Grâce pour Habré : Les Nations unies s’opposent

Si cela ne tenait qu’au Comité des Nations unies contre la torture, l’ancien Président tchadien, Hissène Habré, condamné à la prison à perpétuité pour crimes contre l’humanité par les Chambres africaines extraordinaires (Cae) ne sortira pas de sitôt. Ce comité, dans une déclaration parvenue à WalfQuotidien, a demandé au Sénégal de ne pas libérer l’ancien homme fort du Tchad. Agissant suite à une requête de l’Association des victimes des crimes du régime de Hissène Habré (Avcrhh), le Comité contre la torture a écrit au Sénégal le 23 décembre. Dans la lettre, rendue publique hier, le président du Comité, Jens Modvig, rappelle que «la libération prématurée des auteurs des crimes internationaux les plus graves n’est pas conforme aux obligations» de la Convention de l’Onu contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, dont l’obligation de réprimer les actes de torture par des peines prenant en compte la gravité de leur nature.
Cet organe des Nations unies souligne que cela n’est même pas envisageable parce qu’une «cour spéciale africaine a reconnu en mai 2016 Hissène Habré coupable de crimes contre l’humanité et torture, notamment pour viols et esclavage sexuel, ainsi que pour crimes de guerre, et l’a condamné à la réclusion à perpétuité». Si le comité des Nations unies agit de la sorte, c’est parce que, soutient-il, depuis «le mois de novembre 2018, ses avocats et ses soutiens ont orchestré une campagne de pression pour obtenir sa libération, arguant qu’il avait une fracture au bras et qu’il ne recevait pas de traitement médical adéquat». Les Nations unies indiquent que «ces allégations ont été démenties par les autorités sénégalaises».
La même source indique que, selon le statut des Chambres africaines extraordinaires qui ont condamné Hissène Habré, «le Sénégal ne peut en tout cas autoriser de manière unilatérale sa libération car l’Etat sénégalais est lié par la durée de la peine». Cette interdiction a été expressément soulignée par la Chambre africaine d’assises d’appel qui a confirmé la condamnation de Habré en 2017.
Le ministre sénégalais de la Justice, Malick Sall, a également reconnu le statut de Hissène Habré lorsqu’il a dit au mois de novembre que Habré «n’était pas un détenu du Sénégal, mais celui de la communauté internationale».
Les victimes de Hissène Habré ont salué la lettre du Comité et ont fait un rapprochement avec le refus persistant de Habré de payer les dommages et intérêts ordonnés par les Chambres africaines d’un montant de 82 milliards de francs CFA (environ 125 millions d’euros) en réparation à 7 396 victimes. D’ailleurs, l’ancien homme fort de N’Djamena a été accusé par une Commission d’enquête tchadienne d’avoir «vidé les caisses du Trésor public en 1990 avant de s’enfuir au Sénégal». Le Comité contre la torture, dans sa lettre du 23 décembre au Sénégal, s’est également «déclaré à nouveau préoccuper par le fait que, jusqu’à présent, les victimes des crimes d’Hissène Habré n’ont pas été indemnisées».
«Des milliers de victimes de torture et des milliers de veuves et d’orphelins subissent toujours le traumatisme et les conséquences des crimes de Hissène Habré», a déclaré Souleymane Guengueng, qui faillit mourir de mauvais traitements et de maladie dans les geôles de Habré, avant de participer à la création de l’Avcrhh. «Avant que Habré puisse demander de la clémence, il doit arrêter de cacher son argent et indemniser les victimes pour les souffrances que nous avons subies».
Le Comité des Nations unies contre la torture est composé de 10 experts élus par les 168 Etats membres qui ont ratifié la Convention contre la torture. La décision du Comité en 2006 dans l’affaire «Souleymane Guengueng contre Etat du Sénégal» selon laquelle le Sénégal avait l’obligation de poursuivre ou de juger Hissène Habré, fut une avancée importante dans le long chemin pour aboutir au procès de l’ancien Président tchadien, en 2015.
WALF

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