[ÉDITO DU JOUR] ‘Coût’ d’épée dans l’eau (Par Momar Mbaye)

Il ne lui appartient pas de s’indigner, de pleurer sur le lait déjà répandu, mais d’agir. De sortir de la réaction impulsive et de se mettre dans le temps de l’action. De 2012 à 2019, soit 7 ans durant, le chef de l’État a sciemment fermé les yeux sur le train de vie dispendieux de l’État… pour des raisons de clientélisme politique sans doute.

Les propos du président Sall tenus en août dernier sur la boulimie financière de l’administration sénégalaise notamment sur les factures de téléphone, une réalité connue de tous, sonnent comme une déception chez ceux qui croyaient en ses capacités avérées à dévier le pays de cette trajectoire dépensière, une fois à la tête de l’État. Or, si le chef de l’État était animé d’une volonté de mettre un terme à la boulimie financière dans l’administration sénégalaise, il en a le plein pouvoir. Il a en a eu toute la latitude depuis 2012, date de son élection à la tête du pays. Parce qu’il lui suffit d’apposer sa signature au bas d’un décret pour mettre un terme à tous ces privilèges que rien ne justifie. Pour dire que très peu d’actes ont été posés sous son magistère pour décréter la fin de ce pillage des ressources publiques qui épouse sa bénédiction tacite. Parce qu’il lui faut, entretenir sa clientèle politique au travers de nominations de complaisance souvent, pour des profils pas ou peu taillés pour le poste (salaires exorbitants de certains commis de l’État, véhicules de fonction très cher payés, billets d’avion, bons de carburant, logements de fonction), rien n’a été laissé au hasard. Sans mentionner l’argent liquide que trimballent des responsables politiques du parti présidentiel à chaque consultation électorale et dont l’origine n’est pas établie et qui est loin de constituer un fonds issu de la sueur du généreux distributeur…

Pour des soucis de constance et surtout d’efficacité, Macky Sall devrait ordonner la restitution des véhicules mis à la disposition des ministres et des vice-présidents de l’Assemblée nationale, arrêter d’entretenir les épouses d’ambassadeurs, envisager la suppression du HCCT et autres coquilles vides caricaturales de nos institutions et dont l’apport à la démocratie n’a l’air de convaincre que les bénéficiaires nommés par le chef de l’État lui-même. Une telle prise de conscience ferait du baume au cœur de nos finances publiques trop mal en point du fait de choix politiques souvent inadaptés. La cure d’austérité qui commence par les factures de téléphone, est à encourager, quoiqu’elle serait un ‘coût’ d’épée dans l’eau, car au-delà de l’effet sédatif sur un peuple désabusé, ne suffira pas à contenter les bailleurs de fonds et leurs injonctions faites à notre pays, contraint à des ajustements structurels d’un genre nouveau contre lesquels Macky Sall ne pourra rien, sinon s’exécuter.

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