Le Pr Der se perd dans ses histoires

Le travail de Coordonnateur général de la rédaction de l’Histoire générale du Sénégal, Iba Der Thiam, et son équipe ne souffrent pas seulement de contestations au niveau de certains foyers religieux. Des professeurs d’Histoire et des communicateurs traditionnels s’en mêlent aussi.

La polémique sur la rédaction de l’Histoire générale du Sénégal enfle toujours après la publication de 5 sur les 25 volumes. Les critiques ne manquent pas contre le Coordonnateur général de ce projet soutenu par l’Etat, le Pr Iba Der Thiam. Certaines familles religieuses n’ont pas apprécié la démarche et la conclusion des analyses des auteurs de ces volumes. La source de la polémique se trouve à la page 186 du Volume 1/A du Tome III de l’histoire générale du Sénégal. La Communauté Niassène, par le biais de Ahmed Khalifa Niasse, dénonce un passage dans lequel, les auteurs avaient indiqué que Hadj Abdoulaye Niass était «à l’école de Maodo». Une «présentation erronée de l’histoire», selon Ahmed Khalifa. «Sa rédaction nous laisse lire l’existence d’une Ecole appartenant à (Elhadj) Malick Sy. Sans nous dire où est-ce qu’elle se situe matériellement et à quelle date elle a été fondée. Si l’ « édifice » existe. Tout au moins ses vestiges. Rien sur le nombre de classes ou le corps enseignant. La même chose peut être dite sur les livres et les matières enseignées», dénonce-t-il. «El hadj Aboulaye, né en 1838 dans la zone de Nioro du Rip, avait 17 ans en 1855 année où Elhadj Malick Sy lui-même est né. (…) Nous savons que, de moniteur de l’enseignement primaire à historien, Iba Der Thiam est passé par la filière des raccourcis additionnés», cogne-t-il. Ahmed khalifa Niass menace de porter plainte contre Iba Der Thiam.

La famille Ndiéguène, elle aussi, a contesté les écrits faits sur son vénéré aïeul, lui aussi considéré par l’équipe du Pr Thiam comme faisant partie des figures religieuses sorties de l’école d’El Hadj Malick Sy. «C’est une contrevérité, une hérésie, une totale méconnaissance de cette grande personnalité, de son vénérable père El hadji Amadou Barro Ndiéguène de Thiès et même de leur famille !», fustige le porte-parole de la famille. Qui demande à Iba Der de corriger cela. «La commission de la rédaction de cet important ouvrage, avec à sa tête l’honorable Professeur Iba Der Thiam, doit  rectifier et s’informer à bonne source pour éviter de tels impairs de parti pris et /ou d’insulte à la mémoire de ces grands hommes qui font la Foi et la fierté de millions de fidèles à travers le monde», exige la famille Ndiéguène.

Même ses collègues professeurs ne l’ont pas épargné. Le professeur d’Histoire à l’Ucad, Kalidou Diallo, qui intervenait, hier, dans le débat du jour sur Rfm, a lui-même noté des «insuffisances» sur ce travail. «Je considère qu’il y a des insuffisances qu’il faudra rectifier», a laissé entendre l’ancien ministre de l’Education. Ne s’arrêtant pas en si bon chemin, il regrette que des historiens émérites ne soient pas coptés dans l’équipe rédactionnelle. Et de citer «des historiens illustres» comme Abdoulaye Bathily, Amady Diouf, Boubacar Barry, Seydou Faye, le recteur (Ibrahima Thioub) et lui-même. «On peut contester des commentaires, mais on ne peut pas contester des faits. Et ici, ce qui est grave, c’est qu’on ne conteste pas les commentaires, mais les faits. Si les faits sont faux à la base, l’historien a fait fausse route», charge-t-il.

Le Coordonnateur général de la rédaction de l’Histoire générale du Sénégal a sorti deux communiqués. D’abord pour s’expliquer sur le passage incriminé par la communauté niassène. «(…) La compréhension que certains membres de la communauté Niassène ont de la mention qui a été faite à la page 186 du Volume 1/A du Tome III mérite d’être précisée. Dire que telle ou telle personne appartient à l’école de tel autre signifie simplement qu’ils partageaient la même vision de l’Islam à travers leur commune appartenance à la Tidjaniyya. On peut être de la même école de pensée que quelqu’un, sans avoir été son élève. A titre d’exemple, nombreux sont les gens appartenant à l’école du libéralisme, sans avoir jamais été, ni un élève, ni un obligé des pères du libéralisme», indique-t-il. Et d’ajouter : «Cela ne veut point dire qu’il y a une hiérarchie quelconque entre El Hadji Malick Sy et El Hadji Abdoulaye Niasse ; encore moins que l’un aurait été l’élève de l’autre. Ce qui serait ridicule. Ce qui a plus de signification, c’est ce que Sidy Lamine Niasse a dit, à savoir qu’ils étaient des frères et amis et se considéraient comme des jumeaux à cause de l’affection réciproque qu’ils se portaient, de l’admiration réciproque qu’ils avaient pour leur sainteté et leur érudition. Quand El Hadji Malick Sy et El Hadji Abdoulaye Niasse se sont rencontrés, le dernier nommé avait plus de 60 ans et revenait de Fèz, siège du pôle de la Tidjaniyya. Il avait, donc, non seulement une autorité connue et reconnue, mais avait même tissé des relations avec Fez. Leurs rapports n’ont jamais été des relations de maître à élève ou de guide à talibé. Ils étaient fondés sur le respect réciproque, leur égale dignité, la confiance totale et la solidarité agissante (…).»

Le second communiqué, publié, hier, apporte des éclairages sur les écrits fait sur le guide de la famille Ndiéguène.  «L’Histoire Générale du Sénégal des origines à nos jours tient à dire qu’elle n’a jamais rien dit de tout cela dans aucune des pages du Volume 1/A Tome III. Ceux qui ont lu le livre, sans se contenter de certains commentaires de certains réseaux sociaux, peuvent en témoigner», affirme-t-il. Et de poursuivre : «Elle n’a jamais interprété l’appartenance à l’école de Maodo comme voulant dire que les gens cités ont été formés par Maodo ou qu’ils auraient été ses élèves. Nous savons tous qu’El Hadji Amadou Sakhir Ndieguene a été initié à la Tarikha Tidianiya par Serigne Mourtada Tall, fils d’El Hadji Oumar Foutiyou Tall, de ce fait, il ne peut être le disciple d’El Hadji Maodo Sy. Après une formation poussée auprès de son père, il continua principalement ses études dans la région de Diourbel (village de Thiakh), auprès de Serigne Birane Niang ( …)».

(Walf Quotidien)

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