Le tourisme et les hôtels affectés par le Covid-19

C’est dans King Fadh Palace méconnaissable, un endroit fantôme, par rapport aux rush habituels que la Fédération des organisations patronales des industries touristiques au Sénégal (Fopits) s’est réunie, hier, pour alerter contre la cascade de fermetures d’établissements dans ce contexte de pandémie du Coronavirus. Ils étaient tous mobilisés face à la gravité de l’heure dans le secteur transversal qui tire beaucoup d’autres et qui fait vivre biens des coins dans le pays de la Téranga. «Même si on est serein, il s’agit quand même d’une question de survie pour notre activité. Il ne faut pas se voiler la face, le problème est très sérieux. C’est la première fois que le secteur est confronté à une situation pareille. C’est une véritable guerre que nous devons mener pour la survie de l’activité touristique et hôtelière au Sénégal», a d’emblée déclaré le président de la Fédération des organisations patronales des industries touristiques au Sénégal. Mamadou Racine Sy, qui a fait remarquer que dans leur secteur, il y a des vases communicants, soulignera qu’il faut trouver les voies et moyens de faire face à la la menace. «Nous avons une série d’annulations dans tous nos établissements. J’ai discuté avec les plus hautes autorités de l’Etat et on ne peut pas aujourd’hui donner une date, ou même un horizon, par rapport à la fin de cette pandémie. Il y a une suspension des liaisons aériennes pour un mois. Et cela n’est qu’un début. Si les choses continuent ainsi, il faut s’attendre à des conséquences sur le plan social. Nous ne pouvons pas continuer à maintenir notre personnel en activité alors qu’il n’y a pas de clients. On aura un chômage technique, total ou partiel. C’est inévitable. On est obligé de prendre à notre corps défendant des mesures pour sauver l’outil de production», dit-il. Non sans soutenir qu’aucun gouvernement ne maîtrise cette très grave situation. Laquelle risque d’avoir des conséquences incalculables sur le plan économique, déjà les recettes douanières sont annoncées en baisse de 15 %, mais aussi sur le plan social. Car, ne pouvant laisser leurs employés se tourner les pouces quotidiennement, les établissements seront obligés de les confiner chez eux. «Le chômage technique est inévitable. On ne peut pas garder un hôtel ouvert pour deux clients. On ne peut pas garder nos installations ouvertes. Avec le principal marché émetteur, la France, il n’y a plus d’avions. Le confinement est généralisé maintenant en Europe. La situation appelle aujourd’hui des mesures énergiques», regrette M. Sy.
Saison touristique perdue
Par ailleurs, comme il dit en avoir déjà anticipé lors de la dernière réunion avec les ministres du Tourisme et de la Santé, le patron du King Fahd Palace invite le gouvernement a envisagé dès maintenant des mesures d’accompagnement pour le secteur. Lesquels devront concerner un report des échéances fiscales, «puisqu’on ne peut payer les impôts si on n’a pas de recettes», mais également une interventions de l’Etat auprès des banques pour différer ou accorder un moratoires sur les engagements bancaires de leurs membres. Il réclame aussi un soutien à la trésorerie de leurs entreprises avec un fonds spécial pour ce secteur le plus touché. Un paquet de mesures de sauvegarde immédiates à prendre pour ce secteur, dit-il, «quasi-sinistré à cause de l’impossibilité de reprise des activités d’ici deux mois». Car, renchérit le président du Groupe Bolloré-Sénégal, tout s’arrête. «Même les voyagistes ne prévoient pas de reprise des activités avant le mois d’août qui correspond à la basse saison. Donc, actuellement, la saison touristique est perdue. On peut considérer que la machine est à plat», relève Mamadou Racine Sy. Qui signale également que si les cotisations sociales ne sont plus reversées par les entreprises touchées par cette pandémie, les pensions de retraite peuvent ne plus être payées au delà de deux mois de réserve.
Mamadou Sow, patron du Palm-Beach Framissima de Saly a, pour sa part, indiqué qu’il faut voir comment faire pour sauver ce qui peut l’être face à cette catastrophe mondiale. «Il faut gérer les clients qui sont déjà sur place. Au niveau de Saly Portudal, nous avons 200 personnes à gérer. Les tours opérators n’ont pas de solutions. J’ai appelé l’ambassade de France qui nous dit qu’elle ne peut rien faire pour le moment. On est donc en train de voir avec les tours opérators comment rapatrier ces touristes», dit-il. «Nous avions de très bons taux de remplissage sur Saly où nous avions autour de 80 % au démarrage de la saison, mais là tout est annulé», ajoute-t-il.
A sa suite, Aimée Sène, président du Groupe Fleur de Lys, constatera lui aussi, la gravité de la situation. «Pour parler d’économie, il faut des hommes debout. Il faut qu’on sensibilise tout le monde. Il nous faut, avec nos familles, prendre tous les moyens de protection, et voir comment survivre. Ce sera la catastrophe. Parce que économiquement, nous n’auront plus de revenus, et l’Etat d’impôts», fait-il remarquer.
Pour le Secrétaire exécutif du Conseil national du patronat du Sénégal (Cnp), Hamidou Diop, la crise à laquelle nous devons faire face sera particulièrement difficile à gérer. Cela, parce qu’elle frappe beaucoup de secteurs d’activités, même si le tourisme est le plus touché. C’est la raison pour laquelle, il a annoncé la mise en place prochaine, avec l’Etat, d’un comité de crise puisqu’il y a un certain nombre de mesures à prendre dès maintenant, notamment en remettant les échéances fiscales et en annulant toutes les poursuites fiscales.
Mbaye Tine de l’hôtel Savana Dakar, lui, estime que lors des précédentes crises, c’est une baisse d’activités qui était notée. Mais là, ils sont obligés de baisser rideaux. «Il ne faut pas qu’au niveau des autorités, on attende qu’on soit dans des situations extrêmement difficiles pour agir. Car, même si on n’a pas encore déclaré l’état d’urgence, c’est l’état d’urgence. Il faut que l’Etat prenne des décisions fortes au niveau des banques pour soulager le secteur», préconise-t-il.
Samir Rahal, patron du Terrou-Bi, qui va fermer son réceptif dans quelques jours, ne voit pas de reprise de l’activité avant la fin de l’année. «On est tombé à 17 % de taux de remplissage et on va fermer les jours à venir. On va vers une catastrophe économique sans parler de la catastrophe sanitaire à venir. Il faut qu’on envisage le pire qui est l’effondrement de notre secteur et du système. On ne demande pas de gagner de l’argent mais de pouvoir nourrir nos travailleurs», soutient-il.
WALF

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