Emeutes à Dakar : une course sans fin

C’est quoi l’objectif visé par les manifestants contre le couvre-feu? Est-ce une contestation organisée contre la mesure ou une simple expression de désir d’objection et défoulement? En tous les cas, ni les explications de promiscuité dans les maisons familiales, ni l’inefficacité supposée de la mesure ne rendent compte d’une quelconque doléance des insoumis. Si la réclame consiste à la levée immédiate du couvre-feu, je ne donne pas cher de la peau du rôle ultime d’arbitrage et de validation dévolu aux autorités publiques.

Autant dire que les institutions y prennent un sacré coup. Les difficultés conjoncturelles liées à la crise sanitaire et économique mettent l’Etat – plutôt les régisseurs du moment – dans une situation très inconfortable. Le risque d’escalade et d’enlisement obligent les tenants du pouvoir à calmer le jeu. Par ailleurs, l’impératif de préservation de la force et de l’efficacité de la puissance publique impose une très grande fermeté. Les deux postures sont vraisemblablement inconciliables. Néanmoins, il est possible, faute de trancher, de dédramatiser en faisant croire au caractère dérisoire des soulèvements en question et au profit de gangster des frondeurs.

Et l’opposition dans tout ça? Si tant est qu’elle veuille, à juste titre, éprouver le pouvoir, le rejoindre sur son terrain de prédilection de manipulation de l’opinion, elle laissera faire, au mieux, et attisera le feu couvant, au pire. Si les opposants veulent se hisser au-delà de la politique politicienne, ils appelleront au calme en ayant en ligne de mire le « règne paisible des lois ». Irréaliste, essentialiste, trop désincarné pour être vrai!

En tout état de cause, le dilemme consubstantiel à la marche des démocraties modernes s’illustre de plein fouet dans le cas d’espèce. Aussi bien les pratiques de conquête que celles de conservation du pouvoir s’inscrivent souvent en faux contre les revendications de responsabilité républicaine. Dès lors, c’est naïf voire borné de croire que la finalité noble de développement économique ou d’amélioration des conditions sociales permet de négliger les indissociables moyens fourbes du jeu politique et des rapports de force.

« Ah ! La politique c’est l’art de dominer, en se jouant, les événements et les hommes ; l’intérêt est son but ; l’intrigue son moyen : toujours sobre de vérités, ses vastes et riches conceptions sont un prisme qui éblouit. »

Birame Waltako Ndiaye

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