Le test du vaccin en Afrique est une logique du marché

« Ce monde est sans pitié. Il faut se renforcer. Certains n’hésitent pas à marcher sur des cadavres pour le profit », a déclaré Khadim Ndiaye, philosophe et historien. C’est ça la réalité contre laquelle, il faut se battre. Il est davantage question d’intérêt, de force et de faiblesse que de race ou de religion. C’est la logique de l’ordre économique en cours qui expose les africains et l’Afrique (pauvre et compacte) à tous les dangers. L’Afrique serait habitée par des hébreux pauvres et désorganisés, les mêmes agressions et les mêmes atteintes lui seraient infligées sans scrupule.

Karl Marx a décrit le combat opposant la bourgeoisie et le prolétariat, en raison de l’exploitation de la seconde par la première qui possède le capital. Dès lors, il estime que la précarité croissante résultant de l’exploitation alimente la lutte, seul moyen pour la classe opprimée de s’émanciper et d’améliorer sa situation.

C’est ce scénario qui, fort de la mondialisation du capital agissant, s’étend à l’échelle du globe et oppose à présent investisseurs et consommateurs. La complexité vient du fait que les premiers réclament aussi leur statut de consommateur, à chaque fois que le marché exige promotion des produits et fidélisation des masses. De leur côté, les consommateurs, groupe d’individus liés par des intérêts communs, s’émancipent de la mainmise du bloc des investisseurs à mesure qu’ils se confondent avec ceux-ci de par des acquisitions de capacité à investir sur le marché.

Dans chaque catégorie de consommateurs, existent des liens physiques, historiques ou des intérêts partagés. Dans le bloc des investisseurs, le seul trait d’union est la recherche de profit et la pérennisation du système économique. Il y a plusieurs blocs de consommateurs, mais il y a un seul bloc d’investisseurs. À force d’acquérir des capacités d’investissement, un bloc de consommateur, potentiel oppresseur, se rapproche davantage des investisseurs et se distance proportionnellement de sa nature originelle d’opprimé jusqu’à ne plus éprouver le besoin de résistance à l’ordre économique mercantiliste.

L’Afrique, zone quasi compacte de consommation avec un faible niveau d’entreprenariat, est considérée comme opportunité, comme objet de commerce et d’essai clinique. C’est se tromper de cible que de partir des caractéristiques physiques pour venir à bout de la domination subie. C’est depuis toujours cette approche qui nous disperse dans des considérations sentimentales et qui nous fait tourner en rond, loin des enjeux de notre temps.

Il est plus que jamais question d’émancipation économique. Il y a, sous ce rapport, deux choix qui s’offrent à nous, a priori : accepter subtilement de jouer le jeu ou dénoncer en chœur la cruauté des lois du marché. Dans le premier cas, celui de la Chine et du Rwanda, il faut une approche d’intelligence économique et d’étreinte politique. Dans le deuxième, celui de la Guinée sous Sékou Touré et du Burkina sous Sankara, il faut beaucoup de résignation, de don de soi, sans aucun projet d’émergence, même pas de jaillissement.

Il y a une troisième voie, celle de la plupart des micro-États africains. La cacophonie et la dispersion y règnent en maitre. Les décideurs essayent de s’aligner sans audace ni courage ni même légitimité aux exigences du marché alors que l’opinion publique et la société civile affichent une résistance tout aussi désincarnée. Finalement, rien ne bouge, rien ne change, plus rien ne mobilise si ce ne sont les quelques entreprises lucratives de l’activisme populiste et aventureux.

Birame Waltako NDIAYE

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