Hussein Bâ : «Ce que les Maliens reprochent à IBK…»

Pour avoir longtemps vécu au Mali et cheminé  avec certains de ses chefs d’Etat, le journaliste sénégalais a, comme on le dit trivialement, légitimité pour parler de la crise socio-politique qui mine ce pays. Dans cet entretien, il nous plonge dans les racines de ce conflit, parle de la responsabilité des différents dirigeants qui se sont succédé au pouvoir, du phénomène Imam Dicko mais, également, de la médiation de la Cedeao.

 Comment avez-vous connu l’actuel président du Mali,  Ibrahim Boubacar Keita ?

Hussein BA : J’ai travaillé au Mali depuis 2002 et j’étais dans le dispositif électoral de Amadou Toumany Touré. Après son départ, j’ai été coopté par l’actuel Président, Ibrahim Boubacar Keita (IBK) que je connais depuis longtemps lorsqu’il était, ici, à Dakar comme représentant de l’Ong Terre des Hommes alors que j’étais jeune journaliste au Groupe Sud Communication. En 2013, il a fait appel à moi pour être dans son staff de communication.

Depuis 2012, le Mali vit crise sur crise. Vous suivez depuis longtemps la situation de ce pays où vous vivez. Pouvez-vous, de manière simple, expliquer à nos lecteurs les contours de cette situation ?

La crise au Mali est multidimensionnelle. Il y a d’abord le conflit récurrent du Nord du pays qui s’explique par le fait que les populations de cette partie du Mali notamment les Touaregs ont toujours voulu, depuis l’indépendance du Mali, avoir leur autonomie. Le nord est une région très vaste qui n’est pas malheureusement désenclavée. D’ailleurs c’est l’un des échecs des gouvernements successifs du Mali. A titre d’exemple, il est impossible de quitter le nord pour aller à Bamako par la voie normale. Il y a eu un problème d’intégration des voies de communication. Il y a eu également des sécheresses successives qui ont créé une situation de précarité économique. Cela a poussé l’élite touareg à remettre en cause la centralité de la gouvernance du Mali. A défaut d’indépendance, ils ont voulu avoir une certaine autonomie. Il se trouve aussi que le nord du Mali est devenu un flux de trafic de toutes sortes parce que c’est une région vaste qui n’est pas suffisamment gouvernée. Et cela a favorisé le trafic de drogue. Tout le monde se souvient de cette époque où il y avait un avion qui était venu directement de l’Amérique Latine et a déchargé sa cargaison de cocaïne avant d’être brûlé. C’est une affaire publique connue de tous. Il y a des trafics d’êtres humains. Cela a criminalisé l’espace. S’y ajoute la crise libyenne qui a accéléré la désintégration du nord Mali.

Au début, le conflit était localisé au nord. Maintenant, il a migré vers le centre avec les attaques terroristes récurrentes et plus récemment à Bamako avec la crise socio-politique. Comment comprendre cette mobilité du conflit ?

Il y a plusieurs raisons à cela. La première raison est que, à un moment donné, il y a eu un segment islamiste qui est sorti du mouvement touareg notamment l’Ançar Dine. Maintenant, à partir du moment où ce groupe islamiste a émergé avec un autre programme islamique et avec comme objectif la proclamation de la République islamique du Mali, ils ont recruté des partenaires dans tous les secteurs du Mali. C’est ainsi donc qu’est venu le prédicateur, Amadou Kouffa, qui est un peulh du Macina qui a créé une katiba de base avec les rebelles islamiques. Ce qui a été exacerbé par les bavures de l’armée malienne. Quand Amadou Kouffa et ses partisans ont commencé à étendre leur mouvement, les populations ont collaboré avec l’armée par rapport à ce qui passe dans les environs de leurs villages. Mais quand l’armée venait, prenait des renseignements et repartait, les partisans de Amadou Kouffa revenaient derrière pour terroriser et menacer de mort toutes les populations qui collaboraient avec l’armée malienne. Ils sont passés à l’acte. Ce qui fait que, quand l’armée revenait, les populations refusaient de communiquer. Et l’armée a interprété cette réticence comme une forme de complicité avec le mouvement d’Amadou Kouffa. Il y a eu des exactions qui ont occasionné de plus en plus un basculement des populations dans le camp des djihadistes.

Deuxièmement, la déliquescence de l’Etat  et l’absence de l’autorité administrative et d’une justice équitable ont aussi favorisé la mobilité du conflit. Troisièmement, il y a eu l’avènement du Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga et un changement de stratégie de l’Etat qui consiste à armer une partie de la population notamment les Dogons. Contrairement aux Peulhs, les dogons ont bel et bien collaboré avec l’armée malienne parce qu’il en va de leur sécurité. Les autres l’ont pris comme une trahison. Les gens de Amadou Kouffa ont commencé à attaquer les dogons. Conséquences : la naissance d’une guerre d’inter-ethnique alors que les deux communautés vivaient en harmonie sans problème.

On peut dater l’origine de la crise aux années ATT. Et elle est toujours là sous IBK. S’il fallait comparer, lequel des deux régimes a mieux fait dans sa gestion. Autrement, lequel est plus responsable que l’autre dans cette crise ?

Vous me posez une question très délicate. Parce que d’abord, pour une raison personnelle je connais Amadou Toumany Touré et Ibrahim Boubacar Keita. Donc il m’est difficile de faire la part des choses. Mais ce que je dois dire, c’est que les contextes sont différents. Car Amadou Toumany Touré est venu au pouvoir à la suite d’une élection démocratique avec une alternance et Ibrahim Boubacar Keita lui aussi est arrivé au pouvoir certes à la suite d’une élection mais dans un contexte de l’occupation d’une plus grande partie du pays. Déjà dès le départ, il y a quelque chose qui a échappé à IBK. Ensuite, la communauté internationale et la France sont intervenues. C’est vrai qu’IBK a été un peu impuissant par rapport à certaines choses. Et les Maliens se sont révoltés pour s’en prendre à IBK. Parce que les populations estiment que, quand IBK arrivait au pouvoir, certes il y avait un conflit au nord mais le centre était calme. C’est au cours de sa gouvernance que le centre a commencé à connaître une crise. Les Maliens lui reprochent fortement sa gestion calamiteuse de cette crise du centre. Ensuite, il y a eu un budget important qui a été voté à l’Assemblée nationale pour l’armée malienne notamment la loi de la réhabilitation militaire. Mais force est de reconnaitre que, aujourd’hui, du point de vue de l’équipement, l’armée malienne traîne un lourd handicap. Les populations se demandent où est passé tout cet argent. Elles remettent en cause l’entourage d’IBK. Les populations lui reprochent d’être laxiste par rapport à cette situation. Car, il a laissé faire son entourage. Aujourd’hui, l’armée malienne est sous-équipée avec cette immensité de l’espace qui requiert une couverture aérienne. Or l’armée malienne ne l’a pas. Ce qui a été budgétisé  s’est volatilisé. C’est l’une des raisons qui font que les gens se sont révoltés contre lui. Les dernières élections législatives se sont  passées de manière calamiteuse. Il y a eu une trentaine de députés qui ont été battus mais tous ont été repêchés par le Conseil constitutionnel. Et parmi eux l’actuel président de l’Assemblée nationale qui a été même battu dans sa circonscription. Mais il a été repêché parce que c’était prévu qu’il allait devait être président de l’Assemblée nationale. Les gens s’interrogent et pensent qu’il y a un agenda de succession bien tracé par le Président IBK. Il s’y ajoute la disparition du chef de file de l’opposition. C’est du jamais vu en Afrique. Il a disparu, n’empêche les élections ont eu lieu. Comme si de rien n’était ! Et jusqu’à présent, aucun groupe rebelle n’a revendiqué l’enlèvement de Soumaïla Cissé. Cela a créé un trouble. Le jour de l’attaque, Soumaila Cissé était devant, son garde du corps, derrière.

«La médiation de la Cedeao a pêché en termes de créativité politique. C’est le problème que la Cedeao a d’ailleurs partout en Afrique.»

 

Il y a le Mouvement du 5 février qui est né de la contestation d’IBK, avec, à sa tête, l’imam Mahmoud Dicko. Que savez-vous de cet homme qui est en passe de cristalliser, autour de sa personne, le combat contre IBK ?

Je connais bien l’imam Dicko. Je l’ai rencontré à plusieurs reprises. Mais il faut reconnaitre que l’imam Dicko est quelqu’un de très intelligent, politique et mature. Même si, du point de vue de la dévotion cultuelle, il est proche de la tendance wahabite, je ne pense pas qu’il ait un projet politique au Mali. Et lui-même, il l’a dit. Son mentor politique et spirituel, c’est le chérif de Nioro.

Il a joué un grand rôle dans l’élection d’IBK. Comment expliquer ce revirement ?

Oui, il a joué un grand rôle dans l’élection d’IBK en 2013. C’est pourquoi il dit aux Maliens : «J’étais venu vous dire que IBK est le meilleur mais son régime n’est pas bon». Donc puisque le Mali a perdu le nord et le centre, et il ne reste que la capitale et le sud, si ça continue comme ça avant le départ de IBK le Mali va tout perdre. Pour l’imam Dicko c’est un sursaut patriotique pour préserver  ce qui reste et élaborer un nouveau pacte avec les compatriotes maliens du nord pour trouver une solution. Mais jusqu’à présent, l’imam Dicko a de bonnes relations avec IBK.

Comment peut-on, subitement, se mettre à contester un président de la République démocratiquement réélu ?

C’est là où il y a le problème, parce que je pense que cela m’étonnerait que le fait de dire que IBK doit démissionner passe. Comme vous l’avez dit, du point de vue constitutionnel, cela est anachronique. Et cela peut créer un précédent très dangereux. Mieux encore la communauté internationale ne va jamais l’accepter. En revanche, on risque d’aller vers un modus operandi politique qui consiste à aller vers un gouvernement plus que d’union nationale c’est-à-dire un gouvernement de mission  pour remettre tout en cause. Parce que ces contestataires finiront par accepter que IBK reste mais jamais qu’une partie de son entourage continue à influencer la gestion du pays.

Il est souvent reproché à IBK de favoriser une présence pesante de sa famille, avec notamment son fils Karim Keita, dans la gestion du pouvoir ? Réalité ou cliché ?

A la décharge de IBK, je dois vous dire que, sincèrement, il ne voulait pas que sa famille se mêle à la politique. C’est là où se trouve le paradoxe du problème. Quand, son fils a voulu être député, il s’est opposé et c’est le chérif de Nioro qui a insisté pour qu’IBK laisse son fils faire la politique pour juste être député. Mais, par la suite, son fils est non seulement devenu député suite aux élections mais il est devenu également président de la Commission de défense et de sécurité. Et on lui a prêté beaucoup de pouvoir. Mais le rôle de son fils dans la gestion du pays a été un élément qui a soulevé des critiques sur sa gouvernance. Parce que les gens ne comprennent pas qu’IBK tel qu’il est en arrive là, aujourd’hui. C’est pourquoi son fils a compris par la suite et a démissionné lui-même de la présidence de la Commission de défense et de sécurité. Mais il y a certains Maliens qui exigent qu’il rende son mandat de député. Un argument battu en brèche par ses amis qui disent qu’il a été élu démocratiquement. La vidéo le montrant en train de faire la fête avec des amis, sablant du champagne, a révolté les Maliens au moment où l’armée sans moyens fait face aux rebelles.  Cela a créé un choc terrible au niveau de l’opinion.

La contestation malienne réclame, entre autres, la démission d’IBK, la dissolution du Conseil constitutionnel et la mise en place d’un gouvernement d’union, ouvert à l’opposition. Sur l’essentiel, le pouvoir a cédé. Est-ce à dire que IBK a perdu le rapport de forces ?

Je suis vraiment peiné par ce qui se passe pour le président IBK, parce que je le connais personnellement. Honnêtement, il faut se rendre à l’évidence. Car, si on arrive jusqu’à ce que des chefs d’Etats collègues viennent interférer dans les affaires intérieures pour trouver une solution de sortie de crise, c’est que, quelque part, il y a un problème qui se pose du point de vue de la légitimité. C’est vraiment triste comme situation ce qui arrive à IBK. Aujourd’hui, il y a une sorte de confusion juridique, parce que le président a pris une décision abrogeant la nomination des membres du Conseil constitutionnel et rendant inopérationnel ce conseil parce que cela fait partie des revendications de l’opposition.  Mais, la Présidente du Conseil constitutionnel a refusé de quitter. Elle a écrit une lettre au président de la République pour l’accuser de haute trahison. Pour elle, le président de la République n’a aucun droit de dissoudre le Conseil constitutionnel. Donc il y a une impasse très grave.

La Cedeao a dépêché sur place une mission conduite par Goodluck Jonathan (L’entretien a été réalisé avant le déplacement des chefs d’Etat sur place, Ndlr). Celle-ci s’est soldée par un échec ? Comment analysez-vous cet échec ?

Il faut savoir que le problème du Mali tourne, aujourd’hui, autour de la démission du président IBK. Pourquoi il y a eu un échec ? Parce que, pour le Cedeao, c’est la ligne rouge qu’il ne faut pas franchir. La Cedeao a fait des propositions politiques dans d’autres domaines et acté le remembrement du Conseil constitutionnel ; le reprise des élections partielles au niveau des circonscriptions en litige ; la formation d’un gouvernement d’union nationale moitié majorité, moitié opposition. Mais derrière le mouvement de l’imam Dicko, il y a beaucoup de sensibilités qui ont refusé. Pour eux, le problème ne se trouve pas dans des questions ponctuelles de gouvernement. Ils remettent en cause la gouvernance même d’IBK. Grosso modo, ils réclament une refondation du système et le départ d’IBK. La médiation a pêché en termes de créativité politique. C’est le problème que la Cedeao a d’ailleurs partout en Afrique.

(…)

D’aucuns indexent un jeu trouble de la France dans la question malienne. Est-ce votre avis ?

Je ne raisonne pas comme la plupart des gens. Il faut savoir que la France est dans son rôle. Pourquoi ? Si la France a proclamé haut et fort qu’elle n’a pas d’amis mais des intérêts, c’est aux Africains de défendre les leurs. Parce que la France a une revanche historique à gérer avec le Mali. Les conditions dans lesquelles les Français ont été expulsés de ce territoire, ils ne l’ont jamais oublié. Il y a des enjeux politiques pour eux, au niveau du Sahel notamment de présence militaire mais aussi de sécurité. Parce que si le Sahel déborde c’est l’Europe qui est menacée. Les Français gèrent également l’arrière-plan côtier du Sahel notamment de grands pays comme Sénégal et la Côte d’Ivoire et ils ne veulent pas que ces pays soient déstabilisés. Il faut savoir aussi que les Français ont eu toujours une relation ambiguë avec le combat touareg.

Justement il se dit que, en plein Mali, il y a des zones accessibles seulement aux Français mais pas aux soldats maliens. Réalité ou légende ?

C’est une réalité. Les Français ont aidé le Mali à reconquérir leur territoire. Mais, arrivés aux portes de Kidal, ils n’ont pas voulu que l’armée malienne rentre dans la ville. Même s’il faut reconnaitre que, de l’autre côté, l’armée malienne est mal équipée donc ne peut pas accéder à certaines zones du conflit contrairement à la France qui a une couverture aérienne du Mali jusqu’à Dakar. Ce qui est constant, c’est que la première intervention de la France sous la bannière de Serval, arrivée aux portes de Kidal, a refusé que l’armée malienne entre. Et ça a été un scandale pour les Maliens et a été même l’une des raisons de cassure entre les populations maliennes et la France. Parce que, au début, toutes les populations arboraient le drapeau français à Bamako. Ce n’est plus le cas, aujourd’hui. Les Français disent que c’est le MNLA qui refuse que l’armée malienne entre à Kidal pour des questions de formation ou de droits humanitaires. Et  les Français craignent qu’il y ait toujours des exactions. Ils sont traumatisés par ce qui s’est passé au Rwanda avec l’opération Turquoise.

«Le cas le plus énigmatique dans l’histoire du monde, c’est le cas Alpha Oumar Konaré. Voilà un homme qui a été chef d’Etat pendant 10 ans au Mali, qui n’a jamais, jusqu’au moment où nous parlons, prononcé un mot sur ce conflit alors que son pays est menacé de disparition à cause d’une crise aigüe.»

Il a également été noté des affrontements intercommunautaires entre Peulhs et Dogons. Quelle explication en avez-vous ?

C’est l’avènement d’Amadou Kouffa qui a entrainé ces affrontements entre les deux communautés dogons et peulhs. Amadou Kouffa est un prédicateur peulh. Il a pris les armes  contre le pouvoir central en alliance avec des segments de combattants Touaregs qui ont basculé dans le djihadisme. Il faut rappeler que, historiquement, le combat touareg n’était pas islamiste  mais plutôt de type autonomiste et irrédentiste. A un moment donné, une partie d’entre eux a basculé dans le djihadisme. Et ces combattants, sous la houlette d’un certain Iyad Ag Ali, ont influencé certains prédicateurs peulhs comme Amadou Kouffa. Et ce dernier a créé une base appelée Katiba au niveau du Macina. Il faut savoir aussi que l’armée malienne n’a pas eu la collaboration qu’il fallait avec la population peulh qui a été terrorisée par ses parents  qui appartiennent au mouvement d’Amadou Kouffa. Parce qu’elle refusait de donner des renseignements sur les positions des djihadistes. L’armée malienne avait pris ce refus comme une collaboration avec ces djihadistes. Il y a eu des exactions créant des frustrations qui ont poussé cette communauté à se rapprocher   davantage des djihadistes. Mais il faut signaler que la communauté dogon n’a pas eu ce problème qu’à vécu leurs voisins peulhs. Car, les dogons ont collaboré avec l’Etat central pour leur sécurité. Et quand ils collaborent avec le pouvoir central et donnent les positons des djihadistes, ces derniers viennent s’en prendre aux dogons. Et ayant un dirigeant peulh notamment Amadou Kouffa, ces djihadistes attaquent les dogons qui collaborent avec le pouvoir central. C’est ce qui est à l’origine de ces affrontements  intercommunautaires que nous constatons entre les dogons et les peulhs qui, pourtant, vivaient auparavant en parfaite harmonie. D’ailleurs, la plupart des dogons parlent peulh et vice versa.

Le Mali concentre beaucoup d’anciens chefs d’Etat. Comment Moussa Traoré, Alpha Oumar Konaré, Dionconda Traoré, Amadou Toumani Touré, Amadou Aya Sanogo vivent chacun sa retraite. Gardent-ils une influence sur la situation politique ?

Je rappelle qu’il y a quatre chefs d’Etat maliens qui sont légitimes. Il s’agit de Moussa Traoré ; Amadou Toumany Touré ; Alpha Oumar Konaré et Dioncounda Traoré. On ne peut pas considérer Amadou Aya Sanogo comme un président légitime parce qu’il a fait un coup d’Etat pour arriver au pouvoir. Parmi ces quatre présidents que je viens de citer, Moussa Traoré est très influent. Car, il s’investit beaucoup pour régler cette crise. Quant à Amadou Toumany Touré, c’est un cas particulier, parce qu’il était en exil (à Dakar, Ndlr), donc, il est un peu impuissant. Mais depuis son retour, il essaie, temps bien que mal, de s’investir pour trouver une solution au conflit que traverse son pays. Mais, le cas le plus énigmatique dans l’histoire du monde, c’est le cas Alpha Oumar Konaré. Voilà un homme qui a été chef d’Etat pendant 10 ans au Mali, qui n’a jamais, jusqu’au moment où nous parlons, prononcé un mot sur ce conflit alors que son pays est menacé de disparition à cause d’une crise aigüe.  Intervenir pour aider à régler le problème du pays, n’en parlons même pas. C’est effarant et personne ne comprend, aujourd’hui, le comportement d’Alpha Oumar Konaré.

Selon vous, que doit-on faire alors pour sortir de cette impasse ?

Je pense que le Mali doit aller vers des réformes profondes sur le renseignement, car, ce pays a un problème de renseignement. L’armée n’a pas une couverture aérienne parce que les bases militaires sont attaquées de manière régulière sans que les soldats puissent anticiper. Je pense que le service central du renseignement du Mali doit être réformé pour orienter tout son potentiel dans le sens de la gestion de la sécurité liée à la guerre. Mais, aujourd’hui, du point de vue de son héritage, elle a une dimension de police politique qui injecte une partie de ses ressources dans des sujets purement politiques internes. C’est très grave et ça se voit sur le terrain. Le Mali doit se doter également d’un Conseil national de sécurité. Certes, il y a le Conseil national de défense, mais cette institution a plutôt un fonctionnement ponctuel et opérationnel plus du point de vue militaire. La procession décisionnelle doit, dans sa transversalité, à mon avis, revenir à un autre dispositif plus inclusif que le Conseil national de défense.

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