Piratage des cartes bancaires : Silence, on pompe dans vos comptes !

C’est comme un venin qui vous suce le sang jusqu’à épuisement total. Voir un effondrement. Le skimming, une colossale escroquerie, n’est pas loin de cette figure imagée. «Le virus» du piratage des cartes bancaires a fini d’infecter le système bancaire sénégalais qui a fini de constater son impuissance face à «cette armée invisible». Le piratage a provoqué un grand désastre aux guichets automatiques bancaires (Gab) de la banque de l’Habitat du Sénégal (Bhs) situé au rond-point jet d’eau, à la Sicap, et à la direction de la Société générale du Sénégal (Sgs), sur l’avenue Léopold Sédar Senghor.

Dans leur rafle, les délinquants ont réussi à dupliquer 572 cartes de clients avant de retirer la somme de 20,776 millions de francs Cfa à travers 117 opérations.

Dans le lot des victimes figure Awa Cheikh Faye. Déboussolée, la jeune dame n’arrive toujours à digérer le piratage de son compte bancaire. Sa désolation est d’autant plus grande qu’elle peine à trouver ses mots pour raconter son déboire financier qui remonte au mois de février passé. Un véritable cauchemar où elle dit avoir perdu «plus de 100 milles francs Cfa». «Au début, explique cette cliente de la Sgs, je remarquais que des achats se faisaient en ligne à partir de mon compte. Et c’est au mois d’avril que j’ai pris réellement pris conscience de la situation». Trop tard pour elle !

Une somme qu’elle peine encore à recouvrer jusqu’à présent. «Après avoir remarqué cette malversation, j’ai contacté mon gestionnaire de compte pour rentrer dans mes fonds. Mais jusqu’à présent, je n’ai rien reçu», avoue-t-elle, la mine dépitée, en déplorant la lenteur pour le recouvrement de son argent volé.

Un phénomène décrit sous le nom de skimming. Une technique qui consiste à dupliquer les données bancaires stockées sur la bande magnétique de la carte et parfois le code secret à 4 chiffres, grâce à une caméra ou à un clavier numérique détourné. En pratique, les fraudeurs utilisent des appareils électroniques trafiqués, comme un faux lecteur de cartes, une caméra cachée, un clavier numérique falsifié, qu’ils placent sur les terminaux de paiement, les distributeurs de billets, les pompes à essence afin de capter les données contenues sur la piste magnétique. Une fois la carte clonée, le pirate peut l’utiliser ou la revendre. Ce type de fraude est d’autant plus facilité avec l’essor des paiements sans contact, il n’est plus nécessaire d’insérer la carte de lecteur de carte bancaire. Ce qui fait le bonheur des délinquants financiers qui pompent en silence dans les comptes bancaires sans se faire presque remarquer. Avec de grands ravages chez les usagers. Puisque certains clients ont vu leurs comptes être complètement vidés par ces attaques au Skimming.

«Perte de 258 mille francs Cfa, plus le quadruplé du Smig mensuel qui est à 58 900 francs Cfa… »

Tout comme Awa, d’autres clients disent avoir subi ces malversations financières. Dans ce lot, figure Cheikh Tidiane Guèye. Comme un coup d’épée, il a reçu un sms de la Société générale qui lui signale des transactions financières dans son compte bancaire. Alors qu’il ne s’était pas rendu à la banque depuis une quinzaine de jours. Enervé, il tente de contenir son trop plein d’amertume. «Pour calmer mon angoisse, je me suis rabattu sur le gestionnaire de mon compte. A la banque, on m’a remis tout un tas de papiers à remplir. J’attends toujours de recouvrer mon argent», avoue Cheikh Tidiane Gueye qui dit avoir perdu la somme de 258 mille francs Cfa, soit quatre fois plus que le Smig mensuel qui est de l’ordre de 58 900 francs Cfa.

Loin de réconforter leurs clients, les banques en rajoutent une couche. «Dans leur manière de résoudre le problème, les banques demandent aux clients d’annuler ou de se payer une nouvelle carte», explique-t-on. De quoi soulever la colère des usagers qui souffrent déjà avec les taux usuriers imposés sur les prêts et les agios, en fonction de la banque. En plus d’autres tracasseries. Pourtant, estiment des clients contactés, le skimming aurait pu se régler avec l’assurance de la carte. «Les usagers victimes doivent recouvrer leur argent perdu. Le compte bancaire a deux portes : la première porte a une clé détenue par le banquier et le client. Et une deuxième porte avant de pénétrer dans le compte à laquelle la clé est exclusivement détenue par la banque. Par conséquent, si le cybercriminel ou le pirate arrive à vider le compte de l’usage, la banque en a une grande part de responsabilité», estime Famara Ibrahima Cissé, le président de l’Association des clients et sociétaires des institutions financières (Acsif), devenu «le mur de lamentations» des usagers qui n’en peuvent plus de cette situation malencontreuse. A défaut des banques qui s’emmurent dans un silence assourdissant ou qui se réfugient derrière une plainte qu’elles disent avoir déposée auprès du Parquet de Dakar. Dur, dur d’avaler cette pilule amère qu’est le skimming !

WALF

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