Difficultés de recouvrement : Les 30 milliards de la DER en passe de finir en fumée

Aussi incroyable qu’on puisse l’imaginer, le patron de la Délégation à l’entrepreneuriat rapide des jeunes et des femmes (Der) fait le tour du pays pour menacer les bénéficiaires des financements de son programme d’entrepreneuriat qui trainent les pieds dans le remboursement des financements. Ce qui ne fait que confirmer les craintes d’expert en finance sur la légèreté des prêts, la structure ne s’étant pas entouré de toutes les garanties. Mais comme c’est de l’argent public distribué à la veille de la présidentielle, beaucoup, qui n’ont pas encore quitté le pays, estiment qu’il ne leur arrivera rien malgré les menaces de Pape Amadou Sarr qui sillonne encore le pays pour leur réclamer les fonds. En effet, à la quête d’un second Cdd, le pouvoir reconduit de Macky Sall avait décidé de déverser une fabuleuse enveloppe de 30 milliards de francs Cfa en direction des jeunes et des femmes. Des prêts octroyés qui étaient loin d’être octroyés avec la même rigueur que les institutions de crédit dont certains acteurs s’étonnaient même de la légèreté avec laquelle la Der y aller à fonds la caisse. Un rythme qui affolait les compteurs et suscitait des interrogations de banquiers sur le sérieux dans l’étude des dossiers, notamment les possibilités de remboursement des bénéficiaires. Car, avec la rapidité avec laquelle ce programme traite les dossiers, nombre d’entre eux se demandaient si des études sérieuses sur les projets ont été faites. Mais pour montrer que Macky Sall qui l’avait initié ne vendait pas du vent, la Der a semblé fermer les yeux au lieu de s’assurer de toutes les garanties de remboursement. Et aujourd’hui, elle fait le tour du pays pour mettre à l’index les régions mauvais élèves et menacer les bénéficiaires par les quatre «P» ((Préfet – Procureur – Police – Prison). De la même manière qu’il sillonnait le pays pour financer les jeunes, Pape Sarr fait le tour des 14 régions pour s’indigner du faible niveau de recouvrement des fonds. «Nous avons quelques difficultés en termes de recouvrement ou de remboursement des prêts qui ont été accordés, avec un taux de recouvrement de 36 % pour la région de Kaolack», a dit à la presse locale le patron de la Der, Pape Amadou Sarr. «Tout bénéficiaire de la Der est tenu de rembourser au centime près (…) Ceux qui ne rembourseront pas, nous les mettrons en phase contentieuse et les 4P prendront le relais», disait-il la même semaine à Saint-Louis où le taux de recouvrement était 35 %, niveau largement insuffisant. A Diourbel, il déclarait que la région faisait partie des «mauvais élèves», en termes de remboursements des crédits. «Sur les 3 milliards de francs Cfa injectés dans la région, moins de 500 millions de francs ont été recouvrés, soit 27 %», disait-il. Non sans annoncer par la suite que Thiès faisait partie des mauvais payeurs.

En tout cas, comme votre canard y mettait en garde, ces fonds de la Der risquent de finir comme les fonds du fameux Compte K2, sous le régime socialiste. En 1973, le président Léopold Sédar Senghor, qui voulait créer une bourgeoisie nationale pour prendre les rênes économiques du pays qui se trouvaient jusque-là entre les mains des expatriés, avait créé au sein de la Banque nationale de développement du Sénégal (Bnds) le Compte K2. La suite, tout le monde la connaît : le butin est passé par pertes et profits.

Walf

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