Gouvernement d’union nationale. Pourquoi pas?

Au-delà du régime, c’est le Sénégal qui est en danger. Jusque-là, chaque génération a tenté de refaire le monde. À présent, l’idéologie politique qui s’impose à la merci de la crise actuelle sans précédent, consiste pour les nations à agir strictement dans le seul but de ne pas se défaire. Voilà probablement le sens non encore formalisé du nouvel ordre mondialisé. Tous les pays feront face à cet enjeu de type nouveau. Il commande les acteurs politiques, les sociétés civiles et les opérateurs économiques à se réinventer. Le Sénégal n’en sera nullement épargné.

Pour servir à la meilleure des manières, pour se rendre utile au mieux, où faut-il mieux être? Sur le terrain de l’action gouvernementale ou sur la touche, en voyeur? Un gouvernement d’union nationale est présentement la seule formule à même de prévenir les redoutables dangers latents de tension, de ruine et de décomposition. Certes, Macky Sall n’associera l’opposition à la gestion du pouvoir que pour prévenir l’instabilité et le désordre social. Ce serait naïf de croire à une simple bienveillance de sa part. Néanmoins, seules les finalités de l’action et la gravité de la conjoncture grondante doivent retenir toutes les attentions patriotiques. L’heure est très grave.

Il y a lieu de miser sur la lucidité, la tolérance et l’utilité agissante des acteurs, autrefois adversaires. La haute conscience politique recommande les options les plus difficiles et les moins ordinaires, celles de la concorde, celles du mouvement. Par les temps qui courent, les leaders politiques, les vrais, doivent davantage être portés à se montrer réceptifs et conciliants, allégés des petits pronostics et des pratiques polémistes. Pour ce faire, l’élévation et la sérénité doivent les distinguer des fantoches de la politicaillerie qui prétendent souvent et injustement parler au nom du peuple.

C’est à croire que la pleine mesure de la gravité des menaces sur la sécurité nationale n’est pas encore prise fondamentalement par l’opinion. La crise post Covid-19 sera grave et multiforme. Il est question, plus que jamais, d’intérêt supérieur, d’impératifs de conservation et de survie. En urgence, ils en appellent résolument à protéger les couches populaires et à ménager leur bancale condition de vie. Sans a priori ni aucune revendication spécifique, les écrasantes difficultés auxquelles il faut faire face exigent des compromis gênants et du renoncement parfois incompris.

Le jeu en vaut la chandelle. Il pourra en être ainsi, aussi longtemps que la volonté, la sincérité et les moyens à disposition manifestés éventuellement par le président de la République favoriseront de part et d’autre une mobilisation et un enthousiasme à la réalisation d’une justice sociale aboutie. Pour autant, les responsabilités des uns et des autres sur les errements passés et sur l’obscure gouvernance demeureront intactes. L’impérieuse nécessité de s’unir ponctuellement ne saurait servir de prétexte à une quelconque absolution. De toute façon, l’électorat aura encore le dernier mot.

Birame Waltako Ndiaye

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