Et si Macky refusait d’entrer dans l’Histoire

Le topo est simple : durant son premier mandat (2012-2019), le président Macky Sall n’a œuvré que pour sa réélection. Pour son second et dernier mandat (2019-2024), il devra œuvrer pour entrer dans l’histoire. A dire vrai, les ingrédients pour entrer dans l’histoire sont bien là. Par la Grâce de Dieu et la volonté du président Abdoulaye Wade, Macky Sall a gravi, un à un, les échelons de l’Etat et les instances du Parti Démocratique Sénégalais (PDS). Le président Wade a nommé Macky Sall, ingénieur-géologue de formation, né le 11 décembre 1961 à Fatick, successivement directeur général de PETROSEN, conseiller spécial du président de la République chargé de l’énergie et des mines, ministre de l’énergie, des mines et de l’hydraulique de 2002 à 2003, ministre d’Etat, ministre de l’intérieur et des collectivités locales de 2003 à 2004, et enfin premier ministre de 2004 à 2007. C’est également le président Wade qui l’a proposé pour être le président de l’Assemblée nationale de 2007 à 2008. Au plan politique, Abdoulaye Wade, secrétaire général national du Pds, a propulsé Macky Sall  n°2 de son parti alors qu’il était un anonyme secrétaire général-adjoint de la fédération Pds de Fatick, et qu’au début de l’Alternance, il se battait pour un poste de directeur-adjoint des Industries chimiques du Sénégal (ICS).

Macky Sall a également dirigé la Cellule Initiatives et Stratégies (CIS), la structure des cadres du Pds. Le président Wade a fait de lui son directeur de campagne pour l’élection présidentielle de 2007, chargé de conduire les opérations de renouvellements des instances du Parti Démocratique Sénégalais (PDS). Outre ce parcours impressionnant, Macky Sall, ex-maire de Fatick, né après l’indépendance du Sénégal, est le premier chef de l’Etat Sénégalais à prêter serment pour son investiture devant un parterre de dix-huit (18) chefs d’Etat et de cinquante trois (53) délégations, venus d’un peu partout du monde entier. Macky Sall sera le premier chef de l’Etat Sénégalais à organiser une élection présidentielle (2024) à laquelle il ne sera pas candidat. C’est sous le magistère du président Macky Sall qu’une accalmie d’une si longue durée a été observée dans le conflit casamançais entre l’armée sénégalaise et les rebelles du Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC). C’est sous le magistère du président Macky Sall qu’une coalition présidentielle, Benno Bokk Yaakaar, a connu une telle longévité, en résistant à l’usure du temps et aux épreuves de la politique depuis sa création dans l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle de 2012. C’est sous le magistère du président Macky Sall que les importants gisements de pétrole et de gaz ont été découverts au Sénégal. C’est sous le magistère du président Macky Sall que le Sénégal a étrenné son premier train express régional (TER), nonobstant les réserves, très fondées au demeurant, contre cette réalisation. C’est sous le magistère du président Macky Sall que le pont de Farafégny, sur le fleuve Gambie, assurant la continuité territoriale du Sénégal vers la région naturelle de Casamance, ainsi désenclavée, a été construit. Macky Sall est le premier chef de l’Etat Sénégalais à construire un nouveau Pôle urbain, dans la ville de Diamniadio, avec l’érection de sphères ministérielles, d’un centre des expositions, d’un complexe sportif (Dakar-Arena), etc. Même si ses contempteurs se plaisent à dire que la vision de Macky Sall s’arrête à Diamniadio. Maintenant, que vaut finalement l’édification de telles infrastructures, si au même moment les valeurs s’effondrent. Un des grands chantiers de Macky II devrait donc être la refondation des valeurs, l’émergence d’une nouvelle citoyenneté et l’exaltation du culte du civisme et du travail, bref, la réinvention d’un Sénégalais de type nouveau.

     Cela étant, pour le quinquennat 2019-2024, le président Macky Sall l’a inauguré en trainant deux tares majeures, comme des boulets au pied : la rupture de confiance avec l’opposition significative et le manque de reconnaissance, par cette dernière, de sa qualité de président légitime. Qu’à cela ne tienne, Macky Sall doit faire du quinquennat en cours un mandat pour l’histoire. Dans son mandat inaugural, de 2012 à 2019, le président Macky Sall aura passé le plus clair de son temps à diviser les Sénégalais sur ses choix et postures politiques, à emprisonner les opposants, et à poser des actes de nature à consacrer le recul démocratique du Sénégal. Les affres de sa gouvernance si décriée, avec un bilan immatériel indigeste, ont entaché ses états de service. De fait, pour l’essentiel, le président Macky Sall n’aura œuvré durant le septennat écoulé que pour sa réélection, obsédé, obnubilé et hanté par un second mandat. Ce qui a un peu éclipsé toutes les bonnes actions réalisées ça et là. Malgré tout, les Sénégalais lui ont renouvelé leur confiance en le réélisant au premier tour. Maintenant, il faut que le président Macky Sall siffle la fin de la récréation relativement au débat lassant sur un projet latent de troisième mandat. Seule sa position claire et sans équivoque pourra clore enfin le débat. D’après d’éminents juristes, comme Jacques Mariel Nzouankeu, ancien professeur à la Faculté des sciences juridiques et politiques de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, ou encore le professeur Babacar Guèye, constitutionnaliste chevronné, à l’expertise avérée, le président Macky Sall peut bel et bien être candidat en 2024, pour briguer un nouveau mandat. Le président de la République et ses partisans, conscients des failles contenues dans l’article 27 de la Constitution, n’ont qu’à mettre fin définitivement à la polémique en faisant adopter, par l’Assemblée Nationale, des dispositions transitoires précisant que le mandat en cours fait partie du décompte des deux mandats prévus par l’article 27. Que ce soit clair, ce ne sont pas les mises au point de seconds couteaux, à l’image de Seydou Guèye, El Hadji Hamidou Kassé, Abou Abel Thiam ou Yaxam Mbaye, qui ne sont pas des voix autorisées, qui pourront trancher le débat. Pour autant, de l’autre côté, le Pr Ismaïla Madior Fall, constitutionnaliste, et dans une moindre mesure, les sieurs Sitor Ndour et Diop Sy soutiennent l’idée d’un troisième mandat qui, selon eux, ne serait que le second pour Macky Sall. Des avis à ne pas négliger, en prenant leurs auteurs pour des plaisantins. Il faudra les prendre au sérieux. D’où est-ce qu’ils ont tiré cette information ? Les wolof disent que « Naar bu ndaw lumu wax ci xayma ba lako déggé ».

     Une autre priorité, qui n’est pas d’ordre politique, mais que le président Macky Sall doit prendre à bras le corps durant le mandat en cours, c’est bien la question de la sécurité dans le pays. Le braquage diurne d’une agence bancaire par des militaires, encore sous les drapeaux, est le dernier avatar de la vague d’insécurité qui règne au Sénégal. Si l’on y ajoute les hippopotames en divagation, en pleine ville, et mettant en danger la vie des populations au point que les autorités ordonnent de les abattre de sang froid ; plus l’enlèvement, le viol et l’égorgement de petits enfants, c’est tout le Sénégal qui a peur et qui vit sous la terreur.

     Alors que le président Macky Sall prône la paix et appelle au dialogue politique, quelques-uns de ses partisans jettent de l’huile sur le feu et sèment les graines de la division au sein du peuple sénégalais. Quand, au lendemain de la Présidentielle du 24 février 2019, Me Moussa Diop propose le démantèlement de l’autoroute « Ilaa Touba » pour aller l’implanter à Podor et en faire un « Ilaa Fouta », ou quand Abdoulaye Gallo Diao demande qu’Idrissa Seck soit mis en résidence surveillée, ou lorsque Moustapha Cissé Lô exige que Karim Wade et Khalifa Sall purgent la totalité de leurs peines, ils rament à contre-courant du président Macky Sall. Pourtant, après ces sorties incendiaires, il n’y a eu aucune voix autorisée (Macky Sall) pour leur rabattre le caquet ou les sommer de la fermer. Qui ne dit rien consent. Ce silence complice pourrait être interprété comme une caution ou un encouragement, car Abdoulaye Gallo Diao a récidivé en allant répéter la même chose sur beaucoup de plateaux de télévision. On n’a pas aussi eu écho d’une quelconque mise en demeure ou d’un rappel à l’ordre à l’endroit de Moustapha Cissé Lô ou de Me Moussa Diop. Ce dernier qui aurait mérité le limogeage pur et simple, d’après de grands responsables du parti au pouvoir.

     Ceci dit, puisque le président Macky Sall n’est plus en quête d’un nouveau mandat (le troisième), qu’est-ce qui pourrait encore le faire courir si ce n’est la recherche de la gloire, la bonification de son action et l’atteinte du graal comme le couronnement de son parcours, pour sortir par la grande porte et entrer dans l’histoire ? Son souci majeur devrait être, à partir de 2024, de quitter la scène sur de bonnes notes, en laissant au peuple sénégalais de derniers et bons souvenirs pour que, au bout de 5 ans, en 2029, s’il lui venait l’envie de candidater de nouveau pour l’élection présidentielle, que le peuple sénégalais, gardant encore en mémoire le bilan globalement positif du président Macky Sall de 2012 à 2024, veuille bien regarder d’un œil favorable et bienveillant sa volonté de revenir au pouvoir. A ce propos, Macky Sall n’a même pas besoin de recourir au « syndrome Poutine », en adoubant un éventuel dauphin pour le faire installer au pouvoir en 2024, afin que ce dernier lui chauffât la place entre 2024 et 2029. Ma foi, raisonner de la sorte c’est à la limite, insulter l’envergure de Macky Sall, véritable bête politique de son état, très tôt mis à l’étrier par un orfèvre en la matière, le président Abdoulaye Wade, avant de faire la trajectoire qu’on sait.

Pour avoir, le cas échéant, gouverné le Sénégal dans un premier mandat riche d’un bilan qui a été récompensé par 58,26% des suffrages des électeurs sénégalais, au point de le faire réélire dès le premier tour, à l’élection présidentielle du 24 février 2019, et pour avoir gouverné encore mieux le Sénégal (on l’espère pour lui) durant le second et dernier mandat, le président Macky Sall se passerait volontiers d’un « deal » à la Poutine-Medvedev, car c’est lui-même qui mettrait les germes de son éventuel retour victorieux aux affaires. Mais, pour ce faire, le président Macky Sall doit se faire violence et faire montre de résilience, dès à présent, en prenant une batterie de mesures et de décisions qui vont certainement fâcher et courroucer ses partisans de l’APR, de Benno Bokk Yaakaar et de la majorité présidentielle. A l’évidence, ce seront des mesures impopulaires dans son propre camp où, l’instinct de survie, la frilosité, la crainte du changement, la phobie de la nouveauté, la rigidité des lignes de privilèges difficiles à bouger et le désir de maintenir des positions de rente et de pouvoir, feront que la volonté d’aggiornamento de Macky Sall pourrait se heurter à un mur d’incompréhensions ou de résistances. Tant pis, car si les mesures en question ont une portée révolutionnaire aux yeux des Sénégalais, cela en vaut bien la peine. Parmi les grandes mesures salutaires que le président Macky Sall est amené à prendre de sitôt, il y a d’abord le règlement définitif des cas Karim Wade et Khalifa Sall, par la voie de l’amnistie, pour apaiser les tensions politiques afin de décolérer Taxawu Senegaal et le Parti Démocratique Sénégalais. Une offensive de charme sincère et résolue doit être faite par le président Macky Sall auprès de ses adversaires malheureux de la dernière élection présidentielle (Idrissa Seck, Ousmane Sonko, Issa Sall, Madické Niang) qui ne le reconnaissent pas en tant président de la République. Fort heureusement, il y a eu, dit-on, l’envoi de cartons d’invitation à des leaders de l’opposition, à l’occasion de la cérémonie d’investiture du président Macky Sall, ce qui va dans le (bon) sens du dégel et de retrouvailles futures. Une belle initiative. Mais, il en faut plus. Les décisions les plus révolutionnaires, et qui pourraient faire entrer Macky Sall dans l’histoire, consisteraient à franchir le Rubicon, en coupant le cordon ombilical qui le lie à son parti, l’APR, en conformité avec l’une des recommandations de la Charte de gouvernance démocratique des « Assises nationales ». Une façon d’aller en porte-à-faux avec le président Abdou Diouf qui, sur la même question, avait une réponse toute faite : « Je ne vais jamais scier la branche sur laquelle je suis assis ». Le président Macky Sall doit engager, sans délais, les réformes institutionnelles attendues, n’en déplaise aux qu’en-dira-t-on, pour se mettre sur les rails de la « révolution » : Abrogation de la loi sur le parrainage, ou à tout le moins, son toilettage pour la rendre moins monstrueuse et en extirper les scories, par exemple, en dispensant de parrainage le chef de l’Etat sortant mais encore présidentiable. Suppression de la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI). Nomination d’un ministre de l’Intérieur, chargé de l’organisation des élections, non coloré politiquement. Changement du mode de scrutin aux élections législatives, avec la suppression de la liste majoritaire (« raw gàddu »). Réforme du Conseil supérieur de la magistrature, pour bouter hors de cette institution le pouvoir exécutif représenté par le président de la République et le ministre de la justice. Mise en application de la loi sur le statut du chef de l’opposition, avec tous les pouvoirs et attributs y afférents, ainsi que sa représentation honorable dans l’ordre protocolaire de la République. Financement et rationalisation des partis politiques. Règlementation des cumuls de fonctions dans la Haute Administration. Abrogation de l’ »arrêté Ousmane Ngom » qui interdit toute manifestation publique sur le Dakar-Plateau, entre l’avenue Blaise Diagne et le Cap Manuel. A ces réformes institutionnelles, devraient s’ajouter des décisions plus immédiates et qui donneraient un signal fort sur la volonté du président Macky Sall de montrer clairement, et sans ambiguïté, la direction qu’il veut dorénavant emprunter dans ce second mandat, à commencer par le bon casting pour la formation d’un nouveau gouvernement Fast Track et à la taille réduite. Le président Macky Sall a d’ores et déjà annoncé la couleur avec la suppression prochaine du poste de Premier ministre. En faisant sauter le fusible de chef du gouvernement et enlever le bouclier de la station primatoriale, le président Macky Sall entend prendre les choses en mains, en personne, sans intermédiaire, quitte à aller s’il le faut seul au charbon pour faire face aux défis. Puisque c’est lui, le président de la République, qui définit la politique de la Nation, il a voulu recentrer et resserrer le niveau décisionnel par le renforcement du présidentialisme pour une gouvernance accélérée dans le but de répondre avec plus d’efficacité, d’efficience et de célérité à la demande des populations. C’est tout le sens de la nomination d’un Premier ministre (une fonction qui va dépérir) qui, cumulativement à cette charge, assumera les fonctions de ministre d’Etat et Secrétaire général de la présidence de la République. On verra bien ce que ça va donner.

Il va rester maintenant la clarification qu’il doit apporter sur le fait que le mandat en cours est son second et dernier mandat, et que, pour que nul n’en ignore, il va agir comme le président de tous les Sénégalais. Voilà, en somme, les défis que le président Macky Sall doit relever, sous peine de vendanger toutes les belles opportunités qui s’offrent à lui, pour s’illustrer et marquer positivement les esprits afin de pouvoir être mis sur un piédestal, comme en France – la référence du Sénégal sur beaucoup de choses – où, les plus grandes figures françaises font leur entrée au Panthéon pour rester dans l’histoire. De fait, l’homme d’Etat qui veut entrer dans l’histoire, ne doit pas avoir du mal à se hisser au-dessus de la mêlée et à s’élever au-delà des contingences claniques, partisanes ou idéologiques. Il doit s’atteler à s’affranchir des chapelles politiques, y compris la sienne. Il doit se garder d’avoir tout le temps le nez dans le guidon du quotidien, de l’immédiat ou des solutions fugaces et sans lendemain. Grand visionnaire et doté d’un sens de la prospective, il doit apporter des solutions viables et durables pour le présent, mais également penser et agir pour la préservation des ressources au profit de la postérité et des générations futures à qui nous avons emprunté les richesses actuelles que nous ont léguées nos devanciers.

     Cela dit, entre la proclamation des résultats définitifs de l’élection présidentielle et la prestation de serment, il s’est écoulé beaucoup de temps que le président Macky Sall pouvait mettre à profit  pour essayer de recoller les morceaux avec le président Abdoulaye Wade, en faisant ce qu’il a à faire. Il le sait bien. De cette façon, on pouvait s’attendre qu’un Abdoulaye Wade, réhabilité, rasséréné, apaisé, plus conciliant et plus coopératif, accédât favorablement à l’invitation du président Macky Sall à venir assister à son investiture. Le cas échéant, le président Macky Sall aurait fait un coup de génie, et ce serait un terrible coup de pub pour la démocratie sénégalaise que de voir, en présence de 18 chefs d’Etat, le président Abdoulaye Wade faire l’accolade à son successeur et le féliciter pour sa réélection. Ce scénario, loin d’être surréaliste, ne saurait relever du rêve ou de l’utopie seulement, car il était dans l’ordre du possible et du réalisable. Sauf que le président Macky Sall ne semble pas prendre le bon chemin au regard des derniers développements de l’actualité. En effet, il nous est difficile de comprendre que, dans un tel contexte de dialogue politique en gestation et de réchauffement du climat social, l’on apprenne que deux partisans de Madické Niang, qui travaillent dans l’Administration publique, ont été sanctionnés par le pouvoir de Macky Sall, en payant leur soutien à l’élection présidentielle du 24 février 2019 au candidat de « Madické 2019 », alors que la Présidentielle étant désormais dépassée et derrière nous, il est inopportun de regarder dans le rétroviseur ou de se livrer à un règlement de comptes. En effet, après Cheikh Abdou Ndiaye, coordinateur régional de Louga de « Madické 2019 », qui a été débarqué de son poste de chargé des affaires administratives et financières de la Délégation générale au pèlerinage à la Mecque, « sur instructions du Premier ministre », Mahamad Boune Abdallah Dionne, c’est au tour de Mandiangane Fall, chef de la Division des séances et des commissions de l’Assemblée nationale, d’être viré de son poste par un arrêté signé par le président de l’Assemblée nationale, Moustapha Niasse. Son tort, c’est d’être le coordinateur de « Madické 2019 » de la région de Fatick, et de faire ainsi les frais de son compagnonnage avec l’ex-président du groupe parlementaire du PDS à l’Assemblée nationale. Quelles décisions incongrues et ridicules ! Que je sache, avec tout le respect qu’on lui doit, Madické Niang n’est pas un foudre de guerre politique si dangereux et à même d’apeurer le pouvoir au point que ses partisans subissent des représailles aussi disproportionnées du régime de Macky Sall. Au regard des résultats de l’élection présidentielle du 24 février 2019 où il s’en sort avec un modique score de 1,48% des suffrages, Madické Niang est un poids-plume, encore trop insignifiant dans le microcosme politique sénégalais pour mériter un acharnement aussi excessif. Qu’en sera t-il si des partisans des mastodontes de l’opposition, de la trempe d’Idrissa Seck ou d’Ousmane Sonko seront identifiés dans les arcanes de la haute Administration ? Une fois encore, Macky Sall est passé à côté de la plaque. L’Etat du Sénégal doit-il se priver de compétences avérées à cause de leur obédience politique ou pour satisfaire des intérêts particuliers, fussent-ils ceux du président de la République ?

Alors qu’on n’avait pas encore fini de s’indigner sur l’affaire des hommes de Madické Niang, voilà que le Conseil Constitutionnel, par la voix de son président, Pape Oumar Sakho, en remet une nouvelle couche. Déjà trop décriés et controversés du fait de leurs états de service contestables et qui avaient valu aux « cinq sages » qui avaient validé la « candidature inconstitutionnelle » du président Abdoulaye Wade en 2012, d’être affublés du sobriquet de « cinq singes » par l’opposition d’alors, leurs successeurs, devenus les « sept sages », ont perpétué les forfaitures de leurs devanciers en prenant un avis-décision qui a autorisé au président Macky Sall une rallonge de deux années, pour légaliser son reniement qui lui a fait renoncer à son engagement clamé, claironné et crié urbi et orbi de réduire son mandat de 7 à 5 ans. Ensuite, à l’occasion des élections législatives du 30 juillet 2017, à trois jours seulement du scrutin, alors qu’ils n’ont pas compétence pour voter la loi, ni de se substituer au législateur pour modifier une loi adoptée par l’Assemblée nationale et promulguée par le président de la République, les « sept sages », outrepassant leurs prérogatives, ont violé le Code électoral en s’arrogeant le droit d’autoriser les électeurs sénégalais à voter avec des documents non prévus par le législateur. Parce qu’il le vivait très mal et avait peut-être au travers de la gorge, les critiques tous azimut contre l’institution qu’il dirige, le président du Conseil Constitutionnel, Pape Oumar Sakho, vindicatif et aigri, n’a pas raté l’occasion à lui offerte par la cérémonie d’investiture du président Macky Sall qu’il a présidée, le mardi 2 avril 2019, au centre des expositions de Diamniadio, pour solder des comptes en faisant un réquisitoire sévère et descendre en flammes l’opposition, tout en tressant des lauriers au couple présidentiel. Voilà donc, les candidats malheureux de l’opposition, à l’élection présidentielle, réconfortés dans leur choix de ne pas faire de recours auprès du Conseil Constitutionnel, dans la mesure où c’est inutile et perdre son temps que d’intenter une quelconque action auprès de ces juges à la solde de Macky Sall. C’est vraiment à désespérer de ce Conseil Constitutionnel qui roule pour tous les présidents de la République en exercice, en violant les serments de ses membres avec une rare lâcheté. Si le président Macky Sall ne devait compter que sur ces gens-là, son nom ne serait jamais gravé sur les belles pages des annales de l’histoire. Pendant qu’il est encore le président de la République, ils lui lécheront les bottes. Puis, ils feront la même chose pour son successeur. Ainsi va leur vie de valets et de supplétifs de tous les régimes en place.

     Si Macky Sall veut réellement mettre tous les atouts de son côté et se donner toutes les chances de finir en beauté sa mission ô combien exaltante à la tête du pays, il doit prendre personnellement son destin en mains et la pleine mesure des responsabilités qui sont les siennes, devant Dieu, les Sénégalais et l’histoire. Il doit aussi prendre son courage à deux mains, faire la sourde oreille et porter des œillères vis-à-vis des faucons de son camp ainsi que des va-t-en-guerre de l’opposition, pour faire la paix des braves avec ses adversaires politiques, dans l’intérêt supérieur de la nation sénégalaise, car seul le Sénégal est éternel.

Pape SAMB

papeaasamb@gmail.com

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