelle !», se seraient écriés les journalistes intransigeants, partisans d’une délimitation stricte entre l’information et la publicité.

Comment y arriver quand soi-même on considère qu’annoncer au public une baisse des tarifs des télécommunications chez tel opérateur et non chez tel autre est de la publicité qui ne dit pas son nom et que le bénéficiaire d’un tel effet d’annonce aurait dû passer à la caisse du service commercial du journal ou de la radio supports pour payer une publicité tout ce qu’il y a de plus racoleuse. 
De la sorte, derrière une information bien d’intérêt public se faufile une communication, une action de relation publique qui prend la presse comme support et le journaliste comme publiciste. »

«La préoccupation du publicitaire est de faire en sorte que son annonce soit confondue avec une information tout ce qu’il y a de vraie et vérifiée par le journaliste usant de sa liberté. «L’information de relations publiques (…) vise un objectif qui est de contribuer à créer ou maintenir des relations confiantes entre l’entreprise et ses différents publics. Ce qui n’est pas un acte désintéressé», information, relations publiques propagande», écrit Ch. E. Glachant.

L’affaire du publireportage du Jt de Rts1 du 17 juillet 2020 a suscité déception et polémique sur la page WhatsApp «Mon Cesti» de journalistes issus du Cesti (institut de journalisme de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar). «Toute entreprise a le droit de faire sa com. Mais, aucun journal télévisé ne devrait avoir le droit de nous imposer la com d’une entreprise commerciale. Ce débat ne date pas d’aujourd’hui», écrit un intervenant.

Saura-t-on méditer sur cette vérité, même si l’exigent les moyens de vivre ?

Jean Meïssa DIOP

Post-scriptum : Les voyant-e-s qui s’épanchent sur les réseaux sociaux révélant des résultats de leur voyance sollicitée ou non violent des données personnelles. Par exemple, celles concernant Marième Faye Sall, l’épouse du président de la République, et tout autre citoyen ordinaire. La Commission des données personnelles devrait s’intéresser à cette pratique et la condamner. Ces données personnelles ne sont pas que numériques…

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