Rien ne justifie la barbarie, pas même l’outrage

Un enseignant français qui a montré des caricatures du prophète Mahomed à ses élèves a été décapité. Selon le président français, il s’agit d’un « attentat terroriste islamiste caractérisé ». Malheureusement, l’argument de la provocation et des écarts de la personne assassinée est servi sur l’autel d’une hiérarchisation infecte des dérapages de part et d’autre. S’il ne restait que de tels actes au monde musulman pour riposter à la violence des dissidents, il faudrait alors le déclarer désespéré, vaincu et condamné à l’insignifiance civilisationnelle.

La liberté d’expression ne peut nullement signifier une permission d’insulter ou de dénigrer un vis-à-vis. Dès lors qu’une personne se réclame citoyen ou résident, les lois et les institutions doivent exclusivement arbitrer et juger les différends qui l’opposent aux autres. L’erreur de raisonnement consiste à associer l’argument des libertés individuelles et les risques de ruptures républicaines. Elle se décline en deux messages, comme suit : la violence est condamnable, mais la victime a eu tort. Isolées l’une de l’autre, les deux affirmations se défendent très bien. Cependant, mises côte à côte, elles se présentent corrélées à tort et donnent faussement l’impression de se compléter.

Il est des schémas qui, transposés dans notre propre univers culturel, nous édifient beaucoup plus. Blasphème pour blasphème, il faut souhaiter pour le Sénégal que les atteintes et les maladresses qui y sont parfois proférées à l’endroit des minorités n’en arrivent pas à entraîner des débordements au-delà des limites agencées. « Quand on refuse, on dit non. » N’est-ce pas ? Lorsqu’il n’est question que de débattre des libertés, l’argument de respect du droit d’autrui conserve toute sa pertinence. Il ne peut en être de même quand la bestialité en puissance et en acte se substitue cruellement à l’argumentaire et à la confrontation des idées.

« Une nation ne peut se tourner vers l’avenir si elle ressasse constamment son histoire : conduisons-nous comme un peuple jeune et fier, ne nous laissons pas accabler par les rhumatismes de l’histoire », avait dit Valéry Giscard D’Estaing. De cette déclaration, Raymond Aron avait répliqué que « le drame de Giscard est qu’il ne sait pas que l’histoire est tragique. » Tout compte fait, la mécanique du génie français qui, depuis bien longtemps, intègre et assimile des greffes, est en panne sèche. Cependant, elle sera tôt ou tard huilée d’intelligences et d’arrangements au détriment des barbares et des bornés.

Birame Waltako Ndiaye

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