Les effets secondaires du fast-track

C’est maintenant clair que, dans la gestion de la polémique née de la diffusion, par la BBC, de son documentaire intitulé Sénégal : Un scandale à 10 milliards, le pouvoir a littéralement perdu la boule. Près d’une semaine après l’éclatement dudit scandale, les effets du pilotage automatique se font encore ressentir. Hier, c’est le très solennel Garde des Sceaux qui s’est fendu d’un communiqué non signé, simple capture d’écran d’un document qu’on s’est empressé d’envoyer dans les rédactions, un jour férié.

Pour rappel, c’est le même Garde des Sceaux qui, la veille de la célébration de la Korité par la grande majorité, et au lendemain de la conférence de presse du principal acteur de ce feuilleton à suspense, Aliou Sall, avait déclaré que l’Etat n’avait rien à voir dans ce dossier qui, selon ses lunettes, relevait de la sphère privée. La suite le ramènera sur terre. En effet, c’est le plus haut sommet de l’Etat, son chef en l’occurrence, dans sa traditionnelle adresse à la Nation post-prière, qui choisit de communiquer, promettant que lumière sera faite sur le dossier. Le même jour, alors que, fête oblige, il n’y avait aucun espace de «cerveau disponible», selon le fin mot d’Hervé Mougeotte, ancien patron de Tf1, le ministre porte-parole du gouvernement a convié la presse à une séance de lecture d’un communiqué.

Si toute cette précipitation était destinée à éteindre le feu allumé par la journaliste de la BBC, on peut, pour être poli, dire que la réussite n’a pas été au bout de l’effort. En effet, près d’une dizaine de jours après l’ébruitement de l’affaire, le pouvoir et ses suppôts en sont encore à chercher la bonne formule. Et tout y passe : éléments de langage pour une communication coordonnée et organisée, plan de riposte politique et stratégie de défense technique. Sans compter les bonnes vieilles méthodes de diversion consistant, pour noyer un scandale, à en créer d’autres. Enfumage ou contre-feu, c’est selon.

L’autre levier qui, malheureusement, n’a toujours pas produit l’effet escompté, c’est la victimisation. Il s’agit de trouver derrière l’incendie la main d’éléments de l’opposition radicale. Dès le début, l’on s’est plaint que la chaine britannique n’ait donné la parole qu’aux plus irréductibles des opposants de Macky Sall. La BBC ayant vite précisé que sa journaliste a sollicité, en vain, la version d’Aliou Sall, on se livre à une séance de rattrapage en essayant de remodeler le discours. Tous les spin doctors du pouvoir sont appelés à la rescousse.

L’Apr et tous ses satellites sont mobilisés pour aider à brouiller la communication de l’opposition. L’on a appris que, dimanche, en plein week-end de Pentecôte, des cadres de la majorité se sont enfermés à double tour pour cogiter sur la bonne stratégie de riposte. Que ne fallait-il pas commencer par la planification de la riposte avant de passer à sa mise en œuvre proprement dite ? Le manque de sérénité est passé par là. Un proche du Palais renseigne que le pouvoir a voulu éviter à Macky ce qui est arrivé à Macron dans la gestion de la crise des «Gilets jaunes». Sauf que, à trop vouloir éviter le retard à l’allumage dans la réaction du Président français face à ce mouvement spontané, la Présidence sénégalaise est tombée dans le travers inverse. Sont-ce les effets secondaires du fast-track pris à forte dose ?

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