Quand on s’oppose, on est un saint. Honni soit qui mal y pense

Le caveau des pirates. Là où s’enterrent les principes et la lucidité et la sincérité. Ensevelis sous le poids de la partisannerie. Les raisonnements y sont maquillés, parés des plus beaux atours du discours accommodant, complaisant ou calomniateur. C’est la marque de fabrique de la maison funèbre du coin, réseau social sénégalais. Ici gît la conscience citoyenne et sa descendance : opinion publique et adhésion populaire. Elles sont mortes de leur belle mort, d’aveuglement, signe d’immunodéficience acquise. Pour ou contre tel ou tel autre individu, les avis y sont taillables et plaidables à la mesure de celui qui parle ou de celui qui fait, rarement au caractère intrinsèque des faits et gestes.

Des idées arrêtées sans effort de discernement fixent les positions affichées sur le panel des échanges politiques dans un espace clos de tergiversations et d’ajournements. Point de place aux mouvements, rien que de l’emportement. L’pinion, toute enflammée, s’inscrit dans une logique binaire : amie ou ennemie du régime sur des questions d’actualité. Beaucoup s’opposent ou s’approuvent, enchainés à de simples manifestations d’intérêts particuliers sinon à des significations immédiates dictées par des susceptibilités de disciples ou par des ressentiments de victime devant l’éternel, « hasta siempre ».

La réalité, c’est que la vie a changé pour nous tous. Il faut savoir le constater sous peine de sombrer dans le ridicule, en essayant de se refaire à partir de ce qui n’existe plus. La réalité, c’est que l’électricité nous éclaire, et que si quelqu’un décide de faire sauter les centrales, nous serions tous dans le noir, et que personne, ni même les gardiens autoproclamés du temple, ne pourra réclamer la lumière des ancêtres. Chacun y va de son humeur et de ses connaissances occasionnelles et fragmentaires si bien que le débat public sénégalais s’embrouille toujours de futilités sinon d’excès.

Jusque-là, les positions citoyennes sur des sujets d’actualité sont façonnées à partir de simples coups médiatiques suivis d’effets d’indignation. Le « wax waxeet », courant dans le paysage politique sénégalais, n’est pas l’apanage d’un personnage politique en particulier. Il est inhérent au système politique local et est le corollaire de nos rapports courbes avec la classe politique. Ces derniers ne sont pas définis par des codes de compétence et de confiance, mais fixés d’avance dans l’agenda des hommes et des femmes à couronner ou à casser. S’il faut dénoncer la transhumance, il faut aussi invalider les vicieuses liaisons destinées à gêner l’édile jusqu’à le raccorder au diable. Il y va de notre honnêteté intellectuelle.

Belote et rebelote en permanence, la même situation connue en 2000 et en 2012 se reproduira encore et encore. Des hommes à abattre ou à caresser sont d’avance désignés d’autorité à travers réseaux sociaux, bazars sauvages. Le mot d’ordre est sans appel : tirer à feu nourri sur les uns. Peu importe ! Ainsi, se déploie la tyrannie de la logique binaire qui n’autorise pas la nuance. C’est cela qui nous fait tourner en bourrique depuis bien longtemps. Par le jeu des rapprochements ponctuels et par des effets simplistes d’entrainement, la crétinisation des enjeux est consacrée au caveau des pirates.

Birame Waltako NDIAYE

 

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