Post Covid-19 : Pourquoi plus rien ne devrait être comme avant

Le Covid-19 a subitement révélé les limites de la mondialisation de l’économie. Les sacro-saintes règles de l’Organisation mondiale du commerce (Omc), basées sur le libre échange des biens et services, n’ont pas tenu très longtemps aux effets de cette calamité publique qui s’est propagée sur le globe à un temps record. Aujourd’hui, c’est l’impasse totale et le sauve qui peut est la règle dans les échanges internationaux. Chaque pays compte les dégâts et liste ses insuffisances afin de s’organiser pour les combler. Le Sénégal, dans cet exercice, est totalement désemparé et est à la merci du monde et des prédateurs économiques comme en témoigne la sale polémique sur l’achat de vivres pour les ménages les plus faibles. En effet, sur les denrées de première nécessité, le pays n’est autosuffisant en rien. Là où il cherchait à acheter 145 mille tonnes de riz, le gouvernement n’a trouvé que 900 tonnes de riz disponibles dans la production nationale de la Vallée du fleuve Sénégal.
Pourtant, le riz aurait pu être cité parmi les produits autosuffisants depuis 2014. Car, l’Etat a engagé le programme d’autosuffisance en riz du pays à l’horizon 2018. Où en est-on aujourd’hui ? Selon certains riziers, la production réelle de riz local n’a jamais dépassé les 350 mille tonnes par an, malgré les centaines de milliards investis par l’Etat pour la soutenir. Il est cocasse de noter que dans la même période, jamais les importations de riz n’ont été aussi importantes, franchissant la barre du million de tonnes. Toujours est-il qu’à l’heure du bilan, le Sénégal est fortement dépendant de l’extérieur pour son approvisionnement. Les stocks disponibles dans le pays assureraient 6 mois d’approvisionnement. Il est permis d’en douter dès lors qu’il nous parait impossible d’imaginer des possibilités de stockage physique de 500 mille tonnes dans le pays. Et nous devons croiser les doigts pour que le transport maritime international puisse continuer à fonctionner sans perturbations majeures. Sans quoi, la pénurie ne tardera pas à se déclarer.
Le cas de l’huile est le plus cocasse. Voilà une filière pour laquelle le Sénégal s’est doté d’industries d’extraction et de raffinage depuis la veille des indépendances mais la triste réalité est qu’on est obligé, aujourd’hui, d’importer de l’huile pour compléter nos besoins. Selon certaines informations en notre possession, la couverture des besoins n’est pas assurée pour les trois prochains mois, sauf retournement rapide de conjoncture. Comment a-t-on pu en arriver là ? Une très longue histoire qui débute avec la création de la Sonacos et qui se poursuit avec la fuite des graines vers la Chine. Pis, si la Côte d’Ivoire voisine bloque les importations de son huile, le pays sera dans une pénurie jamais connue.
Pour le sucre, on a connu pendant ces 10 dernières années des crises récurrentes qui auraient pu emporter ce géant aux pieds d’argile qu’est la Compagnie sucrière sénégalaise (Css). L’organisation par des sbires des différents systèmes politiques d’une concurrence déloyale par des importations massives plus ou moins parrainées par l’Etat a failli, à plusieurs reprises, couler ce fleuron de l’économie sénégalaise qui s’est projeté depuis 2008 pour atteindre l’autosuffisance du Sénégal, notamment avec son projet Kt150. Aujourd’hui, tout le monde est heureux de pouvoir trouver du sucre dans le marché en quantités suffisantes grâce à cette production locale. Et à un prix toujours administré comme pour d’autres produits stratégiques.
Il en est de même de l’alcool que produit également la Css depuis 2007, après la mise en place d’une distillerie qui produit à partir du sous-produit du sucre appelé la mélasse. Aujourd’hui, le Sénégal est autosuffisant en alcool grâce à la production de la Css, contrairement aux pays de la sous-région comme le Burkina, le Ghana, la Guinée, la Côte d’Ivoire qui tapent à la porte du Sénégal pour se procurer ce produit si précieux en ces temps de crise sanitaire. Sa capacité de production est de l’ordre de 12 millions de litres par an dont 65 % étaient exportés et 35 % vendus localement. Ce produit est recherché partout dans le monde et sans lui la lutte contre la pandémie serait perdue d’avance.
Aujourd’hui, il n’y a que dans l’arachide ou encore le ciment où le pays peut se targuer d’être autosuffisant. Pour la pomme de terre, l’oignon et autres spéculations, les efforts de souveraineté sont gâchés par les importations sauvages organisées par une mafia bien connu de la place. Mais, avec les décisions de beaucoup de pays de garder leur production face à l’incertitude, il est plus qu’urgent que les autorités, à l’image du chef de l’Etat qui a demandé, jeudi en Conseil des ministres, de prendre toutes les dispositions nécessaires au financement du Programme national d’autosuffisance en riz (Pnar), mettent les bouchés doubles pour qu’on puisse d’abord compter sur nous-mêmes.

WALF

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