Face à la crise, la BCEAO et la BEAC figent alors que la planche à billets opère ailleurs

L’admissibilité des bons du Trésor au refinancement des États de la BCEAO renforçait la capacité de financement des économies sous régionales. Curieusement, l’adoption d’un nouveau cadre de politique monétaire depuis 2010 a entraîné la suppression des concours directs octroyés par la Banque centrale, obligeant les États à s’orienter vers un financement direct sur le Marché international. Pourtant, les pays d’économies avancées déploient sans difficulté leurs planches à billets, création virtuelle d’argent, pour faire face à la crise du coronavirus.

La Banque centrale européenne (BCE) a accordé aux États de l’Union un financement important afin de contrer les risques de récession liés à la Covid-19. C’est ainsi que le programme de rachats de dettes publiques et privées d’un montant de 750 milliards d’euros a été lancé. « Les temps extraordinaires nécessitent une action extraordinaire », avait fait savoir la présidente de la BCE, Christine Lagarde. Il n’y a pas de limites à notre engagement envers l’euro, disait-elle, prévoyant d’éventuelles mesures, et ce, quitte à utiliser « le plein potentiel des outils ».

De la même manière, la Réserve fédérale des États-Unisa procédé à des achats de dettes « d’un montant nécessaire au bon fonctionnement du marché et à la transmission efficace des politiques ». La Réserve fédérale américaine avait, par ailleurs, rappelé qu’elle ferait tout pour aider les marchés intérieurs à continuer de fonctionner.

Même son de cloche, la part des bons du trésor acheté par la Banque Centrale du Canada est passée à 40 % depuis avril 2020. « Notre actif a augmenté rapidement, mais il n’est pas encore très important comparé à plusieurs autres grandes banques centrales. Donc, nous avons beaucoup d’espace, si nous avons besoin de plus de détente monétaire, » a expliqué le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem

Sous les tropiques, un objectif fallacieux de « stabilité des prix », lutte contre l’inflation, est affiché pour expliquer l’interdiction d’achat et de vente des bons du Trésor par la BCEAO. La Banque centrale du Canada a pourtant démontré dans son rapport sur la politique monétaire publié le 15 juillet 2020 que le taux d’inflation au Canada a avoisiné 0 % à la suite des achats de dettes, dans le contexte du confinement. Le gouverneur a dit craindre la déflation, non pas l’inflation, pour justifier ses actions et la création virtuelle d’argent. À l’évidence, les difficultés auxquelles les ménages et les entreprises africains sont confrontés laissent penser que l’inflation n’est pas envisageable même si la BCEAO et la BEAC arrivaient à concéder raisonnablement de liquidité à ses États membres.

« Les États africains n’auront d’autres choix que de développer leur marché de la dette domestique en mobilisant les différentes ressources », affirme Fathia Bennis, PDG de Maroclear, dépositaire central des valeurs mobilières au Maroc. En juillet 2020, le Comité de politique monétaire de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) avait autorisé un programme de rachats ponctuels de titres publics émis par les États membres de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Depuis l’annonce, rien de concret ne s’en est suivi. Les pressions dissuasives du garant de la parité et de la convertibilité du franc CFA sont probablement passées par là.

Non pas par compassion, mais par équité, l’annulation de la dette des pays africains s’impose, à défaut de leur permettre d’user des mêmes leviers de politique monétaire. Cependant, la question principale est de savoir si un pays comme la Chine, membre du G20, est prêt à annuler sa créance de 19 % de la dette publique à long terme en Afrique subsaharienne.

Birame Waltako Ndiaye

Auteur de « l’Afrique saturée de sens ; les illusions qui immobilisent le continent noir »

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