Cancer : Les malades ne voient pas octobre en rose

Célébré chaque année dans le monde à travers des activités de sensibilisation et de dépistage contre le cancer féminin, «Octobre Rose» a déjà démarré depuis la semaine dernière. Mais pour les patients qui souffrent de cette maladie, c’est toujours les mêmes problèmes : cherté du traitement, longue durée d’attente, etc. Pour ces derniers donc, le mois d’octobre est loin d’être rose.

Hôpital Le Dantec. Au seuil de la grande porte, des ouvriers réfectionnent la façade qui fait face à la rue qui prolonge vers l’Institut Pasteur de Dakar. Au niveau de la petite porte, Covid-19 oblige, deux vigiles armés de thermoflash prennent la température des patients et de leurs accompagnants. Cette étape franchie, un long boulevard bordé par des bâtiments des différents services et des bancs s’offre aux visiteurs. Au fond se distingue un grand bâtiment peint en couleur verte. En haut de l’édifice, il est inscrit : «Centre Juliot-Curie». Ici, plusieurs patients qui souffrent de cancer à Dakar et dans les régions périphériques du pays viennent suivre leur traitement. De l’autre côté, sur le même édifice R+1 qui abrite le service de cancérologie, sous une taule débordante qui fait office de toit, quelques patients affaiblis par la maladie se prélassent à l’ombre, qui sur des tapis qui sur de petits matelas. Pour ne pas rater leurs rendez-vous, nous souffle-t-on certains d’entre eux qui n’ont pas de tuteur à Dakar passent la nuit à l’hôpital. Faute de logement à l’intérieur de l’établissement sanitaire, ils ont élu ainsi domicile sur ce petit espace exigu à côté de l’institut de cancérologie. Des draps, des bols, des cuillères, des tasses de café, de petites glacières traînent par ci, par-là. Des sachets et des petits sacs de voyage servent d’oreiller pour certains. Sur un banc en fer, Boury Ndiaye est assise avec sa maman malade qu’elle est venue accompagner. Pour elle, le traitement est très coûteux. Elle dit être aidée par des bonnes volontés pour que sa mère puisse suivre normalement son traitement. Mais un autre problème soulevé par la jeune dame, c’est la longue durée d’attente. Un véritable chemin de croix, selon elle. Il faudra caler un rendez-vous avec le médecin traitant un mois à l’avance et patienter. «C’est très difficile d’avoir un rendez-vous avec le médecin. Il faut s’inscrire sur la liste d’attente et patienter. Elle (sa mère, Ndlr) devait voir son médecin traitant juste avant la pandémie, mais elle n’a pas pu le faire. Et cela a dégradé davantage son état de santé. On était obligé de prendre un autre rendez-vous. J’avoue que si elle reste toujours en vie, aujourd’hui, c’est grâce aux bonnes volontés. Parce que, nous n’avons pas les moyens financiers pour sa prise en charge. C’est très coûteux. Nous n’avons pas de parents à Dakar. Donc on ne peut pas faire la navette entre Dakar et Diourbel. On a préféré s’installer, ici, à l’hôpital pour le moment», confie Boury Ndiaye surprise en train de somnoler à côté de sa mère.

Au niveau de l’unité de la radiothérapie, c’est aussi le même constat. Dans un petit couloir du bâtiment, un vigile en tenue noire tient deux listes des inscrits qui devront passer. Quelques patients sont assis sur les bancs en dur carrelés en blanc. Mine triste, le visage masqué, le corps frêle rongé sans doute par la maladie certains d’entre eux se tiennent à peine. Des gémissements font échos dans le couloir. Les plus résistants, dos au mur, suivent d’un regard les entrées et les sorties des médecins et des infirmiers dans les salles. Une longue attente, mais cela en vaut la peine, puisque l’hôpital Le Dantec est la seule structure sanitaire à Dakar qui abrite un institut dédié exclusivement au traitement du cancer sur toute l’étendue du territoire.

Les ressources constituent le plus grand souci des patients trouvés sur place. Malgré le maintien de la radiothérapie à 150 mille F Cfa, les malades issus des familles démunies peinent toujours à supporter les autres frais supplémentaires. «Ma maladie a fini de ruiner financièrement ma famille. Elle a dépensé tous ses moyens pour que je puisse suivre mon traitement. Depuis 2015, je fais mon traitement à l’institut Juliot Curie. Et si vous faites le calcul, ce sont des millions qui ont été dépensés. Aujourd’hui, le seul moyen de nous aider et d’aider nos familles, c’est la gratuité du traitement», plaide Mame Penda Fall qui souffre d’un cancer du sein.

WALF

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