Pr Daouda Ndiaye, parasitologue : «Le coronavirus est moins mortel que d’autres maladies»

Qu’est-ce que le Coronavirus Covid-19 ?
Le coronavirus Covid-19 est une maladie virale transmise de façon inter humaine. Au départ, elle transmettait entre les animaux. Maintenant, elle est devenue une maladie humaine qui se transmet d’une personne contaminée à une personne saine.
Comment se manifeste la maladie ?
Elle se manifeste par un syndrome grippal avec des toux, une fièvre, de la diarrhée… Elle peut se compliquer jusqu’à entrainer des problèmes respiratoires qui peuvent être fatals. Elle se transmet à travers des gouttelettes qui s’échappent de la bouche, du nez d’une personne qui a la maladie lorsqu’elle éternue ou tousse. Et cela se fait par voie aérienne ou indirectement par les mains souillées qui ont touché des objets porteurs du virus.
Y-a-t-il des complications ?
C’est une maladie qui est très grave, mortelle même si le taux de mortalité est de 2 % contrairement aux autres maladies qui sont de la même famille que le coronavirus. Aujourd’hui, on a l’impression que l’ensemble du continent est touché. Et il faut savoir qu’aucun pays n’est épargné : ni d’Europe ni l’Amérique ni l’Asie. Nous sommes tous exposés.
Peut-on en guérir ?
C’est une maladie qui peut se guérir naturellement parce qu’il n’y a pas de médicaments, aujourd’hui, prouvés efficaces contre ce virus. Il n’y a qu’un traitement symptomatique qui permet de lutter contre les symptômes. C’est pourquoi, tout dépend de la rapidité de la prise en charge. Plus la prise en charge est précoce, plus l’individu à des chances de survivre.
Quelles sont les mesures de prévention à prendre ?
La première consigne qu’on donne aux populations, c’est que, dès les premiers symptômes ou si elles voient un voisin ou un proche qui a des symptômes de la maladie, il faut appeler les médecins pour qu’ils donnent des directives sur comment faire. Parce que la vitalité est basée sur la rapidité. C’est une maladie qui touche malheureusement beaucoup plus les personnes âgées et les personnes qui ont des problèmes d’immunité. Il faut savoir aussi que le virus peut être transmis à l’individu sans que ce dernier ne développe la maladie. Il y a aussi une période d’incubation qui dure jusqu’à 14 jours qui est relative parce qu’elle peut être moins ou plus de deux semaine avant que la maladie ne se manifeste. C’est pourquoi, toutes les personnes qui vivent en dehors de l’endémie sont des personnes à risque. C’est pourquoi, il faut prendre les personnes hors endémie comme des personnes à risque.
Le Sénégal a enregistré son premier cas. Mais quel message lancez-vous à ceux qui commencent déjà à paniquer ?
Il ne faut pas créer une psychose. C’est une maladie comme les autres maladies. Le coronavirus est moins mortel que d’autres maladies. C’est une pathologie maîtrisable et qui se gère facilement. Il suffit juste de suivre les mesures de prévention. Elle n’est pas honteuse et peut toucher n’importe qui aussi. Surtout, il ne faut pas stresser sinon on risque même de diminuer son système de défense et on s’expose à des complications. Il faut éviter de s’alarmer très tôt par une simple toux. Pour suspecter une personne, il faut qu’elle voyage ou vive en zone d’endémie. Et là aussi si la prise en charge est précoce, la personne peut guérir rapidement même s’il n’y a pas de médicaments ni de vaccin prouvés sur le plan scientifique efficaces contre le coronavirus. Toujours est-il que, aujourd’hui, le cas du Sénégal est là.
Aujourd’hui, comment faire pour retrouver les personnes que le patient a contactées ?
Il faut essayer de connaître de façon très claire tous les cas de contacts. Parce que dans de cas pareil, il faut que tous les cas de contacts aussi bien dans l’avion, là où le patient habite, les personnes qu’il a eu à voir au niveau de la consultation, fassent l’objet d’un contrôle. Et s’il le faut, un diagnostic et un suivi régulier doivent être faits jusqu’à ce que la fenêtre des 14 voire 15 jours soit atteinte. Les cas de contacts doivent être traqués à tous les niveaux. J’ai appris, à travers le communiqué du ministère de la Santé, qu’ils ont pu reconnaitre les cas contacts ; et tant mieux. Après, il faut continuer la sensibilisation sur les mesures d’hygiène qui sont adéquates pour la prévention.

«Il ne faut pas céder à la panique. Ce n’est parce qu’on a salué un individu et qu’on ne s’est pas lavé les mains qu’on a le coronavirus»

En quoi faisant ?
Il faut se laver les mains fréquemment à l’eau savonneuse et javellisée pendant 20 secondes, si en revenant d’un lieu public, on estime qu’on a touché un objet ou quelque chose qui a été touché par une autre personne. Parce que, chacun peut contracter la maladie. Normalement c’est des actes même qu’on doit faire quotidiennement. Cela doit être une routine : chez nous, au dehors notamment, dans nos lieux de travail, à l’école, à la maison ; etc. Et si on n’a pas d’eau savonneuse ou on est dans les transports, il y a les solutions hydro-alcooliques qu’on vend dans les pharmacies. Et j’insiste, il ne faut pas céder à la panique, car, ce n’est parce qu’on a salué un individu et qu’on ne s’est pas lavé les mains qu’on a le coronavirus. Une autre mesure qui me paraît importante, c’est que quand vous saluez un individu, il faut éviter de mettre ses propres mains sur la bouche ou au niveau du visage jusqu’à ce que vous vous laviez les mains. C’est ça le plus important. Parce que si vous touchez quelque chose et que vous ne vous lavez pas les mains, si cette personne a le virus, vous pouvez vous contaminer très rapidement. Donc sensibilisation, oui. Mais, pas de psychose, pas de panique. On n’en a pas besoin parce que cela ne sert absolument à rien. Pas de ruée vers les masques. Les masques sont pour les personnes malades et le personnel médical qui est en charge des soins. Si c’est dans un lieu confiné où il y a le virus, au moins on peut comprendre.
(…)
On voit beaucoup de sorties dans les médias ou dans les réseaux sociaux. Selon vous, qui doit parler de cette maladie ?
Il faut donner la parole aux experts. Toute information donnée aux populations doit être crédible, vérifiée et vérifiable. Ne cherchons pas le scoop ou le sensationnel dans cette épidémie. C’est une question de responsabilité et de lucidité, parce qu’il ne faut pas céder aux messages qui passent de tous les côtés. La presse a toujours été au rendez-vous. Et surtout il faut donner la bonne information et ne cherchons pas à cacher quelque chose, parce que c’est important pour la population. Si c’est une information avérée et juste, il faut la donner. Il ne faut pas par exemple dire tel cas habite tel lieu, ou c’est telle personne, il travaille dans tel société, etc. Cela crée une panique et entraine même la stigmatisation.
(…)
Pour ce cas signalé au Sénégal, avez-vous décelé des failles dans le dispositif ?
J’ai l’impression que le screening n’a pas bien marché même s’il a été prouvé que le système est bon parce qu’il a pu prendre en charge le cas. Mais il faut le renforcer.
En quoi faisant ?
Au-delà de la température, il faut qu’il y ait un questionnaire : demander au voyageur s’il a été fébrile durant les 48 heures ou les deux semaines ; s’il a été dans une zone de contact, etc. Ce, pour que cette personne puisse être surveillée. A mon avis c’est ça qui a manqué. Il faut qu’on renforce en mettant en place un questionnaire où le voyageur remplit tout. Au niveau des postes de police, par exemple, ceux qui prennent la température des passagers, ils doivent vérifier. Parce qu’il y a toutes les informations sur le passeport. Donc à travers l’écran, on pourra savoir le lieu de provenance du passager : si c’est une zone rouge ou pas. Tous ces moyens permettent de mieux optimiser la recherche et l’identification de cas. Cela doit compléter, aujourd’hui, le dispositif qui est mis en place. Le dispositif est différent selon qu’on a un cas ou qu’on n’en a pas. Donc on doit ajouter tout ce qui peut cibler les personnes pour mieux les identifier. J’ai beaucoup apprécié ce qui a été fait à l’aéroport. Parce qu’il y a non seulement l’adresse du passager mais son numéro de téléphone portable. Cela permet de chercher tout de suite une personne qui était suspecte ou en contact avec un suspect. Nous demandons au ministère de la Santé et l’Etat de renforcer le dispositif.
Ne fallait-il pas mettre l’accent aussi sur la formation des spécialistes pour la prise en charge de cette pathologie ?
Il y a des formations qui ont été faites. Mais cela doit continuer avec la sensibilisation. Et il faut décentraliser cette formation et la sensibilisation au niveau des régions et des communautés. Cela mérite des moyens mais les autorités sont en train de le faire avec l’appui des partenaires.
Pour ce qui concerne Dakar, nous avons l’Institut Pasteur pour faire des tests. Mais, dans les régions, c’est le désert…
Effectivement, la structure recommandée c’est l’Institut Pasteur. Mais, en tant qu’expert au niveau de l’hôpital Le Dantec, nous avons notre plateau technique qui nous permet de faire des diagnostics de ces cas. Demain, s’il y a une nécessité de venir en secours à l’Institut Pasteur, nous serons présents. Je n’ai pas été au niveau des frontières. Mais, selon le ministère de la Santé des contrôles sont en train d’être faits à ces niveaux aussi. Même si nous savons quand même que les frontières africaines sont très poreuses. Limitons-nous aux assurances du ministère de la Santé jusqu’à voir autre chose.
Beaucoup d’informations circulent dans le Net faisant état de certains produits comme la Chloroquine et le miel pour soigner le coronavirus Covid-19 ? Est-ce que c’est vrai ?
Il n’y a pas, aujourd’hui, d’essais cliniques fiables réalisés pour aboutir à une conclusion. Il ne s’agit pas seulement de la Chloroquine. Je dis bien que, pour tous les produits que les gens mettent dans le Net, tant qu’il n’y a pas un essai clinique fiable, on ne peut pas parler de traitement de l’épidémie du coronavirus Covid-19. Mieux encore tant que l’Organisation mondiale de la santé (Oms) n’aura pas dit ça c’est un essai clinique, parce que c’est l’Oms qui les valide avec des résultats scientifiques clairs et que ces résultats soient même publiés dans des journaux de haute facture, on ne peut pas parler de médicament ou de vaccin. Cela n’existe pas.

WALF

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