Fermeture des lieux de culte, couvre-feu: Les mesures passent chez 80 % des personnes âgées

Dans une étude publiée dans la revue « The Conversation », des chercheurs sénégalais ont souligné que le couvre-feu, l’interdiction des déplacements entre les régions et la fermeture des marchés sont bien acceptées par les Sénégalais.  En revanche, le sondage révèle que la fermeture des lieux de culte est sujette à controverses.

Une étude réalisée par des chercheurs sénégalais et publiée récemment dans la revue « The Conversation » s’est  intéressée aux mesures prises par le gouvernement du Sénégal, en vue d’endiguer la propagation de la pandémie et leur degré d’acceptation. Ces mesures concernent le couvre-feu, l’interdiction des déplacements entre les régions, la fermeture des marchés et la fermeture des lieux de culte. L’étude a montré  que 80 % des personnes âgées estiment que le couvre-feu et la fermeture des lieux de culte sont efficaces pour réduire la maladie, contre seulement 62 % des moins de 25 ans.

Les chercheurs, qui ont eu recours à la méthode des quotas, ont ciblé plus de 30.000 numéros de téléphone choisis de façon aléatoire au Sénégal. Ils ont, par la suite, procédé à un tirage au sort et des appels ont été effectués. À l’arrivée, plus de 800 personnes ont donné leur avis sur leur perception des mesures prises par l’État pour faire face à la Covid-19. Pour chacune des quatre mesures analysées (couvre-feu, interdiction des déplacements entre les régions, fermeture des marchés et des lieux de culte), les questions posées portaient sur son importance, les efforts pour la respecter, le ressenti, l’efficacité pour réduire la maladie, les bénéfices tirés, la capacité́ à la respecter et enfin la concordance avec les valeurs personnelles. L’acceptabilité sociale des mesures prises par l’État a été calculée sur la base d’un score variant entre 0 (aucune acceptation) à 7 (acceptation totale). Selon les résultats obtenus, le couvre-feu et l’interdiction des déplacements entre les régions sont bien acceptés. C’est le cas aussi de la fermeture des marchés. En revanche, la fermeture des lieux de culte porte plus à controverses, note l’étude.

L’étude a également révélé que les personnes les moins instruites et les plus pauvres sont celles qui sont le plus en accord avec le couvre-feu. De plus, la grande majorité des personnes qui ont participé à l’enquête disent respecter les consignes et les gestes barrières comme se laver les mains, éviter les cérémonies, réduire les déplacements, porter le masque. À titre d’exemple, le document fait remarquer que 96 % des enquêtés affirment porter un masque.

Le sondage montre aussi que plus les personnes sont âgées, plus elles pensent que les mesures prises vont permettre de circonscrire l’épidémie. Les chercheurs en concluent que contrairement aux moins de 25 ans, une proportion importante de personnes âgées a compris l’importance de la fermeture des lieux de culte ; alors que ce sont elles qui les fréquentent le plus. À l’inverse, ces dernières sont en désaccord avec la réouverture des lieux de culte et des déplacements entre les régions. L’étude indique qu’elles ont bien conscience des risques de la pandémie pour elles, contrairement aux plus jeunes.

Une pandémie davantage prise au sérieux par les personnes âgées

Les enquêteurs ont demandé aux répondants d’évaluer, sur une échelle de 0 à 10, leur degré de confiance au gouvernement pour lutter contre l’épidémie. À ce sujet, les réponses sont inversement proportionnelles à la diffusion du virus. Autrement dit, plus l’épidémie est présente, moins les répondants ont confiance dans l’efficacité du gouvernement. Il s’y ajoute que les hommes ont moins confiance à la capacité du gouvernement que les femmes. Autre enseignement, quel que soit l’âge, les hommes ont une tendance à être moins inquiets que les femmes de l’épidémie. Des efforts d’information s’avèrent nécessaires pour expliquer ce que fait le gouvernement, au-delà des actions concrètes qu’il faut organiser.

En outre, 77 % des sondés estiment que la communauté doit prendre en charge les cas simples de Covid-19 ; mais 50 % jugent qu’elle doit prendre en charge les cas contacts. Cet écart s’explique peut-être par la volonté de prendre soin des malades, mais aussi par la peur de voir des personnes ayant été en contact avec des malades diffuser le virus.

Enfin, les Sénégalais affirment faire plus confiance aux médias nationaux (84 %) et aux professionnels de santé (93 %) pour obtenir des informations sur le coronavirus qu’aux réseaux sociaux (21 %). La majorité dit être en mesure de faire la part des choses ; ce qui pourrait expliquer qu’un tiers des répondants affirme qu’il n’existe pas de traitement efficace contre ce nouveau coronavirus et un autre tiers explique ne pas savoir.

Les chercheurs qui ont réalisé l’étude comptent lancer une seconde enquête pour comprendre la perception des Sénégalais concernant les vaccins dont certains sont déjà en train d’être testés dans certains pays. Les chercheurs ont apprécié que l’État du Sénégal ait très tôt pris les devants. Avant l’apparition du premier cas de Covid-19 début mars 2020, le gouvernement du Sénégal a instauré, à l’instar d’autres pays en Afrique, une série de mesures pour lutter contre la pandémie. Les chercheurs citent la réunion extraordinaire du comité national de gestion des épidémies, tenue le 6 janvier 2020. Ils soulignent que le Sénégal disposait même d’un plan de riposte.

 LE SOLEIL

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