Gestion des cas communautaires : L’équation des déficients mentaux errants

(Correspondance) – Aujourd’hui que le Sénégal a fini, dans le cadre de la lutte contre de Covid-19, de régler le problème des cas importés et est en voie de maîtriser un tant soi peu les cas contacts, ceux dits communautaires surgissent se posant en termes d’équation à plusieurs inconnus. Une situation aussi dangereuse qui hantent le sommeil des autorités administratives et des professionnels de la santé mais aussi qui met à nu les défaillances par rapport à l’ensemble du système de fonctionnement administratif et institutionnel du pays. En effet, avec ces cas communautaires, on se rend compte de l’absence quasi-total, dans ce pays, de politique sanitaire centrée prenant en compte les personnes souffrant de déficience mentale. Lesquelles personnes représentent une des couches les plus vulnérables et les plus exposées et qui malheureusement ne répondent à aucune des mesures restrictives ou de confinement. Elles circulent de jour comme de nuit dans la rue, squattent les marchés, les abords des gargotes et des restaurants, passent la nuit dans les établissements publics et certaines d’entre elles vivent même dans nos familles et sans protection aucune sans que personne ne s’en soucie. Ce qui en fait de potentiels porteurs et par conséquent des vecteurs incontrôlés du virus. Toute situation qui, selon le docteur en sociologie, Abdou Khadre Sanokho n’est pas sans vérifier ce jargon du vocable de la science humaine et sociale : «le diable est dan le détail». Et souvent les gens ont tendance à oublier le détail. Pour simplement dire que si on néglige une partie intégrante de soi, il y a de forts risques que cela se retourne un jour contre soi.
Aujourd’hui que tous les professionnels de la santé sont unanimes à reconnaître que le virus circule par devers les humains dans la rue, le docteur en sociologie de se poser la question de savoir qui est plus nomade que les déficients mentaux. «Ils sont très nomades et peuvent parcourir plus de cinq quartiers en une journée. Ils sont partout. De temps en temps ils entrent dans une boutique pour acheter quelque chose et de façon anodine. Dire alors que si on n’y prend pas garde, on peut prendre toutes les mesures de restriction et de protection possibles mais si on néglige cette catégorie de couche vulnérable, cela peut risquer de nous être fatal», dit-il. Cependant, poursuit-il, la question qui se pose est celle de savoir si le système dispose de moyens suffisants et adéquats pour les prendre en charge. Surtout que souvent certains d’entre nous pensent même que cela ne vaut pas la peine d’entreprendre de grosses dépenses pour cette catégorie oubliant certes que dans presque chaque famille sénégalaise, vit au moins un déficient mental et que bien que malades, ces personnes sont une partie intégrante de la société devant bénéficier de tous les droits que leur confère leur statut de citoyen.
Aussi urge-t-il que des dispositions soient prises pour assurer la protection de cette couche vulnérable et laissée à elle même. Une protection qui devrait passer par des tests et un système de confinement dans des espaces bien protégés en plus d’un suivi sanitaire, hygiénique et alimentaire adéquat jusqu’à la fin de la pandémie. Et le docteur Sanokho de se dire d’avis qu’avec le cas des personnes souffrant de déficience mentale, c’est un autre facteur anthropologique à prendre en considération dans la lutte contre le covid-19. Pour dire qu’il ne faudrait pas en faire simplement une bataille biomédicale. Il faudrait aussi, au-delà de cet aspect, y greffer la santé mentale de la population qui renvoie à une santé communautaire.

WALF

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