Même une limitation de 2 mois dans l’âge des véhicules importés n’y fera rien du tout

Il ne faut pas s’étonner que tout le monde veuille avoir sa carriole, pour sa sécurité et pour un minimum de confort. La limitation dans l’âge des véhicules importés n’y fera rien. D’abord, l’âge réel des véhicules accidentés et déclarés reconstruits ou irrécupérables ne reflète nullement leur état mécanique. Ensuite, les magouilles qui ont cours dans les vérifications techniques périodiques font sauter le verrou de la conformité mécanique des tacots, vieux bazous et autres briscards en mode engin. S’il suffit à un contrevenant, surpris en défaut, de se délester de 1000 francs CFA pour que sa légèreté passe pour ni vue ni connue, il sera toujours porté à transgresser. D’ailleurs, il est des infractions tellement courantes et banalisées que les forces de l’ordre n’en font même plus cas.

L’insécurité routière au Sénégal est d’abord la conséquence du dénuement des usagers de la route. Leur légèreté et leurs nombreux écarts de conduite reflètent la désorganisation d’un secteur d’activité qui ne donne autre choix aux citoyens que de n’en faire qu’à leur tête. Le bon comportement du conducteur relève de sa bonne connaissance des techniques de conduite, l’opportunité qui lui est offerte de circuler convenablement et l’application réelle des éventuelles sanctions. Les autorités prétextent de l’indiscipline des Sénégalais en matière de circulation routière pour mieux se soustraire de leur obligation de moyens.

L’argument fourre-tout qui consiste à pointer du doigt l’indiscipline des Sénégalais, à chaque fois que leurs comportements laissent à désirer, est l’arbre qui cache la forêt. Pour que l’appel à la discipline opère, il faut surtout que les conditions matérielles favorisent le respect des normes établies. Nous aimons bien nous comparer aux occidentaux pour magnifier superficiellement leur tendance au respect du code de sécurité routière. Ce raisonnement est faux parce que trop simpliste. Avez-vous vu, dans les pays développés, le comportement des conducteurs à l’entrée et à la sortie des zones surveillées par des radars photo? Très souvent, les conducteurs ne limitent leur vitesse que parce qu’ils risquent, sous l’effet de la surveillance, une forte amende. Ils ralentissent comme des automates à l’entrée du champ des radars et accélèrent aussitôt qu’ils en sortent. La sensibilisation, acte de charme, ne peut opérer qu’à la condition de l’attractivité du produit, comportement responsable. Pour ce faire, la prévention du risque, l’état des infrastructures routières et la régulation effective du trafic routier doivent aider à renforcer l’adhésion des usagers, objectif ultime.

Au lieu de tout mettre, en pis-aller, dans le compte de l’indiscipline, les autorités doivent réussir le pari d’une offre de service de qualité. L’absence de signalisation, de réglementation claire et de verbalisation formelle livrent les usagers de la route à eux-mêmes. La corruption est le principal goulot d’étranglement. Le conducteur sait bien que le risque, en cas de violation du code de la route, n’est pas si grand, comparé aux ennuis qu’un strict respect entraînerait en pratique.

 

Birame Waltako NDIAYE

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