Etre activiste, c’est risquer la solitude de l’éclaireur

Au nom d’un hypothétique combat, les activistes et leurs admirateurs regrettent une défaillance quant au soutien et à l’engagement des Sénégalais à Guy Marius Sagna. Dès lors, il faut se demander si le blâme infligé aux citoyens est bel et bien justifié. Si oui, il suffira de créer un mouvement pour une cause quelconque, contre la présence des Chinois par exemple, pour se réclamer délégué et digne de parler au nom des intérêts de la masse. Les Sénégalais sont traités de lâches et de traitres, mais c’est le glissement qui fait passer l’objet des activistes pour une demande sociale qui constitue une altération frauduleuse de la réalité. Autrement, Macky Sall ne serait pas élu et réélu à la magistrature suprême.

Dans les réseaux sociaux, le mélodrame est poussé jusqu’à demander pardon, au nom des Sénégalais, à Guy Marius Sagna. En voilà une autre usurpation qui se manifeste en surplus. Il est dit par-ci et par-là que les Sénégalais ne méritent pas des sacrifices aussi nobles et patati et patata. Tout cela n’est que pure affabulation qui tente de faire croire que les actes posés, «France dégage» ou «Nio Lank», répondent à un besoin socialement exprimé. Certes, le progrès social exige que des causes soient ponctuellement portées et défendues en permanence par des individus ou des groupements d’intérêts. Cependant, la confusion entre la participation citoyenne et la manifestation de la volonté générale, bien que très tentante, doit être déjouée. A bien des égards, la sensibilisation et la propagande qui accompagnent l’activisme frénétique et qui visent l’adhésion  populaire s’apparentent aux opérations de mise en marché d’un produit commercial.

Il ne faut pas s’étonner que Guy Marius Sagna, Kémi Séba et consorts s’imposent en interlocuteurs des pouvoirs publics sans être investis ni dépositaires d’une quelconque parcelle de souveraineté. Produits de la parodie de démocratie, façade et vitrine, les poussées d’activistes font part de la crise politico-institutionnelle en cours depuis bien longtemps, depuis que la représentativité s’est désintégrée dans les communautés d’amis virtuelles et les vastes sites de rencontres. A présent, des rapports de force régulent presque exclusivement le système politique sénégalais. Ils ont miné tous les canaux classiques qui consacrent la participation du grand public et celle de l’opposition à la formulation des décisions d’intérêt public. De récurrentes manœuvres spéculatives passent pour du dialogue alors qu’elles ne cherchent qu’à manipuler l’opinion.

Les activistes semblent réclamer des privilèges et une immunité qui, jusque-là, ne sont dévolus qu’aux parlementaires et diplomates et qui protègent l’inviolabilité de leur mission. «Toute classe qui aspire à la domination doit conquérir d’abord le pouvoir politique pour représenter à son tour son intérêt propre comme étant l’intérêt général», a dit Karl Marx. Au Sénégal, la société civile et ses démembrements ont confisqué le rôle d’animation politique de l’espace public. Les partis ont délaissé le champ de la formation populaire et de la formulation des convictions pour s’être réduits en caisse de résonnance d’intérêts particulièrement électoralistes. Plus question de démarcation, de la légèreté du discours politique s’est opéré le putsch. Devenues instruments de combats personnalisés, les formations politiques endossent pour beaucoup la responsabilité du désordre et du mélange de genre.

En 2004, après avoir arraché un pied de maïs transgénique, José Bové avait déclaré : « J’assume mon acte, j’accepte la condamnation et je continuerai à agir tant que les OGM seront cultivés en plein champ.» Par ailleurs, l’ex-porte-parole de la Confédération paysanne a été expulsé du Canada, en 2016. Ses coups d’éclat avaient été brandis par l’Agence des services frontaliers comme la justification d’une interdiction de séjour. En effet, il avait participé à démonter un McDonald’s, en France, puis a été condamné à trois ans de prison ferme. Cet acte est, d’ailleurs, considéré comme celui fondateur du mouvement altermondialiste.

Birame Waltako NDIAYE

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