Porteur de quelque chose avant d’être leader de quelques-uns

Khalifa Sall, Idrissa Seck et d’autres sont entrés dans un silence qui laisse souvent perplexe. Dès lors se pose la vraie question de formulation de mot d’ordre et d’élaboration des thématiques politiques. La classe politique classique a-t-elle, à présent, de l’offre à proposer qui soit concurrente de ce que décline Ousmane Sonko en projets et perspectives. L’émergence de nouvelles figures de proue telles que le capitaine Dieye et le juge Dème fait bouger les lignes et accule les acteurs anciens à structurer davantage leurs discours. Il faut espérer que le silence des premiers mentionnés ne soit pas le fait d’une impréparation.

La politique s’incarne. Pour que n’importe qui puisse intéresser en politique, il faut, à contrario, qu’une cause lui soit associée. Celui qui fait recette dans le paysage politique sénégalais actuellement, c’est celui qui s’érige  en porte-voix de la résistance au diktat du marché, notamment contre la supposée mainmise française sur les leviers économiques. Macky Sall et ses partisans incarnent le statu quo. Ils sont dépouillés, dès lors, de propriétés d’impulsion et de disposition à fournir à leurs adversaires matière à s’illustrer plus qu’annonciateur de changement. Il est question de prouver la capacité à faire autrement et mieux. S’opposer au régime actuel devient ni plus ni moins que manie et mécanique classiques et ordinaires d’un jeu de rôle.

Il en faut plus pour répondre à un besoin nouveau, encore élitiste, mais ô combien porteur d’élan et d’ouverture ! D’abord de portée médiatique, thématique ensuite, puis électorale, le projet politique adossé sur une vision claire sur les enjeux de relations internationales, d’orientation économique et de gouvernance fera toute la différence. Le discours politique sera percutant à la condition de révéler un sens de la responsabilité et une lucidité à toute épreuve. Par exemple, il s’agira de mettre à nu les velléités simplistes du panafricanisme bidon et du communisme nouveau genre.

Rompre, c’est violent et trop hasardeux. Se réconcilier avec soi-même, c’est rassurant et c’est beaucoup plus raisonnable. Se positionnera en alternative l’acteur engagé qui assumera le choix clair de jouer sans fard ni faiblesse avec les règles de la mondialisation au lieu de s’arrêter au simple diagnostic itératif. Se positionnera en acteur de taille celui qui misera sur des efforts originaux et raisonnables de rationalisation et de conduite des affaires publiques. Se positionnera en homme de paix et de rassemblement le guide qui tiendra un discours rédempteur sur la responsabilité partagée des maux du passé et tout aussi prometteur de transparence sur la marche prochaine du pays.

L’adversaire à battre, c’est le régime. La condition de notoriété est dans la capacité à fournir des réponses aux simplifications des agitateurs de masse. Là est tout le contraste, la complexité à surmonter. Le piège sera de se confondre dans les rôles entremêlés par la force des confusions entretenues : opposition au régime et responsabilité du devoir. Plus que jamais, il faut de la fermeté et de l’éclat pour s’opposer au pouvoir en place. C’est le combat le plus facile à mener. Le plus difficile exige du renouveau, de l’originalité et de la cohérence. C’est de cette dernière posture que dépendent le succès et la sincérité de l’acteur.

Birame Waltako Ndiaye

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