Quand la Senelec fait baver financièrement l’Etat et tient au collet les citoyens

Ce document qui date de 2015 retrace les péripéties de la Senelec. Un document important pour se faire une idée avant cette date et les efforts réalisés après pour maintenir sa tête dans la lumière.

Le Sénégal utilise l’électricité depuis 1887. En effet,  à cette date, un in ingénieur civil français du nom de Hyppolyte Vaubourg  réalisa les premiers raccordements dans la ville de Saint Louis. Deux ans plus tard, en 1889,  la Société d’Eclairage Electrique du Sénégal  (SEES) voit le jour . Une mort née puisqu’elle fait faillite en 1891. Elle sera suppléée par  la NSEES en 1892 de l’établissement Carpot. A l’ère des concessions en matière d’électricité, celle de Dakar date de 1909 avec la création de la Compagnie d’Electricité du Sénégal. En 1929, une nouvelle entité voit le jour, la Compagnie des Eaux et de l’Electricité Ouest Africaine. Plus tard, en 1966, Cap des Biches fut construite.

En 1971, une rupture institutionnelle intervient : l’Etat rachète les installations électriques et crée deux (2) entités : Une société d’Economie Mixte Electricité Sénégal (EDS) responsable des investissements et  une autre société d’Economie Mixte d’exploitation, la Sénégalaise de Distribution d’Energie Electrique (SENELEC). Donc EDS propriétaire des ouvrages et des installations les donnait en bail à la SENELEC.

En 1983, l’Etat fusionne EDS avec SENELEC par nationalisation. La nouvelle SENELEC naquit ainsi comme une société nationale dont le capital est entièrement souscrit par l’Etat (Loi 83-72 du 05 juillet 1983 et décret 84-1128 du 04 octobre 1984 conférant le monopole de la production, du transfert et de la vente d’énergie électrique dans tout le pays.) Entre 1985 et 1995 est mis en œuvre le premier projet de développement électrique, non sans déboires et turbulences. C’est alors que désespérément le régime socialiste finissant, n’en pouvant plus avec les coupures d’électricité, passe la SENELEC sous le contrôle du consortium Hydro Québec Elyo. Cependant l’avènement de l’alternance retourne la SENELEC dans le giron de l’Etat en l’an 2000. Une tentative de privatisation eut lieu en 2001 avec VIVENDI Environnement mais elle ne connaîtra pas de lendemain.

Voilà donc les différentes péripéties institutionnelles de cette Société. Le Capital est de 125 milliards avec environ 2600 agents. Cette société est moribonde à l’image de son site internet qui n’a pas été mis à jour depuis le 11 octobre 2012 !

L’organisation actuelle de la Société date de 2009 avec un Directeur Général et 12 Directions.

 

La situation financière de la Senelec avant l’arrivée au Pouvoir de SE Mr Macky Sall :

En 2012, Le besoin en fonds de roulement était  de 34,3 milliards mettant en évidence un important déséquilibre financier. La Senelec devait à ses créanciers 225 milliards.

Au niveau de la gestion, la Senelec a réalisé en 2012  un chiffre d’affaires de 281,7 milliards contre 446 milliards de charges globales ; le résultat d’exploitation était négatif de 8,2 milliards. L’Etat et le Trésor Public a dû secourir la Senelec pour quelques 120 milliards en cette même année 2012

Bien entendu, ces mauvais résultats financiers se traduisaient concrètement au niveau des populations par des ruptures fréquentes dans la fourniture de courant électrique ; L’image de la Sénélec en fut sérieusement écornée et les limogeages  des dirigeants interviennent le plus souvent.

Je ne crois pas qu’on soit sorti de cet engrenage depuis 2012.

En 2013, la Senelec a dû encore demander à l’Etat par l’intermédiaire de la Commission de Régulation du Secteur de l’Electricité, de lui compenser 87 milliards de manque à gagner. A fin 2013, les pertes cumulées ont atteint 75,9 milliards, entamant 63,5 % du capital social.

En 2014, c’est le même scénario d’hémorragies financières : La Senelec dépouille encore le Trésor Public de 82 milliards au titre de soutien provenant du FSE.

Dans ce contexte morose intervient en février 2014 le PLAN SENEGAL EMERGENT qui assigne de nouveaux objectifs à la Senelec :

Extraits du document :

4.1. Résolution de la question vitale de l’énergie

  1. Le secteur de l’énergie constitue un soutien majeur au développement de l’économie, à la réduction des inégalités sociales et territoriales.

 La Stratégie d’Émergence traduit l’ambition du Sénégal de garantir un accès large et fiable à une énergie bon marché.

 Ainsi, le PSE vise les objectifs suivants :

  • avoir une parfaite disponibilité d’énergie en quantité et qualité suffisantes ;
  • avoir un prix de l’électricité parmi les plus bas de la sous-région (60 à 80 FCFA/kWh) pour un soutien à la compétitivité économique ;
  • diminuer de moitié la facture d’électricité des ménages ; et
  • supprimer les coupures et les pertes associées d’ici 2017.

 412.Le PSE poursuit et développe les orientations de la lettre de politique de développement du secteur de l’énergie d’octobre 2012 concernant l’électricité, les hydrocarbures et l’accessibilité de l’énergie en milieu rural.

  1. La relance du plan intégré du sous-secteur de l’électricité passe par :
  • le rééquilibrage de l’offre et de la demande avec la mise en service de nouvelles capacités de production (1000 MW) pour faire face à la demande exprimée et latente ;
  • la diversification des sources de production d’électricité pour rééquilibrer le mix énergétique avec le choix de développer la production basée sur du charbon, du gaz, de l’hydroélectrique, du solaire et de l’éolien ;
  • la mise à niveau et le développement du réseau de transmission et distribution : renforcement et sécurisation des lignes problématiques, l’extension du réseau notamment la construction des « Autoroutes de l’Electricité » visant à étendre le maillage au niveau national et à réaliser l’interconnexion avec les pays limitrophes et potentiellement les pays d’Afrique du Nord, voire l’Europe à plus long terme ;
  • une meilleure maitrise de la demande à travers: (i) les campagnes de sensibilisation (ii) la promotion des solutions d’économie d’énergie.

Ces objectifs sont nobles mais quelle est la réalité d’aujourd’hui ?

Tout le mal de la Senelec se trouve dans les pertes importantes de production. Les chiffres à fin 2014 communiqués par la Direction de la Senelec à la Commission de Régulation du Secteur de l’Electricité sont alarmants :

PRODUCTION TOTALE :                                                    3 227 263 MWH

QUANTITE D’ENERGIE TRANSPORTEE                         3 178 058 MWH

QUANTITE D’ENERGIE DISTRIBUEE                              3 108 123 MWH

QUANTITE D’ENERGIE VENDUE                                     2 563 097 MWH

Entre la production et la vente finale, la Senelec  a perdu en 2014,

664 166 MWH, soit en termes financiers  environ 78 MILLIARDS FCFA. 

Les différentes lettres de développement du secteur de l’énergie ont toujours accordé un volet important au redressement financier de la Sénélec et à la résolution des problèmes de gestion et d’organisation de la production. Que nenni !

Il y eut un plan de redressement du secteur de l’énergie (PRSE) 2007-2012 qui a englouti des sommes colossales et un plan d’urgence de sortie de crise face aux délestages mais vu que le pilotage ne s’est jamais intéressé au détail de la gestion de la Senelec, nous tombons toujours sur les mêmes travers quelques années après.

J’ai pu recenser 276 milliards mis à la disposition de la Senelec déjà durant l’exécution du Plan d’urgence, en plus de la location de groupes électrogènes jusqu’à 60 MGW de puissance ! Ni les sénégalais, ni le gouvernement ne sont présentement satisfaits de la gestion de la SENELEC. Les factures sont jugées élevées pour un service médiocre !

Dans la LETTRE DE LA POLITIQUE DE DEVELOPPEMENT DU SECTEUR DE L’ENERGIE (LPDSE) signée le 11 février 2008, des mesures précises y ont été édictées pour redresser financièrement et techniquement la Senelec. Il importe aujourd’hui de les évaluer et d’exiger des comptes aux parties prenantes. (…)

Que ce soit la restructuration de la Senelec, la recapitalisation ou la réorganisation de la commission de régulation du secteur de l’électricité, rien n’a été réalisé. En particulier, la Commission de régulation du secteur de l’électricité, créée en 1998 n’accomplit pas la mission qui lui a été assignée. Elle s’est transformée en mange-mil pour ses 3 membres et son personnel, vivant ainsi dans une rente de situation sans rien apporter au pays. Le gouvernement a toujours été pris au piège de l’urgence face aux délestages et n’a jamais pu achever un travail sérieux et serein à la Senelec.

 

Espérons cette fois-ci que le nouveau Directeur Général aura les coudées franches pour travailler et redresser en interne la Société.

 

SEYDINA OUMAR TOURE

 

Share

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *