Le Ps fonce vers sa énième crise

A l’Ecole du Parti socialiste, toutes les leçons sont sues, sauf celle-là : le respect dû aux morts. Le deuil frappant cette formation suite au rappel à Dieu de son secrétaire général n’est respecté que du bout des lèvres. Et pourtant, il a fallu que Youssou Ndour annonce un concert en l’honneur des Lions, revenus du Caire auréolés du titre de vice-champions pour que la bien-pensance, socialiste notamment, lui tombe dessus, oubliant que, en interne, on se livre, depuis l’enterrement du défunt Président du Hcct à une langoureuse sarabande des charognards. Laquelle préfigure une énième crise dans ce parti septuagénaire qui, bien qu’étant le plus structuré du landernau, n’en est pas moins sujet à des convulsions. Lesquelles sont, peut-être, les signes d’une sénilité pathologique, résultante de ce parti né avant les indépendances. Les lignes de fracture sont, en effet, nettes. Entre la vieille garde incarnée par les mohicans que sont Serigne Mbaye Thiam, Aminata Mbengue Ndiaye, Niadiar Sène, Mame Bounama Sall et la nouvelle cuvée représentée, notamment, par Alioune Ndoye, Alpha Baïla Guèye, entre autres, on se regarde, désormais, en chiens de faïence. Chaque camp interprétant la «constitution» du parti à sa manière. Serigne Mbaye Thiam, porte-étendard de la continuité, a, hors instance, «installé» Aminata Mbengue Ndiaye dans ses fonctions de gardienne de la maison verte. Ce, jusqu’au prochain congrès. Comme dans une symphonie achevée et bien maitrisée, Abdoulaye Wilane, porte-parole, et Niadiar Sène, un autre hiérarque, répètent le même refrain. Selon eux, c’est l’article 18 qui en dispose. Et comme les textes sont faits pour être interprétés et en l’absence d’un environnement susceptible d’aider à la bonne interprétation, le camp opposé rejette l’intronisation d’Aminata Mbengue Ndiaye en bloc et livre sa propre interprétation. Pour ce camp, le parti ne peut être dirigé que par un pool de secrétaires généraux adjoints. Un triumvirat à la soviétique qui éviterait de pencher pour un homme ou pour une femme providentielle.

Tout compte fait, ces deux positions augurent d’une nette fracture dont le Ps aurait pu faire l’économie. Un parti qui en est encore à panser les plaies après la douloureuse séparation d’avec la bande à Khalifa Sall, exclue du parti et larguée en rase-campagne pour avoir dévié de la ligne originelle. Alors que la disparition du Secrétaire général était attendue, dans un contexte de douleur, comme un sédatif, voilà qu’elle ravive la division pour un parti fatalement habitué à subir les séparations douloureuses. Avant l’épisode Khalifa Sall, il y a eu, en effet, la saignée consécutive à la perte du pouvoir qui a vu beaucoup de cadres du parti tourner casaque. Abdourahim Agne, Abdoulaye Makhtar Diop, Sada Ndiaye, Adama Sall, Souty Touré, Robert Sagna, Mamadou Diop, pour ne citer que ceux-là, avaient tourné le dos au parti qui n’a dû sa survie qu’à la pugnacité d’un Tanor, blindé contre les sirènes du pouvoir wadien.

Et un peu plus tôt, avant la fatale alternance, Djbo Kâ et Moustapha Niasse avaient donné le coup de Jarnac qui aura anéanti les capacités de résistance de cette formation qui, d’année en année, chutait dans l’électorat.

De manière culturelle, cultuelle voire sociétale, il est, chez nous, contre-indiqué d’évoquer les fautes d’une personne décédée. Mais, le style de management de Tanor aura été, quelque part, une bombe à retardement. De son vivant, il n’a, en effet, pas désigné ou aidé à réformer les textes dans le sens de prévoir son intérim. Conséquence : chaque Dj met le tube qu’il danse le mieux. Avec, à la clé, une cacophonie qui annonce la guerre des chefs. Ce n’est peut-être pas la faute exclusive de Tanor si, de son vivant, un chef africain n’évoque jamais sa succession. Mais, la copie certifiée conforme de Senghor dont il a bien assimilé le sens de l’organisation et de la méthode aurait dû savoir que gouverner, même un parti, c’est prévoir.

L’autre élément que le Ps partage avec les autres formations de l’espace public, c’est l’absence de démocratie interne. De tous ceux qui tiennent le haut du pavé, il est difficile voire impossible de trouver celui dans lequel il existe un dauphin apte à suppléer, au pied levé, le patron quand il est constaté son incapacité à diriger. Mais, ça, c’est un autre sujet de…thèse.

WalfQuotidien

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