Le témoignage de Kalidou Diallo sur Amath Dansokho

Avec la disparition de Hamath Dansokho, j’ai perdu une de mes grandes références politiques au Sénégal. Il fut pour moi un camarade, un maître, un ami et un confident malgré ma démission du PIT en 1997, à la veille du 4ème congrès du PIT, les 27 et 28 décembre 1997.
Mes premiers contacts avec le PAI dit Clandestin date de 1973 avec la diffusion nocturne régulière de tracts de ce parti à l’école normale régionale de Saint-Louis où je faisais ma formation d’instituteur. Ce fut ensuite la lecture et la diffusion du journal And Sopi et plus tard Dan-Doole et la revue Gestu. J’ai adhéré officiellement au PAI Sénégal en novembre 1976 dans le quartier Soubalo de Matam alors que j’étais directeur d’école à Diandioly dans la communauté rurale de Ogo. Abasse Kane, un révolutionnaire permanent avait quitté Dakar et Saint-louis pour m’apporter une importante documentation composée du Rapport sur la conférence rectificative de 1967, les documents du 2ème congrès de 1972 du PAI-Senegal et d’autres brochures d’analyses économiques, sociales et politiques sur le Sénégal et le bloc de l’Est. J’ai connu Thierno Hamath Dansokho à travers d’abord cette importante littérature politique puis directement et pour la première fois au congrès constitutif du PIT d’août 1981 au cinéma El-Mansour à Dakar. Devenu normalien instituteur à l’UCAD la même année, puis professeur de lycée et universitaire , j’ai eu le privilège de participer à ses côtés à toutes les activités politiques et syndicales que menait le PIT, les différents congrès ( le 2ème , les 28 et 30 septembre 1984), le 3ème, les 23 et 25 mars 1990 et la préparation du 4ème les 27-28 décembre 1997 ainsi que l’importante 10ème session du comité central de janvier 1989). Pour les deux derniers congrès, j’ai participé activement à la rédaction des thèses d’orientation et de programmes en tant que membre du Comité central et du bureau politique. J’ai participé aussi, depuis 1983 à toutes les élections nationales et locales à travers des campagnes électorales avec Dansokho surtout à Dakar et dans la vallée du fleuve Sénégal où nous avons battu pour la première fois le Parti socialiste dans une grosse bourgade du Fouta à Danthiady, mon village natal en 1988 et aux législatives et pour le candidat Wade.
Après 1997, Dansokho m’a soutenu personnellement au ministère de l’éducation nationale de 2008 à 2012 alors qu’il était un farouche opposant à Wade et j’ai continué à le fréquenter au Palais présidentiel lui ministre d’État et à domicile après 2012. Ma dernière visite chez lui remonte à juillet 2018 en compagnie de mon ami Pape Mody Sow. Nous avions eu la chance et le bonheur d’y trouver ses deux enfants Alcali et Elsa avec leurs conjoints et enfants. Malgré son état de santé fragile, il m’a retenu pendant plus d’une heure de
temps pour échanger.
Avec ce compagnonnage de 46 ans, je retiens de Hamath Dansokho une intelligence vive, une capacité de diagnostic, d’interprétation et de prospective inégalables.
Si le PIT est resté pendant longtemps ce grand laboratoire d’analyses politiques et sociales autour à l’époque, d’un quartet politique ( Dansokho, Maguette Thiam, Samba Dioulde Thiam, Sémou Pathé Gueye) secondé par quatre structures aussi stratégiques que le Département Économique et Social , celui chargé de l’idéologie, de l’Education et de la culture, ceux chargés des syndicats, de la jeunesse et des étudiants, c’est grâce aux leaders charismatiques et stratèges que sont Saidou Cissokho puis Hamath Dansokho.
De l’Alliance Sopi à la politique de large rassemblement qui a bouti au gouvernement de majorité présidentielle, de la CA-2000 au FAL, des Assises nationales à Benno siggil Sénégal et Benno Bokk Yakaar, entre autres, toutes ces coalitions et initiatives politiques portent l’empreinte de Hamath avec des rencontres régulières dans son convivial salon de Mermoz ,route de Ouakam.
Au total Dansokho est un homme affable, jovial, généreux et entier, un grand démocrate révolutionnaire qui symbolise le courage, la vérité sans état d’âme, l’ouverture et l’intelligence politiques.
Cette disparition, suite à cette du Président Ousmane Tanor Dieng dans le contexte du tournant politique majeur de 2024 , est l’un des plus grands défis politiques que doivent relever à court et moyen termes les présidents Macky Sall et Moustapha Niasse.
Toutes mes condoléances à sa veuve Babette née Elisabeth Feller, ses enfants Alcali, Elsa et Yacine, ses frères Mamadou et Alseyni Dansokho et à tout le Sénégal son pays qu’il a tant aimé et défendu.
Kalidou Diallo historien
Ancien ministre
Président de ALED

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One thought on “Le témoignage de Kalidou Diallo sur Amath Dansokho

  1. Beau témoignage M le Ministre. Merci pour tout ce que vous avez dit sur les 2 illustre disparus à savoir mon Directeur Djibril Ndiaye DIOUF concepteur et défenseur du système éducatif et Monsieur Dansokho le révolutionnaire et défenseur infatigable du pays. Merci votre honnêteté et de votre franchise. Il faut continuer à poursuivre leurs pas car vous y êtes déjà. Daouda THIAW DPRE

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