Couvre-feu: La rue « brûle » le décret de Macky

L’état d’urgence assorti d’un couvre-feu partiel décrété par le Président, Macky Sall, avant-hier, pour faire face à la hausse des nouvelles contaminations de la Covid-19 est diversement apprécié par les populations rencontrées dans les rues de Dakar. Si les uns estiment que cette décision vient à son heure, vu l’ampleur des dégâts à Dakar et Thiès, d’autres pensent, en revanche, qu’un respect strict des gestes barrières suffisait pour barrer la route au virus.

Marché hebdomadaire de friperie de Sahm. Sur des deux voies de Fass Gueule Tapée, une file de tentes sont érigées par les vendeurs des habits de seconde main. Des ballots de friperie s’étalent à perte de vue. Sur les alentours du rond-point, des vendeurs de chaussures sont installés sur tous les trottoirs, rendant la circulation très difficile. Nous sommes le mercredi 6 janvier 2021, lendemain de l’état d’urgence assorti d’un couvre-feu décrété par le chef de l’Etat pour contrer le virus de la pandémie de Covid-19. Devant les commerces et au terminus des bus, le débat est sur toutes les lèvres. Entre acheteurs, vendeurs, chauffeurs de taxi et de minibus de transport public, chacun y va de son propre commentaire. Malgré les arguments avancés par le président de la République notamment avec la hausse quotidienne des nouvelles contaminations, des cas graves et des décès, cette nouvelle mesure ne trouve pas écho favorable auprès de certains Sénégalais. Debout devant son étal de friperie, habillé en «Ndiaxass», une tenue connue des Baye Fall, un bonnet noir avec des chaussures training, Baye Moussa Ciss, à la place du couvre-feu, milite plutôt pour un durcissement des sanctions pour le respect des gestes barrières. «Je pense que l’Etat a failli au niveau de l’application strict du respect des gestes barrières. Tout le monde avait constaté que les gens ne portaient plus de masque dans les marchés et même dans les transports. Les populations faisaient ce qu’elles voulaient et les autorités ont laissé faire. On devrait généraliser le port de masque mais cela n’a pas été fait. On vient nous imposer maintenant un couvre-feu comme ça. Et tout le monde sait les conséquences d’un couvre-feu. Les gens ne peuvent plus travailler la nuit. Par exemple nous, ici, à partir de 20 heures déjà on est obligé de plier bagages et regagner nos domiciles», indique Baye Moussa Ciss appuyé de temps à autre dans sa position par son camarade, Thierno Touré, également vendeur de friperie.

Non loin de leur place, Sokhna Diop tient sa gargote. Derrière les bâches qui lui servent de toit pour se protéger du soleil, la dame derrière des bols remplis d’aliments de toutes sortes s’active pour servir ses clients. Assis à côté sur un banc en bois en attendant d’être servi, Tapha Thioune suit sur son smartphone la vidéo de la déclaration du chef de l’Etat. Comme son prédécesseur, le jeune vendeur de chaussures ne trouve pas le sens d’un couvre-feu. Il pense d’ailleurs que le chef de l’Etat cherche à singer son homologue français, Emmanuel Macron, qui a imposé récemment un couvre-feu en France pour limiter la propagation du virus. «C’est du copier-coller», commente-t-il. Avant de poursuivre : «Emmanuel Macron a décrété un couvre-feu, il fallait que notre Président fasse la même chose. C’est ça, hein. Sinon moi je ne vois pas le sens d’une telle démarche. C’est comme si le virus ne circulait que la nuit».

Si Baye Ciss et Tapha Thioune ne sont pas d’accord avec le chef de l’Etat, c’est tout le contraire pour Pape Sidy Fall. Technicien en maintenance en informatique dans une société de la place, le jeune informaticien déclare, pour sa part, que les autorités ont pris la bonne mesure. Et vu, selon lui, la direction de la courbe des nouvelles contaminations, le gouvernement devait même anticiper le couvre-feu depuis le mois de novembre. «Les populations ne respectent rien. Elles attendent toujours qu’une décision de l’autorité tombe pour, après, ruer dans les brancards. C’est bien fait pour elles. En tout cas moi j’apprécie cette mesure», lance Pape Sidy Fall, rencontré au rond-point de la Rts. Ce dernier est rejoint dans sa position par Vieux Ndiaye.  Ce retraité, père de famille, trouvé en train de jouer le belotte à Grand Dakar avec ses camarades, salue ce couvre-feu partiel imposé par le chef de l’Etat.

WALF

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