L’Afrique, perpétuel cobaye de big pharma?

Les rumeurs dont bruissent les réseaux sociaux en Afrique pointent du doigt un Occident nécessairement coupable de la pandémie de Covid-19, ou les essais liés à la recherche de traitements. « Nécessairement » : tel est justement le mot qui a fait bondir, dans le discours alarmiste tenu le 27 mars sur l’Afrique par le secrétaire général des Nations unies António Guterres : « Et même si la population est plus jeune que dans les pays développés, il y aura nécessairement des millions de morts ». Beaucoup ont aussitôt conclu à un plan prémédité.

« L’Afrique aura bientôt des cadavres dans les rues », prévoyait de son côté à la mi-avril la philanthrope américaine Melinda Gates. Ce faisant, elle s’est aussi attirée les foudres du Conseil des évêques africains, qui lui a demandé de ne pas être une « propagandiste de la mort », et a rejeté « toute forme de commentaire déprimant et horrible sur l’Afrique ».

Bill Gates, fondateur de Microsoft, a été l’épicentre de rumeurs dès le début de la pandémie. Aujourd’hui encore, le journaliste néerlandais Bram Posthumus, correspondant au Mali, note à quel point l’idée est ancrée, selon laquelle « le coronavirus est un canular de Bill Gates qui veut soumettre toute la population mondiale par le biais de vaccins ».

Six mois après le discours de Guterres, l’Afrique ne représente que 5 % des cas déclarés dans le monde et 2,4 % des décès mondiaux, avec 31 500 morts au 8 septembre selon le Center for Disease Control (CDC) de l’Union africaine. Certains pays sont cités en exemple — comme le Sénégal, 298 morts au 16 septembre, classé 2e pour sa gestion de la crise sur 36 pays étudiés par la revue Foreign Policy, juste après la Nouvelle-Zélande.

Des théories du complot alimentées par la mémoire d’expériences réelles

Il n’empêche : les théories du complot qui circulent autour du Coronavirus et d’un éventuel vaccin ont toujours le vent en poupe. Elles reposent en partie, en Afrique, sur le socle d’expériences réelles que la mémoire collective n’a pas occultée. Ce souvenir va des expériences de stérilisation forcée en Namibie au XIXe siècle (durant la colonisation allemande) jusqu’aux programmes de guerre bactériologique contre les populations noires pendant le régime de l’apartheid en Afrique du Sud (1948-1991), en passant par des scandales pharmaceutiques à répétition.

« Les théories du complot s’inscrivent dans une histoire de la santé et de la médecine qui considère l’homme blanc comme la figure du démon, qui en veut à tout prix à la vitalité de l’Afrique, explique Parfait Akana, sociologue de la santé et directeur du Muntu Institute au Cameroun. C’est un alibi un peu facile, dans la mesure où chez nous, les véritables ennemis de la vitalité africaine sont les dirigeants et les responsables économiques, qui n’ont pas toujours été d’une grande exemplarité dans les soins à la vie comme premier principe régalien incombant à un État. »

Au Cameroun, un roman récent de Mutt-Lon, Les 700 aveugles de Baffia, relate l’histoire vraie d’un essai pharmaceutique mené dans les années 1920 par des médecins français contre la maladie du sommeil, et qui a répandu la cécité.

Le Monde diplomatique

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