La viabilité de l’Uemoa interpelle beaucoup plus que la fiabilité de la France

Alassane Ouattara et Macky Sall ont chanté la beauté du franc Cfa. Et voilà qu’ils font croire, aujourd’hui, qu’ils ont trouvé mieux avec l’Eco. Ils mettent le voile sur la conditionnalité de survie de la coopération monétaire au sein de l’Uemoa sans le contrôle et le parapluie de la France. Ils ne peuvent pas en faire état. Ce serait se tirer une balle dans le pied que de s’avouer solidairement impuissants.  En vérité, sortir du franc Cfa implique surtout la mort programmée de l’Uemoa. La lenteur des réformes et la non-réalisation des conditions de convergence sont autant de signes d’immaturité. En désespoir de cause, le relookage en Eco, fera l’affaire.

Sans garantie de parité fixe, sans pouvoir réel de contrainte sur les politiques publiques, sans droit communautaire effectivement supérieur au droit interne des Etats membres, l’union monétaire court le risque de chaos et de scission, advenant le retrait de la France. Certes, le Nigeria, le Ghana et la Guinée-Conakry ont connu des périodes de fortes inflations. Cependant, à l’échelle d’un seul pays, les mécanismes de correction et de redressement s’avèrent beaucoup plus souples que lorsqu’il s’agit de plusieurs pays, micro-Etats.

Si nous voulons conserver l’espace commun entre les 8 pays de l’Uemoa, l’indépendance monétaire ne sera envisageable qu’à la condition de réussir à respecter les critères de convergence économique, telle que la maîtrise des déficits publics. La fin du diktat monétaire est vivement attendue, la pleine possession de la politique monétaire en est de même. Mais, faudrait-il que la perte sèche que les 50 % des recettes d’exportation logées au compte d’opération soit solutionnée par un moindre mal comptable. Rien de moins sûr ! Si tant est que nous voulons sauver l’Union monétaire sans la France, l’intégration économique doit d’abord se réaliser par la force de l’harmonisation des politiques économiques et des choix stratégiques.

Pour preuve, l’Uemoa permet à ses membres d’appliquer des mesures de sauvegarde. L’Etat membre doit être «…confronté ou menacé d’être confronté à des difficultés graves dans un ou plusieurs secteurs de son économie, du fait de la mise en œuvre des règles générales de l’union douanière et de la politique commerciale commune…». Pourtant, la levée de la taxe de sauvegarde de 25 % en 2008, a exposé le Sénégal à l’invasion d’huiles de palme du sud-est asiatique à travers Sifca, concurrente ivoirienne. Cette taxe protégeait jusque-là la branche nationale dans ses parts du marché intérieur des huiles comestibles.

Conformément aux accords franco-africains, l’Union européenne intervient en lieu et place des pays de la «zone Cfa» sur le marché international quand vient le temps de défendre l’euro et, par ricochet, le franc Cfa. Avec l’Eco, il en sera encore ainsi. Rien ne change. La Bceao n’a pas d’existence juridique sur le marché des changes. La délégation de pouvoir qui dépossède l’institution bancaire de toute capacité à répondre efficacement aux chocs économiques, sera encore de mise sous le régime de l’Eco tant que la garantie perdurera.

L’ancien Premier ministre français, Edouard Balladur, avait dit que «la monnaie n’est pas un sujet technique, mais politique, qui touche à la souveraineté et à l’indépendance des nations». Cela n’est vrai que lorsque le débat ne concerne que l’affranchissement et la création d’une monnaie pour un seul pays. Somme toute, la coopération a permis à l’Uemoa, euphorique de l’avènement de l’Eco, de bénéficier d’une monnaie stable, jusque-là. Sans le Trésor français, les systèmes politiques de bricole et les épouvantables gouvernances économiques des pays membres font encore croire à leur incapacité prochaine à maîtriser l’inflation et à sauvegarder la confiance sur le marché de la finance internationale.

Birame Waltako NDIAYE

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