Senelec-Akilee : Amadou Ly remet les compteurs à zéro

Senelec vient de résilier le contrat qui le liait à Akilee pour la fourniture d’un système de comptage. Comment appréciez-vous cette rupture unilatérale ?

Permettez-moi, tout d’abord, en cette nouvelle année musulmane et au lendemain d’une de nos plus grandes fêtes qu’est la Tamkharit, de souhaiter mes vœux les meilleurs à l’ensemble des Sénégalais de quelque confession qu’ils soient. En effet, le 4 août dernier j’ai reçu un courrier de Monsieur Papa Mademba Bitèye qui prétendait résilier, par procuration, puisqu’il l’a fait signer par son Secrétaire général, le contrat qui lie Senelec et Akilee pour le déploiement et l’exploitation d’un système de comptage intelligent. Cette résiliation serait soi-disant liée à de prétendus manquements d’Akilee que nous contestons formellement. Je dois dire que, de notre point de vue, cette prétendue résiliation est nulle, non avenue et n’a aucune valeur juridique puisque n’étant fondée sur aucune décision de justice. Par conséquent, de notre point de vue, le contrat est aujourd’hui plus que jamais en vigueur, jusqu’à ce qu’une procédure de résiliation en bonne et due forme soit ouverte par l’une ou l’autre des parties et, cumulativement, qu’une décision finale de justice soit rendue suite à cette procédure. En attendant, nous continuerons à respecter nos engagements tant que le non-respect des obligations de Senelec ne nous en empêche pas ; le cas échéant, nous le ferons constater par nos huissiers. Je voudrais malgré tout relever l’incohérence et la légèreté de M. Bitèye. Car je me demande comment on peut prétendre être cohérent en invoquant d’un côté la nullité rétroactive du contrat, et vouloir le résilier en s’appuyant sur ce contrat supposé être nul ? Je m’étonne également de la précipitation de M. Bitèye à prétendre résilier un contrat dont il soutient, après son revirement spectaculaire (wakh, wakhète) dont il est le seul à avoir le secret, qu’il est nul car n’ayant pas respecté les dispositions du code des marchés publics, alors même que ce contrat est en cours d’instruction au niveau de l’Armp, suite à une saisine du syndicat des cadres de Senelec. La sérénité, la responsabilité et le respect des institutions publiques voudraient que M. Bitèye attende de voir les conclusions et recommandations finales du gendarme des marchés publics pour renforcer ou non son seul et unique argument de nullité du contrat. Toute cette agitation révèle à mes yeux un manque de sérénité qui trahit certainement quelque chose qu’on essaye de cacher et qu’on finira surement par découvrir.

 

Est-ce que Akilee disposait d’un stock de compteurs au moment où Senelec contractait avec les Israéliens ?

 

La commande passée à Powercom a été faite uniquement pour servir des intérêts privés car rien ne la justifiait au regard du fait que :

  • Le stock de compteurs était largement suffisant car Akilee avait livré 100 000 compteurs en décembre qui devaient tenir jusqu’à fin mai d’une part, que les compteurs intelligents commandés dans le cadre du contrat avec Akilee, permettaient d’assurer la satisfaction des besoins par la suite.
  • La crise du Coronavirus a eu pour effet de ralentir l’activité de branchement et a baissé la demande en compteurs pendant toute la période allant de mars à mai.

 

Akilee, dans sa démarche responsable, a toujours tenu à être informée du niveau des stocks ; jamais Senelec n’a répondu, fait inédit au cours des 3 années de collaboration passées. D’après mes informations, la directrice commerciale a préparé une note qui n’avait aucun autre but que de justifier, sur la base de faux prétextes, comme cela a toujours été le cas dans cette affaire, le marché que M. Bitèye voulait engager avec Powercom.

Ainsi, comprenant les agissements de la direction générale de Senelec, Akilee a engagé la fabrication de 57500 compteurs à la fin mars ; ces compteurs ont commencé à être livrés en mai bien avant ceux de Powercom livrés à partir de juillet. A côté de cela, il y avait des compteurs commandés dans le cadre de la coopération avec la KFW qui devaient être livrés courant avril. Ce qui veut dire qu’il n’y avait absolument aucun risque de rupture de stock. Et au moment où on parle Akilee a livré 30000 compteurs supplémentaires, auxquels vont s’ajouter 54000 autres dans les prochaines semaines. C’est donc près de 144 000 compteurs qui seront déjà livrés au Sénégal dans le cadre du contrat qui nous lie avec Senelec. Ces compteurs et leurs accessoires, c’est beaucoup d’argent que personne n’a le droit de jeter par la fenêtre dans la mesure où il s’agit de deniers publics que nous devons préserver.

Je voudrais terminer en disant que sur cette affaire Powercom les organes chargés de veiller à la bonne utilisation des ressources publiques (DCMP) et à la bonne gestion de Senelec (Conseil d’Administration) ont été sciemment et volontairement induits en erreur dans leur décision. Ce, pour les pousser à autoriser cette transaction avec Powercom, sans appels d’offres et en totale violation du contrat avec Akilee qui n’a jamais connu la moindre défaillance dans l’approvisionnement des compteurs.

 

Le directeur de Senelec a motivé la rupture du contrat par l’impossibilité, selon lui, de trouver un accord avec vous sur les points de déséquilibre manifeste du contrat liant Senelec à Akilee. Etes-vous de cet avis ?

A supposer qu’il y ait un déséquilibre, ce que nous contestons formellement, y avait-il vraiment besoin de faire autant de bruits autour de ce contrat ; particulièrement quand on sait que Senelec est actionnaire d’Akilee à 34%. La vérité est bien plus simple que M. Bitèye ne le dit. Le fait est que le contrat signé avec Akilee gênait toute une économie parallèle qui vivait de commissions dans le cadre des appels d’offres. Il fallait bien que quelqu’un acceptât d’être la marionnette qui allait essayer de saboter le contrat avec Akilee pour servir ces intérêts privés. En ce qui nous concerne, notre partenaire Hexing a même été approchée à plusieurs reprises par un ancien haut cadre de Senelec, actuellement à la retraite et qui continue à être très proche de certains hauts responsables de la société nationale. Or, ce qui a conduit à s’orienter vers ce contrat, c’est uniquement la recherche d’une plus grande performance financière (réduction des pertes et charges d’exploitation) et d’une plus grande efficacité opérationnelle de Senelec. En effet, on a vu la situation de blocage dans laquelle Senelec était en 2016 et 2017 concernant son approvisionnement en compteurs. C’est avec Akilee que la situation s’est décantée avec à la clef de meilleurs prix, des délais d’approvisionnement fortement réduits de 12 à 3 mois et des charges financières supprimées. Par contre, M. Bitèye ne vous dira pas tous les manquements extrêmement graves et répétés de Senelec qu’ils ont sciemment orchestrés pour empêcher la bonne exécution du contrat. Le plus remarquable d’entre eux est le fait de ne pas avoir accepté de lancer le pilote prévu avec les 2000 premiers compteurs que nous avons livrés en novembre 2019 ; ce, malgré toutes nos relances. Or, on vient d’assister à un simulacre de lancement du programme de généralisation des compteurs intelligents le jeudi 27 août 2020 à Gorée. Le plus cocasse dans tout cela, c’est qu’on n’a vu aucun représentant du ministère de l’Energie, du ministère des Finances ou encore, et c’est normal au regard de l’objectif de ce projet, aucun représentant de la Présidence de la République. Un lancement au forceps donc en ignorant ceux qui ont été à la base de ce projet, à savoir Akilee. Ma conviction est que la justice divine opérera inévitablement ; laissons le temps nous édifier.

 

Que répondez-vous au DG de Senelec qui estime qu’il se pose un problème de validité du contrat s’agissant de l’exclusivité de 10 ans pour la fourniture de 2,7 millions de compteurs intelligents avec un prix d’achat fixe sur cette période ?

 

En effet, l’actuel DG de Senelec a prétendu que la durée du contrat était longue sans tenir compte de la baisse des prix. Nous souhaitons rappeler que le contrat signé entre Senelec et Akilee a pour objet de déployer et d’exploiter un système de comptage intelligent aux fins de réduire les pertes commerciales (fraudes, anomalies diverses…) et les charges d’exploitation, ainsi que de transformer radicalement et positivement l’expérience des clients de Senelec.

La durée de ce projet découle d’un benchmark fait à travers le monde. Il faut rappeler qu’il s’agit de réduire les pertes commerciales et les charges d’exploitation de 500 milliards FCFA en 10 ans pour un coût total du projet de 187 milliards. Je rappelle encore une fois que Senelec a déjà perdu près de 800 milliards au cours des dernières années, que si rien n’est fait de manière structurelle, c’est 1273 milliards FCFA que nous pourrions perdre dans les 10 ans qui viennent. La plupart du temps, ces projets se déroulent sur une période de 8 à 15 ans puisqu’il y a une limite physique en termes de capacité de déploiement à un coût optimal, mais également une question de soutenabilité financière, notamment en termes de trésorerie.

Et dans ce cadre, le prix proposé est un prix moyen sur les dix prochaines années qui tient compte à la fois de l’effet d’échelle mais également de l’évolution future possible des prix. Ainsi, les prix actuels sur le marché sont sans conteste supérieurs aux prix proposés par Akilee. Par ailleurs, nous avons proposé un prix fixe avec la garantie de toujours offrir la meilleure technologie disponible sans surcoût (cf. Annexe 5 du contrat). Je ne vois pas où se trouve le lien de causalité entre la validité du contrat et la durée et les prix qui découlent d’une analyse technico-économique réalisée en toute objectivité.

Concernant l’exclusivité, le DG de Senelec essaye par tous les moyens de réduire le projet AMI à une question de fourniture de compteurs. Preuve s’il en fallait une qu’il n’a pas saisi les enjeux. La mission confiée à Akilee est une mission globale de déploiement et d’exploitation de ce système, y compris tous les équipements et matériels requis dans le cadre du projet. Une des raisons principales de ce choix est l’assurance de la qualité afin de maximiser les chances de réussite du projet. On ne peut donc pas prendre le risque de laisser des composants essentiels pour l’intégrité du système de comptage être approvisionnés par ailleurs. Il n’est point besoin de verser dans la démagogie pour créer la confusion dans l’esprit des Sénégalais. Cela justifie l’exclusivité qui permet de garder la cohérence matérielle et opérationnelle du projet. Cette exclusivité prévoit plusieurs voies de rupture si Akilee devenait défaillante pour des raisons économiques, opérationnelles ou juridiques.

Enfin, ce qu’il faut sans doute rappeler c’est que Senelec avait de gros problèmes d’approvisionnement liés aux appels d’offres, avec de sérieuses contraintes de trésorerie pour commander des compteurs qu’elle devait payer à 100% avec un acompte de 30% à la commande et un solde de 70% à la livraison. Avec ce contrat, nous leur demandons désormais 15% d’acompte et le solde de 85% est préfinancé par Akilee et payé sur 4 ans à partir de la livraison. Ce qui signifie qu’Akilee est payée sur 14 ans pour un contrat de 10 ans ; ce n’est donc pas comme si on avait pris 187 milliards dans les comptes de Senelec qu’on aurait donné à Akilee pour qu’elle en fasse ce qu’elle veut.

N’êtes-vous pas coupable de délit d’initié en étant l’auteur du plan stratégique de Senelec et directeur de Akilee avec qui la société d’électricité a fini par signer, comme on vous le reproche ?

 

Je pense qu’il est fondamental de peser les mots et de bien comprendre le sens des expressions qu’on utilise. Je comprends que le Directeur général de Senelec, cohérent dans sa logique de manipulation de l’opinion et de diffusion de contre-vérités, puisse faire une telle déclaration, du moins l’insinuer en indiquant que nous n’aurions jamais pensé à ce projet sans avoir fait le Plan stratégique de Senelec. C’est certainement parce que, dans sa paresse intellectuelle habituelle, il n’a pas cherché à connaître l’origine d’Akilee et les jalons qui ont précédé la collaboration avec Senelec. Il ne sait pas par exemple que le projet Akilee est né en 2014 avec des compteurs électroniques que nous avons rendus communicants pour permettre à nos clients d’alors de suivre leurs consommations d’énergie, dans l’optique de maîtriser leurs factures. Il ne sait pas non plus que fort de nos premières expériences, nous avons signé avec Sonatel, la même qu’il cite, un NDA pour étudier les possibilités d’une coopération à l’échelle nationale mais également sous-régionale. Il ne sait pas non plus que nous avons donc commencé à travailler avec Sonatel pour le suivi de leurs consommations dès 2016. Bien au contraire, c’est notre connaissance, non privilégiée, des problèmes de Senelec qui nous a conduits bien avant le Plan stratégique à nous rapprocher d’elle. Et j’en veux pour preuve le courrier datant du 29 mars 2016 que nous avons envoyé au DG de Senelec dans lequel on indiquait clairement l’ensemble du champ de collaboration possible avec Senelec. Il est regrettable de constater que plutôt que de saluer une capacité à identifier des problèmes et à y apporter des solutions portées par des entreprises sénégalaises, on essaye de ternir l’image de gens honnêtes qui n’ont fait que travailler jour et nuit pour servir leur pays.

 

 

Comment se fait-il que votre compteur monophasé avec le coffret coûte 46 573 francs Cfa et celui de Powercom coûte 32 065 francs Cfa ?

 

J’ai lu cette information dans l’interview du DG de Senelec. Comme toujours, nous regrettons le rapport élastique que M. Bitèye a avec la vérité, il lui semble difficile dans cette affaire de dire, au moins une seule fois, les choses telles qu’elles sont réellement. Il s’agit toujours de manipulation et de confusion des esprits à dessein. En vous disant que le compteur monophasé d’Akilee coûtait 46 573 FCFA (soit 71 Euros), il aurait dû vous dire aussi qu’il s’agit du système de comptage dans son ensemble qui comprend : le compteur, le coffret (qui est deux fois plus grand que le petit coffret actuellement sur le marché), le disjoncteur, les câbles de raccordement, la visserie et les scellés. Jusqu’à preuve du contraire, ce que nous avons pu voir c’est que le marché passé avec Powercom a coûté 3,5 millions de dollars américains ; que dans cela les compteurs monophasés étaient vendus à 75 dollars l’unité, soit près de 42000 FCFA pour un seul et unique compteur, le compteur triphasé lui a été vendu à 69000 FCFA. Il n’y aucune chance pour que Powercom soit moins cher que les prix offerts par Akilee. Et d’après nos calculs, c’est un surcoût de 1 milliard FCFA que Senelec a accepté de payer. Et rapporté à l’échelle du contrat, ce serait 72 milliards FCFA de surcoût. En cette période de crise sanitaire, doublée de défi économique, l’Etat a certainement plein de choses à faire avec tous ces milliards. Nous invitons donc le Dg de Senelec, s’il est vraiment animé d’une volonté de transparence, à publier les contrats d’Akilee et de Powercom avec le détail des informations financières. Le pire n’est pas dans le fait que les compteurs d’Akilee soient moins chers ; non, le pire c’est le fait d’avoir acheté précipitamment des compteurs sur étagère, c’est-à-dire des compteurs minimalistes et passe-partout, qui ne correspondent absolument pas aux spécifications techniques définies pendant plusieurs mois pour les compteurs fournis par Akilee. Encore plus grave dans cette affaire Powercom, nous avons été informés qu’en réalité il s’agit d’une chaine d’intermédiaires. Ainsi, Powercom aurait signé le contrat pour la fourniture de compteurs communicants standards, mais en vérité elle ne fabrique pas les compteurs. Le marché a été sous-traité à un fournisseur sud-africain, qui lui-même ne fabrique pas les compteurs non plus. Ce serait un troisième fabricant chinois qui aurait fabriqué les compteurs. Je mets tout cela au conditionnel parce que cela reste à vérifier, mais ce serait extrêmement grave si effectivement les compteurs viennent de Chine et non d’Israël, comme cela aurait dû être le cas a minima. Nous vérifierons cette information sur le véritable fabricant des compteurs, pour établir réellement s’il s’agit de compteurs achetés en marque blanche qui sont réputés être de piètre qualité. Je ne peux pas croire que Monsieur Bitèye ait été aussi inconséquent.

 

Akilee ne risque-t-il pas de fermer boutique si Senelec vous tourne le dos ?

 

Je voudrais d’abord rappeler que la vision stratégique qui a présidé à l’entrée de Senelec au capital d’Akilee et son positionnement dans le cadre du projet, est celle d’un Etat-stratège qui, comprenant les futurs enjeux du secteur de l’énergie avec les disruptions induites par la digitalisation, a choisi de s’appuyer sur une société privée sénégalaise pour bâtir un futur champion régional voire continental. Il faut comprendre que l’enjeu derrière les relations contractuelles entre Akilee et Senelec n’est pas le déploiement de compteurs intelligents mais la digitalisation du secteur avec de nombreux avantages pour toutes les parties prenantes. Il s’agit d’une vision stratégique pour le pays pour permettre le développement de start-up à très fort potentiel dans le monde des services énergétiques digitalisés qui vont se déployer à l’international et promouvoir le génie Sénégalais ; ce que Senelec ne peut pas faire.

Dans cette perspective, il est indéniable que la mise à mal du partenariat avec Senelec qui avait été pensé pour asseoir notre déploiement à l’international, va nécessairement nous impacter. Cela étant, comme toute équipe de management responsable et ambitieuse, nous avons déjà anticipé l’évolution de nos relations avec Senelec à travers l’élaboration d’un nouveau plan stratégique. Ce plan que nous avons baptisé Phoenix, comme l’oiseau légendaire qui est réputé pour sa capacité à renaître de ses cendres, couvre la période 2021-2025 ; il a vocation à nous permettre de continuer nos activités dans un premier temps, puis de poursuivre notre développement sur le continent dans un second temps, en s’appuyant sur d’autres leviers en termes d’activités et de territoires. C’est un plan qui transpire l’ADN d’Akilee, à savoir l’innovation. Les équipes ont été formidables à sortir en si peu de temps et en pleine tourmente médiatico-judiciaire, un plan aussi ambitieux que Phoenix ; et je veux ici les remercier pour la poursuite de leur engagement et leur conviction dans le réel projet d’Akilee qui n’est pas de se battre pour des compteurs, mais plutôt de se battre pour la véritable émergence de nos pays.

 

 

Comment voyez-vous l’avenir des start-ups en Afrique en général ?

Je pense que les pays africains, qui restent parmi les plus pauvres au monde, ont une chance formidable avec cette nouvelle ère de l’économie numérique pour renforcer leur économie, maximiser leur valeur ajoutée et leur capacité de domestication de cette valeur ajoutée. En effet, les start-ups font partie des leviers sur lesquels nos Etats devront s’appuyer pour saisir tout le potentiel offert par la digitalisation des économies. Et la crise du Coronavirus est là pour nous démontrer que nous allons vers un nouveau monde où cette digitalisation va s’accentuer. Dans cette nouvelle ère, la croissance économique sera portée par les services et dans ce cadre nous disposons, en abondance, du plus grand capital nécessaire, à savoir le capital humain. L’intelligence est la chose la plus homogènement distribuée dans la nature. Nous avons les femmes et les hommes qu’il faut pour tirer profit des opportunités qui se présentent à nous. Et quand on regarde de plus près ce que nous avons fait, en intégrant Senelec dans le capital d’Akilee pour se positionner sur les services énergétiques à forte ajoutée au Sénégal, mais également à l’échelle continentale, cela relève de la vision d’un Etat-stratège. Le concept de «start-up nation» doit devenir une réalité dans les Etats africains, et particulièrement au Sénégal en ce qui nous concerne. Le potentiel de création d’emplois est extraordinaire, et quels emplois ! Dans cette ère l’essentiel sera dans la data qui pour moi est le pétrole du XXIème siècle. L’enjeu pour nos Etats est donc de nous assurer qu’on a la maîtrise de la donnée. Et cela me ramène aux errements de M. Bitèye qui juste pour essayer de casser Akilee n’a pas hésité à s’engager avec Powercom et avec KAIFA à qui ils veulent confier la gestion des données du réseau de distribution et du réseau commercial, hypothéquant ainsi la souveraineté du Sénégal dans un secteur aussi stratégique que celui de l’énergie.

Je suis à cet égard admiratif des initiatives de notre président de la République avec la loi 2020-01 sur les start-ups qui a été votée. A la modeste échelle qui est la mienne, j’essaie d’agréger quelques talents sénégalais d’ici et d’ailleurs pour apporter notre propre contribution à cette dynamique d’émergence.

Vous étiez un cadre sénégalais à l’étranger qui est rentré et a mis en place cette innovation. Est-ce que cette aventure peut encourager la Diaspora à rentrer au bercail ?

 

Sincèrement, je pense que cette polémique entretenue autour du contrat signé avec Akilee est ce qu’il y a de pire pour motiver les Sénégalais de la Diaspora à rentrer au Sénégal. Permettez-moi de rappeler que la première raison pour laquelle les gens rentrent au pays, n’est pas d’ordre financier. Les Sénégalais de la Diaspora rentrent avant tout avec la forte volonté de servir, de relever des défis, de partager leur expertise, de contribuer au développement économique et social de ce pays. Il y a comme un paradoxe. Lorsqu’on est à l’étranger, on se sent loin, pas suffisamment impliqué dans le développement du pays (en dehors de la non négligeable contribution financière) et on a souvent envie de rentrer en cherchant le bon projet ou le bon poste. Une fois sur place on peut parfois avoir des surprises. Et c’est un peu le sentiment que j’ai dans notre cas. Non pas pour mon cas personnel, mais plus pour la trentaine de Sénégalais sur 100 qui travaillent chez Akilee et que nous avons fait rentrer de la France, des USA, du Canada, de la Chine… Tous avec de belles perspectives dans leurs pays d’accueil, nous les avons convaincus de démissionner et de nous rejoindre pour servir leur pays, notamment avec le projet de déploiement généralisé des compteurs intelligents. Aujourd’hui force est de constater qu’on a clairement cassé quelque chose en ces personnes.

Avez-vous senti un soutien du privé sénégalais dans votre bras de fer avec Senelec ?

 

Oui vous avez pu voir certains grands patrons du Sénégal exprimer publiquement leur soutien. A côté de cela, on a surtout reçu de nombreux soutiens venant de leaders d’opinion dans la société civile, des Sénégalais de la Diaspora, de nos concitoyens vivant avec nous au Sénégal. C’est d’ailleurs l’énergie tirée de ce soutien massif qui nous porte. Nous avons aussi le soutien de plusieurs de nos guides religieux qui suivent de près cette question. Certains parlementaires s’intéressent à la question et nous encouragent. Toutes ces personnalités ont indiqué avoir compris ce qui se passait et se montrent solidaire de notre cause ; en particulier, depuis que le voile à commencer à se lever sur cette affaire de remplacement de Sénégalais par des étrangers à travers Powercom et KAIFA. Les soutiens ont redoublé depuis que ce sentiment qu’il y avait quelque chose de louche dans les agissements de Papa Mademba Bitèye. Je suis certain qu’il y a des enseignements intéressants à tirer de tout cela. Sûrement qu’un livre sera le meilleur moyen de partager mes réflexions sur lesdits enseignements.

 

Peut-on savoir la suite judiciaire que vous avez ou comptez donner à cette affaire ?

 

Tout d’abord je dois indiquer que, malgré tous les manquements graves et répétés de Senelec, ainsi que les actes de sabotage sciemment posés au quotidien dans le seul but d’empêcher une quelconque poursuite de la bonne exécution du contrat, nous privilégions la voie d’un règlement amiable du différend qui nous oppose à Senelec. Cela, pour une raison simple c’est que nous n’oublions pas le compagnonnage de très grande qualité qu’il y a eu entre nous depuis 3 ans ; parce que nous n’oublions pas que Senelec est notre actionnaire à hauteur de 34%, et qu’Akilee est une filiale de Senelec ; parce que nous voulons donner une autre image du Sénégal à nos compatriotes, que nous respectons, à nos partenaires techniques et financiers mais également au reste du monde. Cela étant, face l’arrogance et l’incurie de la direction générale de Senelec sous la conduite de Papa Mademba Bitèye, nous sommes tenus de nous préparer à toutes les options y compris celle d’un règlement par voie judiciaire. Dans ce cadre, nous avons déjà pris contact avec plusieurs cabinets d’avocats nationaux et internationaux, et nous sommes en train de constituer le pool d’avocats le plus large et le plus solide qu’il soit pour défendre les intérêts d’Akilee et les intérêts du Sénégal, car pour moi il y va de l’image et de la crédibilité du Sénégal.

 

Croyez-vous que le Sénégal dispose d’un environnement judiciaire sécurisé qui favorise l’investissement ?

 

De toute évidence, si je me base sur mon expérience propre avec cette fausse affaire autour du contrat avec Senelec, ce qui s’est passé ne milite pas en la faveur d’un Oui. Je pense quand même que tout le cadre législatif, réglementaire et institutionnel est là pour assurer la protection des investisseurs au Sénégal. Cependant, ce qui peut encore poser problème c’est certainement les hommes qu’on met dans tout ce système. J’ai le sentiment parfois qu’il y a un poids et plusieurs mesures en fonction des sensibilités, des enjeux, des appuis, des nationalités…. Au Sénégal, il semble plus facile de s’attaquer aux investisseurs sénégalais. Il m’a été rapporté que Papa Mademba Bitèye répète, en privé, à longueur de journée qu’il ne craint rien parce qu’il a le soutien de l’Etat et que personne ne peut lutter contre l’Etat, en particulier pas un Sénégalais. Donc il commet un forfait en violant l’exclusivité d’un contrat régulièrement formé, voire même un double forfait en bloquant indûment des factures sur des prestations qui n’ont rien à voir avec le contrat en question, mais il dit ne rien avoir à craindre parce qu’il est couvert, selon ses propres dires, par l’Etat. De fait, on voit la mentalité de ce genre de personnes arrivées à la tête de grandes structures publiques en étant sorti premier d’un concours de circonstances. La conséquence c’est qu’on se retrouve avec ce que j’appelle un trouble à l’ordre public économique. Quand j’entends un DG dire qu’il remet en cause un contrat parce qu’il ne l’a vu que plusieurs mois après sa nomination, ce qui au passage est inexact car il était au CA de Senelec qui a validé à l’unanimité la signature du contrat et il a posé plusieurs actes de poursuite de l’exécution dudit contrat jusqu’à décembre 2019 (8 mois après sa nomination), oui je m’inquiète pour les investisseurs. Il y a une exigence de continuité de l’Etat qui obligeait M. Bitèye. Peut-on imaginer que chaque nouveau DG ou ministre qui arrive, parce qu’il voudrait faire ses petites affaires, remette en cause des contrats signés en bonne et due forme ? La réponse est évidemment non. Senelec mérité mieux que cela. Le Sénégal mérite mieux que cela. Le secteur de l’énergie est un secteur stratégique qui, pour être performant, exige d’importantes ressources financières et une très bonne planification. C’est un secteur qui ne tolère pas les errements ou les approximations au risque de les payer cash. Le cas échéant, seuls les pauvres Goorgorlu sénégalais le ressentiront. Et disposer de ressources énergétiques fossiles ne pourra rien y faire, parce qu’au regard des sommes engagées il faudra du temps pour apurer les dettes ; conséquence, la baisse du coût du kWh promise par son Excellence le Président Macky Sall peut ne pas voir le jour de sitôt.

(Walf Quotidien)

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