Quotidien national le Soleil : Yakham lave le linge sale en public

Contrairement à son habitude, on le sentait plus ou moins sur la défensive depuis l’éclatement de l’affaire Madame Croquette, un agent du Soleil licencié pour fautes lourdes, selon le Directeur général. Pour «délit d’éternuements» parc que soupçonnée d’avoir le coronavirus, selon des syndicalistes du quotidien national. Finalement, Yakham Mbaye brise carrément le silence et se livre à des révélations renversantes qui renseignent sur une réalité méconnue de cette entreprise publique.

 

 Monsieur le Directeur général, depuis quelques jours, la SSPP Le Soleil que vous dirigez est dans une tourmente caractérisée par des sanctions radicales que vous avez prises à l’encontre d’agents, des attaques de syndicalistes à votre endroit et une guéguerre entre les mêmes syndicalistes. Qu’est-ce qui se passe réellement au sein de votre entreprise ?

 

J’ai beaucoup hésité avant d’accepter cet entretien, pour une raison évidente : à l’heure où le Sénégal est confronté à un mal mortel et que le Président a appelé à une sacro-sainte union, il n’est pas de mon devoir de m’illustrer dans des querelles, même si on m’y oblige. Hélas, je suis victime depuis plusieurs jours d’un lynchage médiatique savamment orchestré et ponctué de diffamations et de diffusions de fausses nouvelles. Il n’empêche, je tiens à demander pardon à tous ceux que cette affaire a pu, et à juste raison, indisposer. Elle n’a pas sa raison d’être, au moment où tous, nous sommes confrontés à un mal qui est en train de remettre en cause notre mode de vie. Ceci dit, finalement, j’ai cru devoir prendre la parole pour expliquer aux Sénégalais dont l’argent, près d’un milliard de francs Cfa par an, entretient Le Soleil, ce qui se passe réellement dans cette entreprise et pourquoi cette subite montée d’adrénaline. Avec Yakham Mbaye et seulement avec lui, il n’y aurait jamais eu de cas Madame Croquette qui n’est pas le véritable problème. Je tiens à faire deux précisions importantes à mes yeux : primo, après cet entretien, que personne ne vienne me dire que j’ai dit trop de vérités, car, en définitive, je préfère parler que des laisser des gens qui ont des préoccupations alimentaires, ternir ma réputation ; secundo, je ne procède pas par amalgame en mettant dans le même sac tous les syndicalistes du Soleil : naturellement, je n’oublierai jamais la posture de vérité adoptée par la Cnts, cependant, en dépit de leurs communiqués insultants je sais qu’au Synpics et au Stls ils sont légion à être indignés par ces attaques.

 

Si elle n’est pas le véritable problème, c’est quoi alors ?

Ceux qui m’attaquent ont une préoccupation majeure relative à ce qu’on appelle au Soleil un «Fonds commun» d’environ cent cinquante (150) millions de francs Cfa. En juin 2015, la Direction générale, au pire de la dégradation du climat social au sein de l’entreprise, manifestement pour calmer l’ardeur des syndicalistes, a conclu avec ces derniers un «Accord d’entreprise» qui a consacré quasiment le triplement des salaires de chaque agent. Mieux ou pis, ledit accord a institué un «Fonds commun» au bénéfice des travailleurs. Soumis au Conseil d’administration, la formulation a été tout simplement rejetée. Les Administrateurs ont, à juste titre, indiqué qu’une entreprise étatique ne peut pas se réveiller un beau jour et instituer un «Fonds commun», d’autant plus qu’ils savent l’entreprise malade et sous perfusion financière au moyen d’une subvention étatique de près d’un milliard de francs Cfa. Finalement, il y eut un compromis contenu dans l’article 55 de l’Accord d’entreprise qui dit ce qui suit : «Une prime de performance équivalente à dix pour cent (10 %) maximum des recettes publicitaires recouvrées au titre de l’exercice clos est versée aux travailleurs dans le courant du premier trimestre de l’exercice suivant.
Le montant global à distribuer ne saurait excéder un plafond de deux cent millions de FCfa. 
Le montant total de la prime de performance est à repartir ainsi qu’il suit : 60% pour les journalistes et techniciens de la communication ; 10% pour les commerciaux et les agents de recouvrement ; 30% pour les autres agents de l’Administration et de l’imprimerie.» En clair, de «Fonds commun», on passe à une «Prime de performance». Et là débutent des abus sidérants. En dépit du fait qu’il n’y a pas «performance» – Le Soleil accusant annuellement près d’un demi milliard de francs Cfa de déficit – et que les recettes publicitaires connaissent une chute vertigineuse, la «Prime de performance» est payée au moyen d’une ponction de cent cinquante millions de francs Cfa opérée sur la subvention étatique annuelle.

 

«Je suis victime depuis plusieurs jours d’un lynchage médiatique savamment orchestré et ponctué de diffamations et de diffusions de fausses nouvelles. Il n’empêche, je tiens à demander pardon à tous ceux que cette affaire a pu, et à juste raison, indisposer.»

 

Ah bon ?

Absolument ! Mais, il y a plus grave. L’écrasante majorité du personnel et nombre de syndicalistes ne savaient absolument rien de la teneur de cet «Accord d’entreprise» gardé au secret comme des bijoux de la couronne. Pour preuve, de son adoption en juin 2015, à mon arrivée en décembre 2017, il n’a été ni soumis à l’Inspection du Travail ni enregistré au Tribunal. Ce que j’ai fait courant 2018, après avoir pris connaissance du document qui m’avait été sciemment caché lors de la passation de service en décembre 2017. Très tôt, j’ai eu beaucoup de soupçons relativement à nombre de choses et de documents qu’on refusait de porter à ma connaissance. Et j’ai manifesté, à l’entame du premier trimestre 2018, ma volonté de ne pas payer cette «Prime de performance». Alors, une pression syndicale terrible s’exerça sur moi, alimentée par les informations que de proches collaborateurs donnaient aux syndicalistes quant à ma décision de ne pas payer cette prime. J’étais dans une très mauvaise posture, je l’avoue : n’ayant pas d’arguments solides pour résister et sous la menace des syndicalistes qui allaient me tomber dessus, j’ai finalement renoncé au bras de fer et payé la prime. Et juste après, j’ai découvert l’inimaginable : dans deux rapports pour les exercices 2015 et 2016, le Commissaire aux Comptes, Mamina Camara, dénonçait sans ambages le paiement de cette «Prime de performance». Evidemment, ces documents m’avaient été cachés. «C’est un détournement de deniers publics» a-t-il écrit. Noir sur blanc. Ensuite, j’ai mis la main sur le fameux «Accord d’entreprise» qui contient des dispositions ahurissantes. Enfin, au fur et à mesure que je prenais connaissances des états financiers du Soleil, je découvrais un pillage organisé en bonne et due forme depuis des années. Immédiatement, j’ai informé les autorités et le Conseil d’administration, et de cette situation et de ma ferme volonté de ne plus jamais payer cette «Prime de performance» tant qu’il n’y aura pas performance. Parallèlement, j’ai mis fin à nombre d’abus. Ils m’ont conforté dans cette posture.

Le Coordonnateur du Collège des Délégués, Monsieur Omar Ndiaye, qui s’illustre depuis des jours par des attaques virulentes et diffamatoires à mon endroit, membre du Conseil d’administration où il représente le personnel, était présent lorsqu’après mon exposé, les Administrateurs et le Commissaire aux Comptes m’ont dit, en résumé, ce qui suit : «Nous vous reconnaissons une présomption de bonne foi, car manifestement vos collaborateurs vous ont caché beaucoup de choses. Maintenant que vous êtes édifié, ne payez plus cette prime. Sinon, vous aurez commis, en connaissance de cause, un détournement de deniers publics.» Non seulement, Omar Ndiaye n’a pas pipé mot, mais il n’a pas eu le courage de dire à ce qu’il représente, c’est-à-dire les agents du Soleil, la vérité sur sa conduite et cette affaire. Le procès verbal de la réunion du Conseil d’administration atteste ce que je dis.

 

Ce que vous racontez est tout de même sidérant.

Je ne conte ni raconte. Je vous dis une vérité que vous pouvez vérifier auprès des Administrateurs du Soleil. Il ne faut que ces gens tentent d’insulter l’intelligence des Sénégalais. Ils veulent me dépeindre en diable et comme un dictateur et misogyne, alors qu’en vérité Madame Croquette est le cadet de leur souci. Ce qu’ils veulent, c’est encaisser ce «Fonds commun». Entre 2015 et 2017, Le Soleil a enregistré chaque année un déficit moyen de près d’un demi milliard de francs Cfa. Et à chaque fois, on s’est arrangé pour se partager plus de cent cinquante millions de francs Cfa tirés de la subvention allouée par l’Etat pour les besoins de la mission de service public. C’est scandaleux ! Avec ma poche, je ne calcule pas, car j’aime partager. Avec les deniers publics, je suis le roi des pingres, et très raisonnablement prudent, car je pense à l’après-Macky Sall et ne veux pas être embastillé un jour pour mauvaise gestion. Je n’ai fait ni Hec ni Ena, pourtant, en deux années, j’ai quasiment effacé le déficit financier du Soleil. De moins trois cent soixante cinq (365) millions de francs Cfa à 2017, il est aujourd’hui à moins vingt cinq (25) millions de francs Cfa. J’ai réalisé cette performance en m’attaquant au pillage organisé de cette entreprise étatique. J’ai renoncé à tous les avantages octroyés au Directeur général pour me suffire de ceux édictés par le décret présidentiel : un salaire ; une dotation mensuelle de cinq cents litres de carburant ; une indemnité téléphonique mensuelle de deux cent mille francs Cfa. J’ai renoncé à l’Ipm et aux deux (02) millions de francs Cfa alloués au Directeur général au titre de «Frais de représentation» que j’ai offert à l’Amicale des Femmes dirigée par Madame Croquette. Naturellement, ces postures d’austérité dérangent et ne sont pas sans conséquences : j’ai remis en cause énormément d’intérêts et d’avantages de personnes qui se planquent derrière des syndicalistes pour avoir ma tête. Des personnes qui sont présentement actives au sein de l’entreprise et d’autres parties à la retraite, mais effrayées par ce Directeur général qui passe son temps à fouiner.

 

«Il ne faut que ces gens tentent d’insulter l’intelligence des Sénégalais. Ils veulent me dépeindre en diable et comme un dictateur et misogyne, alors qu’en vérité Madame Croquette est le cadet de leur souci.»

 

Précisément à combien monte ce «Fonds commun» ?

Près d’un demi milliard de francs Cfa entre 2015 et 2018. Plus précisément 448 millions 162 mille 233 francs Cfa. En 2015, c’est 105 millions 073 mille 579 francs qui ont été ponctionnés de la subvention étatique. Et 188 millions 230 mille 681 francs en 2016. Enfin, 154 millions 857 mille 973 francs.

C’est ça le problème et non Madame Croquette.

 

C’est tout de même incroyable ce que vous dites !

C’est incroyable, mais vrai. Maintenant, il revient aux Sénégalais dont les deniers entretiennent Le Soleil de dire si je suis un apprenti dictateur qui veut installer la terreur au sein de leur quotidien national, ou bien un Directeur général soucieux de l’utilisation de leur argent : une subvention de huit cent cinquante (850) millions de francs Cfa versée au quotidien national pour financer sa mission de service public.

 

Qu’est-ce qui s’est réellement passé dans l’affaire Madame Croquette ?

Le 23 mars 2020, aux premières heures de la matinée, à 8h50 pour être précis, j’ai relevé une profusion d’appels téléphoniques d’agents du siège de l’entreprise, à Hann, et de notre bureau commercial situé sur la Vdn. Pressentant qu’il y avait un problème, j’ai rappelé le Directeur de l’Administration générale, Monsieur Abdoulaye Ly, qui me seconde, et le Chef du Service de la Régie financière. Tous les deux m’ont expliqué que Madame Croquette s’était présentée à son lieu de travail avec un état grippal, selon ses propres dires, ponctué de toux et d’éternuements. Et que cela a installé un climat de panique au niveau du bureau de la Vdn ; certains agents étant sur le point de plier bagages pour rentrer chez eux. Ma première réaction a été une franche rigolade et leur dire qu’ils sont trop effrayés par cette maladie et ne doivent pas céder à la panique. Puis j’ai raccroché. Parce que très honnêtement, je ne prenais pas cette affaire au sérieux. Ma conviction, le 23 mars 2020, était qu’on cédait à la panique. Seulement, les alertes, sur la tonalité de la panique, ont redoublé. C’est alors que j’ai demandé, vers midi, au Directeur de l’Administration générale et au Chef du Service de la Régie financière de me saisir par écrit pour constater cette situation. Une précaution élémentaire, sachant qu’au Soleil, certains peuvent dire une chose à 8 heures et le contraire à midi. Moins d’une heure après, la lettre m’est parvenue (ndlr : il nous présente la lettre signée du Chef du Service de la Régie financière). Fort dudit document, j’ai demandé au Directeur de l’Administration générale d’informer Madame Croquette de sa teneur et de la conseiller de se rapprocher d’une structure sanitaire indiquée pour se faire consulter et ainsi calmer ses collègues. Monsieur Ly me revient pour m’indiquer qu’elle refuse de le faire parce qu’elle a déjà été consultée par un médecin. Je prête foi aux dires de Madame Croquette, non sans demander à Monsieur Ly d’entrer en contact avec ledit médecin pour savoir est-ce qu’il a fait faire à Madame Croquette un test au Covid-19. Monsieur Ly m’informe quelques minutes plus tard de la réponse négative du médecin. Au même moment, mon téléphone explosait d’appels paniqués de collègues de Madame Croquette. Dans le but de régler de manière douce cette affaire, j’ai appelé le Ministre de la Santé pour lui exposer le problème et prendre conseil. Il me dit qu’il peut, avec ses services, s’organiser rapidement et discrètement pour faire prendre en charge Madame Croquette. A mon tour, j’informe Monsieur Ly, qui me revient quelques minutes après pour m’informer que Madame Croquette refuse catégoriquement d’entrer en contact avec quelque personnel médical. C’est à ce moment que je décide de lui adresser une mise en demeure qui peut se résumer ainsi : vous avez le droit de ne pas accepter d’être diagnostiquée et je n’ai aucun droit de vous l’imposer ; par contre, en tant que Directeur général, garant de la sécurité de l’entreprise, j’ai l’obligation de vous demander de quitter votre poste de travail et de rentrer chez vous. Double refus de sa part : elle refuse de réceptionner la mise en demeure et reste à son poste de travail en tenant à mon encontre des propos que la décence m’interdit de répéter ici ; ses collègues peuvent en témoigner. «Je me ferai un plaisir de rester ici pour les emmerder au max, et après je leur enverrai un certificat médical et ils ne me reverront pas d’ici une bonne semaine.» Lorsque ses propos m’ont été rapportés, j’ai fait la sourde oreille. Malheureusement, près de deux heures après la descente, elle envoie par whatsapp au Directeur de l’Administration générale un certificat médical de cinq jours. Il n’empêche, j’ai demandé à Monsieur Ly d’insister pour la ramener à la raison. A 21h44, il m’a informé que Madame Croquette refuse systématiquement de prendre ses appels. Je n’avais d’autre choix que de la licencier, deux jours après, le 25 mars 2020, pour fautes lourdes, à savoir insubordination, défiance au Directeur général. Voilà les faits et rien que les faits.

 

Seulement, il se dit que vous aviez des rapports détestables avec la dame, et que vous avez profité de cette affaire pour lui régler son compte.

Oui, nos rapports sont détestables, je l’avoue. Le mensonge et la langue de bois ne sont pas mes forts. Seulement, je ne règle pas des comptes avec les femmes. Je suis un homme. Depuis deux années, j’ai eu une dizaine d’occasions en or de licencier cet agent allergique à l’autorité, particulièrement belliqueuse et capable de propos qui peuvent vous faire sortir de vos gonds. Mais, je ne l’ai pas fait. Car, le Président Macky Sall ne m’a pas nommé au Soleil pour faire des chômeurs.

Un exemple. Au mois de février, pour contrecarrer sa réaffectation à Dakar, elle a porté plainte contre moi devant l’Inspection du Travail de Thiès pour «harcèlement». Lorsqu’une femme porte plainte contre un homme pour «harcèlement», c’est lourd et suspect. Cette dame n’est entrée qu’une seule fois dans mon bureau. Je l’ai accueillie debout et l’ai écoutée moins d’une minute avant de prendre congé d’elle, non sans manquer de lui dire ce qui suit : «Je ne suis pas comme les autres Directeurs généraux que vous avez pratiqués, on ne me parle pas n’importe comment.» J’ai déféré à la convocation à Thiès. Et lorsque l’Inspecteur du Travail lui a demandé de dire en quoi elle était harcelée, Madame Croquette, en sanglotant, a eu une réponse désarmante : «Je sens que le Directeur général ne m’aime pas. Il m’a dans son collimateur. Cette réaffectation à Dakar ne m’arrange pas. Ça va bouleverser mon quotidien de mère d’une jeune fille. Je veux que vous demandiez au Directeur général de me donner un délai de trois mois pour me préparer.» Je vous épargne le réquisitoire de feu de l’Inspecteur du Travail à son encontre, qui m’a finalement demandé d’être magnanime en lui accordant une semaine pour regagner son poste de travail. Absolument rien ne m’obligeait à accéder à sa demande, mais je l’ai fait. J’aurais pu porter plainte contre elle pour diffamation. J’aurais pu refuser de lui accorder un délai d’une semaine. Mais, un homme digne de ce nom ne s’attaque pas aux femmes. Dans la presse, elle a soutenu que je l’ai rétrogradée pour nommer l’épouse de mon ami, Directeur général de l’Aps. Cette attaque m’a meurtri. L’épouse de Thierno Birahim Fall, qui est Cheffe de Service depuis 2016, une année avant ma nomination au Soleil, n’a jamais bénéficié d’une promotion de mon fait. Et à la limite, c’est même injuste. Car, j’ai dû renoncer à la promouvoir pour éviter ce genre d’accusation. Et Dieu sait qu’elle le mérite. Thierno Birahim Fall et moi, nous avons débuté dans cette profession, il y a un quart de siècle, pour ensuite nous retrouver et combattre aux côtés du Président Macky Sall. Il est plus qu’un ami, c’est un frère. Il y a autre chose que vous ignorez ! Lorsque Madame Croquette a été affectée à Mbour comme Chef de Bureau, elle est restée dix-huit mois sans travailler. Je dis bien dix-huit mois. Elle a prétexté d’une maladie avec une profusion de certificats médicaux. J’ai d’abord bloqué son salaire, ensuite initié une contre-expertise médicale qui n’a pas été à sa faveur, enfin saisi l’Inspection du Travail. Finalement, elle a sorti de sa manche d’autres armes : les bureaux mis à sa disposition sont sales ; il y a des cafards ; le mobilier n’est pas à son goût. J’ai instruit l’Administration pour faire le nécessaire, tout en sachant que tous ces griefs n’étaient que des prétextes. Finalement, lorsqu’elle n’a plus eu de griefs, elle a porté plainte contre moi pour «harcèlement».

 

«J’ai réalisé cette performance en m’attaquant au pillage organisé de cette entreprise étatique. J’ai renoncé à tous les avantages octroyés au Directeur général»

 

 

Le Secrétaire général du Synpics vous accuse d’être une terreur au Soleil, qui a à son actif sept licenciements ?

Oui, j’assume être une terreur pour les agents de l’Administration qui avaient l’habitude de venir travailler aux alentours de 11 heures, et maintenant obligés d’être sur place à 8 heures ; des journalistes qui n’écrivaient que dix articles l’an tout en percevant leur salaire ; des syndicalistes qui se faisaient prendre en charge par l’entreprise lors de rencontres de leurs syndicats. J’ai mis fin à tous ces abus. Maguette Ndong que j’ai nommé Chef du Service Collectivités Territoriales du quotidien national Le Soleil est à mon avis indigne de la charge de Secrétaire général du Synpics-Soleil. Il est un diffamateur. J’ai licencié un agent de l’Administration, par ailleurs Délégué affilié à un autre syndicat, qui avait à son actif un mois d’absence de son poste de travail. Maguette Ndong n’a pas pipé mot. J’ai licencié un Rédacteur en Chef adjoint affilié au Synpics pour absence de soixante jours – je dis bien soixante jours – de son poste de travail. Maguette Ndong n’a pas pipé mot.

J’ai licencié un reporter de son service, il n’a pas pipé mot. Pis, c’est lui-même qui m’a saisi par écrit (ndlr : il nous montre la lettre) pour demander une mesure radicale contre ce reporter. Et tous ces licenciements, je les ai annulés par la suite. J’ai licencié trois agents pour fautes lourdes pour ensuite les annuler, et le Secrétaire général du Synpics-Soleil m’accuse de sept licenciements. Lorsqu’est survenue l’affaire Madame Croquette, le Collège des Délégués est venu me voir et m’a tenu le discours suivant : «Nous avons informé Madame Croquette de notre volonté de vous demander clémence, sachant qu’elle a fauté. Seulement, elle a fait savoir à Souleymane Fall, Secrétaire général de la Cnts, qu’elle n’est pas demandeur d’une médiation. Donc, cette affaire ne nous préoccupe pas. Nous voulons discuter de l’affaire du ‘Fonds commun’, car les agents nous mettent une pression intenable.» Etaient présents Tata Sané, Souleymane Diam Sy, Saïbo Danfakha, Omar Ndiaye, Magamou Niang, Habib Sarr. Maguette Ndong, comme souvent à son habitude, s’était éclipsé. Et Tata Sané a pris la parole pour dire son désaccord relativement à cette posture des Délégués avant de me supplier de revenir sur la décision de licenciement. Omar Ndiaye n’a pas dit mot. J’ai indiqué à Tata Sané ma volonté d’accéder à sa demande et je l’ai fait le jour où Madame Croquette, coachée par Omar Ndiaye, m’a rageusement attaqué dans le quotidien Enquête. Le problème n’est pas Madame Croquette qui est prise comme une aubaine pour mettre la pression sur un Directeur général qui ne veut pas payer le «Fonds commun». Toutes choses qu’elle ignore.

 

En plus du licenciement de Mme Croquette, vous avez relevé de leurs fonctions le Directeur de l’Administration générale et son Adjointe. Qu’est ce qui motive une telle décision ?

Ecoutez, ma conviction est qu’une vie sans éthique n’est que ruine. On ne peut être les principaux collaborateurs d’un Directeur général, déclencher une affaire qu’il endosse, et lorsque la tempête éclate, vous dites que c’est l’affaire du Directeur général. Je vous ai raconté en détail comment les choses se sont passées lors de cette journée du 23 mars 2020. Maintenant, si par la suite, à l’éclatement de la polémique, mes deux principaux collaborateurs adoptent la posture suivante : «Nous n’y sommes pour rien ; nous n’avons rien à dire ; c’est l’affaire du Directeur général», j’en tire un seul enseignement : «Ceux-là ne sont pas dignes de confiance, je ne peux pas compter sur eux.» C’est simple comme bonjour. Cette affaire m’impose une nouvelle conduite. Jeune, à peine trente ans, Cheikh Tall, Jacqueline Fatima Bocoum, Bara Tall m’ont donné la chance d’être le Directeur général de la première entreprise de presse au Sénégal, en 2002. Arrivé au Soleil, j’ai cru qu’il était de mon devoir de donner des chances aux jeunes et de réparer la légion d’injustices sociales dans cette entreprise. J’ai régularisé quarante sept (47) personnes qui n’avaient ni contrat ni protection sociale. Six agents âgés de plus de soixante années, qui avaient passé près de vingt cinq ans dans l’entreprise sans contrat, avec des salaires de misères, ont été dédommagés à hauteur de cinquante sept (57) millions de francs Cfa, sous l’arbitrage de l’Inspection du Travail. Au niveau de l’Administration et de la Rédaction, j’ai promu à tous les postes des jeunes. Résultat des courses : mes pires pourfendeurs sont parmi ceux-là que j’ai promus. J’ignore combien de temps il me reste au Soleil. Mais, je sais une chose : d’ici ce terme, je travaillerai avec ceux en qui j’ai confiance, qui se mobilisent à mes côtés, au nom de la vérité, lorsque ça va mal, et pour l’intérêt de l’entreprise.

 

Il y a des licenciements à tout va et des affectations jugées «arbitraires» par certains, c’est quoi le problème au Soleil ?

Ce qu’ils appellent affectations «arbitraires», c’est le refus de servir comme correspondants dans les départements du Sénégal outre que Dakar. Lorsque je suis arrivé au Soleil, j’ai été ahuri de découvrir que le quotidien national n’était présent en terme de correspondants que dans neuf départements sur quarante cinq. Plus de cinquante journalistes étaient engorgés au siège, à Dakar. Au niveau de la distribution du journal, seul un département, Thiès, était servi quotidiennement. Le tirage était à environ six mille exemplaires avec moins de 50% de vente. Je n’en revenais pas. Alors, j’ai mis un terme à tout cela en affectant près d’une dizaine de journalistes dans des départements. Et ils se sont révoltés, soutenant que c’était une atteinte à leur dignité de journalistes qui ne devaient servir qu’à Dakar. Face à la menace d’un licenciement, ils ont finalement cédé. Aujourd’hui, notre couverture du territoire national est respectable. Notre tirage et notre taux de vente nous positionnent derrière le leader de la presse écrite, L’observateur.

 

On vous accuse d’avoir mis en quarantaine deux autres agents soupçonnés d’être «covidés».

C’est totalement faux ! C’est un coup monté. Lorsque j’ai su de manière confidentielle que Moustapha Guirassy avait été testé positif au Covid-19, j’ai appelé le Directeur de l’Administration générale, Monsieur Abdoulaye Ly pour lui tenir le propos suivant : «Je vous informe que Guirassy a été testé positif au Covid-19. Vu que Moustapha Lô est son beau-frère et que Astou Sakho est proche de lui, appelez-les pour savoir s’ils ont été en contact avec lui ces derniers jours.» Monsieur Ly m’est revenu pour me dire que Moustapha Lô et Astou Sakho certifient n’avoir pas eu de contact avec Moustapha Guissary. Sur ce, je lui dis qu’il n’y a pas de quoi fouetter un chat. Seulement, quelques jours plus tard, le Directeur de l’Imprimerie me rapporte que Moustapha Lô a été chassé de manière humiliante du Soleil parce que soupçonné d’avoir été en contact avec un «covidé». Immédiatement, je lui demande de l’appeler pour lui dire que je suis désolé de la tournure des événements, et qu’il peut revenir à son poste de travail. Seulement, Moustapha Lô était coincé à Touba d’où il ne pouvait revenir à cause de l’état d’urgence. En ce qui concerne Astou Sakho, je jure sur l’honneur, ignorer qu’on lui avait demandé de s’auto-confiner. C’est Souleymane Fall, Secrétaire général de la Cnts, qui m’a informé, il y a trois jours. Immédiatement, j’ai appelé Astou Sakho vers 23 heures pour lui présenter mes excuses avant de lui demander de reprendre service. Le même jour, Souleymane Fall m’a appelé nuitamment pour me dire que Moustapha Lô l’avait saisi aux fins que je l’aide à regagner Dakar. Je suis entré en contact avec les autorités administratives pour lui trouver une autorisation spéciale de circuler avec son épouse et son enfant. Enfin, j’ai appelé le Chef du Service de la Régie financière pour qu’il se rende avec l’autorisation spéciale à Touba pour ramener à Dakar Moustapha Lô et sa famille. Si, 24 heures après, ce même Moustapha Lô s’associe à un communiqué injurieux de son syndicat (ndlr : le Stls, syndicat des travailleurs libres du Soleil) à mon endroit, je me dis comme Chinua Achebe : «Le monde s’effondre».

 

Comment entrevoyez-vous la suite des événements ?

Je ne suis demandeur d’aucun enragement ou compromission pour parvenir à apaiser le climat social. Je ne céderai à aucune pression. Et puis, n’est-il pas temps que vous vous posiez une question simple : si Madame Croquette et ses défenseurs jugent que ce licenciement est abusif, pourquoi investir la presse et non l’Inspection ou le Tribunal du Travail ? Si demain, je devais quitter cette entreprise, ce serait la tête haute et disposé dès le lendemain à trouver un autre travail pour entretenir ma famille, car je n’ai aucune richesse qui puisse me permettre de vivre sans travailler. Contrairement à certains qui veulent me donner des leçons, je n’ai jamais volé des deniers publics.

 (WALF)

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