L’Afrique s’épuise à bâtir un passé

Dès lors qu’il y a association d’individus qui aspirent à vivre ensemble, aucun autre choix ne s’offre à elle que d’édicter des règles de fonctionnement harmonieux. La vérité est que cette forme d’organisation est consubstantielle à la vie de groupe. Les Africains n’ont pas échappé à cette réalité, condition incontournable de survie et de concorde. Ce n’est pas pour autant qu’on prêtera à des contrées noires isolées des caractéristiques de démocratie avancée ou de monarchie constitutionnelle viable. Cette frénésie au recoupement, à la ressemblance et aux justifications cache mal un dégradant besoin de majoration.

Rien de constructif ; que des résistances vaines qui s’entrechoquent et qui prennent des formes fallacieuses de conservation. Tant que nous n’assumerons pas notre choix au renoncement, nous nous querellerons toujours pour le masquer du sentiment honte. À l’occasion, certains dénonceront la République plaquée pendant que d’autres indexeront le pouvoir inconvenant des religieux sans qu’aucune forme de compromis, d’intelligence délivrant ne soit produite pour de bon. Nous continuerons, remontés les uns contre les autres, de nous enchaîner au mouvement d’usure du temps  et de nous attacher aux dons aléatoires de la providence.

Pour faire égaux et comparables, on fouille dans le passé des structures et des fonctionnements à l’ère du temps. Et pourtant, le niveau d’organisation des cités africaines n’a pas fait le poids devant celui des conquérants colonisateurs. Quid de nos divinités ancestrales évoquées de temps en temps, généralement pour rire, évoquées en souvenir d’adorations permissives jusqu’au sacrifice humain, jusqu’à des inégalités meurtrières ? Les défenseurs européanisés de l’Afrique originale diront que cela s’est vu partout ailleurs. Oui, mais à des époques bien antérieures, bien avant que des inquisiteurs, qui ont eux-mêmes connu la grande barbarie, ne parviennent tout imposants à s’incruster inopinément dans nos vies.

La réponse à la question de savoir comment on en est arrivés à tout céder sous la charge des canons et sous le charme des préceptes est édifiante : militairement demi-portions et spirituellement divagants. Si nous préférons l’islam et le christianisme à nos pangols flattés, à nos fétiches protégés, c’est que nous avons découvert et admis, au moins après coup, des opportunités rafraichissantes et des puissances de foi tranchante. Quant à la puissance de feu du colon assimilationniste, elle a eu raison de nos simplettes inclinations aux petits prestiges. Malgré tout, nous refusons de voir la réalité de notre capitulation en face. Il ne faut pas s’étonner, encore aujourd’hui et plus que jamais, que l’Afrique soit le principal théâtre d’opération du choc des civilisations au détriment de la prise en charge des besoins saisissants de vie meilleure.

Birame Waltako NDIAYE

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