Birame Waltako Ndiaye, Analyste politique : «La force de +nuisance+ de Macky reste intacte»

Le landernau politique est marqué par des soubresauts liés à une guéguerre au sein du parti présidentiel. Pendant ce temps, le thermomètre social affiche les maxima de température alors que l’opposition garde le silence sur les sujets majeurs. Et pour ne rien arranger, Cissé Lô, un des protagonistes de la guérilla interne à l’Apr se signale chez Wade. Le tout sur fond d’une bataille de succession. Autant de faits, de gestes et de comportements que Birame Waltako Ndiaye, analyste politique, décrypte.

Walf Quotidien : Dix mois après sa réélection, Macky Sall fait face à une guérilla interne avec des responsables de premier plan qui s’étripent par presse interposée. N’avez-vous pas l’impression qu’il a perdu le contrôle de ses troupes ?

Birame Waltacko NDIAYE : Pas du tout ! Les élections législatives et municipales lui servent encore de leviers de contrôle des responsables de l’Apr et même de ceux des formations alliées. Il en est de même de ses pouvoirs de nomination. Sa force de «nuisance» reste intacte.

Et pourtant, il a maintes fois été annoncé que Macky allait siffler la fin de la récréation. Mais, un coup de sifflet qui tarde tout de même à retentir…

Il en a pourtant fait montre avec déjà quelques limogeages notamment liés au débat sur le troisième mandat. Somme toute, les tiraillements ou ce qui en a l’air ne sont que le fait de deux ou trois personnes, pas plus. D’ailleurs, ces dernières, le plus souvent, ménagent sa susceptibilité dans leur discours en se faisant passer pour conseillers avisés, adeptes et pratiquants de «qui aime bien, châtie bien».

Si vous aviez un conseil à lui donner dans le sens de remettre de l’ordre dans ses rangs, quel serait-il ?

C’est de jouer franc jeu. Lorsqu’il aura épuisé ses cartouches de nomination et de désignation, épées de Damoclès, les amarres seront libérées de toute façon. Dès lors, il n’aura pas grand-chose à perdre à moins qu’il ait réellement l’intention de briguer un troisième mandat. Néanmoins, pour l’intérêt de son parti et de la coalition, il doit clarifier le jeu politique malgré les risques d’externalités négatives d’une course au leadership. C’est, en tout cas, la démocratie qui le veut.

Est-ce que l’interdiction faite aux militants et responsables de discuter du mandat voire de la succession de Macky couplée à la léthargie des instances de l’Apr n’est pas à la base de cette situation ?

Cette interdiction insécurise l’opposition, les ambitieux de l’Apr et leurs fidèles. Mais elle est à effet nul parce que le débat sur la succession aurait fait davantage de désordre.

D’aucuns décèlent des symptômes d’une fin de règne inéluctable. Partagez-vous ce sentiment ?

C’est, au contraire, annonciateur de renouveau. Macky Sall prend, comme d’habitude, de l’avance sur ses adversaires et ses dauphins potentiels. S’il veut se faire réélire, il aura coupé très tôt l’herbe sous les pieds des fractionnistes. S’il est seulement animé d’une volonté de maintenir le cap sur les politiques publiques, il aura anticipé sur les manœuvres de gestion claniques, un tant soit peu.

Mercredi dernier, Moustapha Cissé Lô a rendu visite à l’ancien président de la République, Abdoulaye Wade. Comment décrypter cette visite surprise ?

Abdoulaye Wade a compris mieux que quiconque que des mécontents veulent se servir de lui pour faire peur à Macky Sall. Le message qu’ils envoient à ce dernier en approchant Wade, c’est : fais gaffe parce qu’il y a possibilité d’aller renforcer le principal camp adverse.

Cissé Lô dit que la visite rentre dans le cadre global du dialogue politique. Etes-vous convaincu par cet argument ?

Nous sommes encore dans la logique des échappatoires destinées à ménager la susceptibilité du chef. C’est dire que Macky Sall a encore et le statut et les moyens de contrôle sur tous ses éléments.

Parallèlement, Cissé Lô a fait des appels de phare à Amadou Bâ, potentiel prétendant à la succession. Serait-ce un positionnement stratégique ?

Il faut bien s’aménager des remparts de défense. Amadou Bâ s’est tout de même préparé au point d’être intouchable ou à tout le moins difficilement atteignable. Cissé Lô comprend bien qu’en faisant montre d’une proximité avec Amadou Bâ, il fait passer toute attaque qui lui serait destinée comme ciblant également ce dernier. Il s’agit d’abri plutôt que de positionnement.

Le second mandat avait démarré avec la suppression du poste de Premier ministre et un renforcement des pouvoirs présidentiels pour, officiellement, supprimer les goulots d’étranglement. Près d’un an après, pensez-vous que ce résultat a été atteint ?

En tous les cas, rien n’a changé dans la perception quant à la marche du pays. Pour ce qui concerne les pouvoirs présidentiels, ils restent les mêmes. Le Premier ministre était tout de même de l’Exécutif, nommé par le président de la République.

Pouvez-vous nous dresser le portrait-robot de ceux qui peuvent prétendre à la succession de Macky Sall ?

Dans l’Apr, pour que l’éventuel successeur puisse profiter de manière optimale du bassin électoral, il lui faut essentiellement être rassembleur. Pour ce faire, il doit envisager, une fois élu, une sorte de gestion «collégiale» du pouvoir. C’est ainsi que l’électorat hal pulaar et celui de l’axe Dakar-Djolof pourra être conservé.

Depuis la rencontre Wade-Macky, le Pds est quasi absent du débat politique. N’avez-vous pas l’impression que quelque chose se trame ?

Quelque chose se trame. Malheur à la main tremblante !

Que gagne le Pds dans cette entente ?

C’est une entente qui pourrait arrêter l’hémorragie en ouvrant de nouvelles perspectives prometteuses. A cela s’ajoute la réhabilitation de Karim Wade en particulier et du Pds par ricochet. L’avenir du fils de Wade et celui du Pds sont intimement liés. A présent, les karimistes font quasiment le Pds.

Depuis quelques temps, on remarque une absence de l’opposition du terrain de la contestation sociale, notamment la hausse du prix de l’électricité. Comment interpréter cette indifférence ? 

L’opposition s’est essoufflée à force d’appels et d’accusations. Depuis 2012, elle essuie des défaites. Son discours et ses activités ne sont jusque-là pas parvenues à convaincre de la nécessité de changement. L’échéance des prochaines élections étant lointaine, cette opposition n’a pas d’intérêt immédiat à dépenser ses ressources pour des mobilisations dont les rendements politiques sont non seulement incertains, mais inopérants à court terme.

(Walf Quotidien)

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