Cheikh Moussa Kâ : Le précurseur de la poésie wolof

Grand érudit et soufi, Cheikh Moussa Kâ est une figure emblématique du Mouridisme. Il est l’un des précurseurs de la poésie wolof.  

Son histoire est méconnue du grand public. Mais sa vie et son œuvre suscitent l’intérêt du monde scientifique. Né à Ndikki près de Mbacké Baol vers 1890 et décédé il y a 54 ans, Cheikh Moussa Kâ a fait l’objet de plusieurs sujets de recherches. Fils d’Ousmane et d’Absatou Seck, sa plume séduisit Serigne Touba. «Nommé Cheikh par Khadimou Rassoul, il alla s’installer à Sàté, à trois kilomètres de Mbacké, pour enseigner le Coran. L’école sera très vite transformée en foyer d’éducation mystique (tarbiya). Il vécut également à Kanka toujours prés de Mbacké où il s’adonnait à l’agriculture», lit-on à la page 66 de la thèse de Diao Faye.

Dans cette thèse dont une partie sera éditée plus tard en un ouvrage, l’auteur, professeur à la Fastef à la retraite passe à la revue l’ensemble des poèmes écrits par le Cheikh. Fin lettré, écrit Diao Faye, ce dernier a commencé du vivant de Cheikh Ahmadou Bamba à composer des poèmes en langue arabe. Ainsi, Cheikh Moussa Kâ les montra à son maître qui sourit après lecture des textes et lui dit en wolof : «Musaa, leeralal fere yimbir mi» (en substance : Moussa éclaircit le message aux adeptes). «Ces poèmes étaient d’une valeur littéraire certaine parce que le marabout même les appréciait. Mais Moussa en mouride discipliné, comprit, par l’intervention du marabout, qu’il fallait s’exprimer dans la langue wolof pour atteindre la grande masse des talibés qui ne parlaient pas l’arabe», révèle Pr Diao Faye dans sa thèse. C’est à travers cet échange que «Moussa Kâ décida de la délicate mission d’expliquer en wolof le message contenu dans l’immense œuvre littéraire écrite en arabe par Cheikh Ahmadou Bamba». Et dès ses premiers poèmes, il se révèle comme un talentueux poète très apprécié dans les foyers mourides. Depuis, il ne put s’arrêter d’écrire.

Ses proches racontent que l’inspiration lui arrivait sous forme de crise. Ruisselant de sueur, il criait : «Daa ak Xalima, gaaw lèen maa ngui taw (Une plume et de l’encre, je vais pleuvoir. Dépêchez-vous». Il se mit alors à écrire sans arrêt pendant des heures, enfermé dans sa case. En ouvrant la porte, le sol est jonché de feuilles remplies de vers qu’il fera relire après. Ce qui aura marqué plus d’un, c’est la diversité des thèmes abordés. Mais également la variété de la métrique et le caractère mystique et par endroit hermétique de son œuvre poétique.

Eduqué par le marabout à qui il a été confié par son père, Cheikh Moussa Kâ était membre de l’équipe chargée de la reproduction du Coran, d’écrire en devenant un très grand poète s’inspirant de son maître et de ses ainés. Ce qui illustre, à bien des égards, qu’il n’a pas été le premier à écrire en wolofal, mais plutôt le plus célèbre.

D’après des membres de sa famille et ses adeptes, Cheikh Moussa Kâ était un homme élégant et généreux. Il aimait s’habillait correctement. Il donnait tout ce qu’il avait. «On ne pouvait pas lui connaitre des males d’habits. Il les portait et les distribuait le lendemain. Il était abordable, simple, modeste et sobre», témoigne Cheikh Sokhna Kâ, son petit-fils. «Il mangeait peu et aimait causer avec les enfants pendant ses heures perdues. Il ne pouvait plus se retenir quand il entend pleurer un enfant. Il aimait les chevaux», poursuit-il. Abondant dans le même sens, Cheikh Abdou Lahad Ka, petit-fils du plus célèbre précurseur de la littérature wolof, laisse entendre, qu’au-delà de Serigne Touba, Cheikh Moussa Kâ faisait l’éloge de tous les chefs religieux dans ses chansons. En lisant ses poèmes, on s’en rend compte. «Il est à l’aise dans l’écriture. Il a fait de l’intertextualité», ajoute-t-il.

WALF

 

 

 

 

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