Soft confinement : Macky Sall fait plus que jamais dans la politique

« Puiser dans le génie créateur des sénégalais », a dit le président Macky Sall. Mon œil! La réalité, c’est que les scandales soulevés dans l’achat et la distribution des aides aux plus démunis ont fait perdre à l’État la force et la posture morale d’en imposer davantage. La réalité, c’est que la faiblesse manifeste des pouvoirs publics a  terni l’image du chef de l’État. Dès lors, le besoin pressant d’adaptation de l’homme politique s’est illustré en désespoir de cause. Persister dans la voie d’une gouvernance d’autorité était devenu suicidaire, faute d’assurance et d’aplomb, faute de légitimité.

Pour peu, l’opposition, jusque-là respectueuse plus ou moins du pacte de non-agression, allait sévir. Elle n’aurait pas eu le choix, n’ayant plus d’argument encore recevable et raisonnable d’accorder sa confiance béate au président de la République. Ce dernier a prêté le flanc depuis belle lurette aux yeux de l’opinion. Suffisant pour que l’opposition monte au créneau pour ne pas rester en rade, pour ne pas céder à la société civile et aux autres activistes le soin de s’opposer à sa place. Il en est fallu de peu pour que Macky Sall et ses alliés se retrouvent entre mille feux nourris sans aucune possibilité payante de faire comme d’habitude : brouiller les cartes du cocktail de droit, de responsabilité, d’émotion et d’impression.

Les mosquées seront ouvertes, les marchés feront de même et le couvre-feu verra ses heures de rigueur réduites. À présent, les Sénégalais, dans leur grande majorité, resteront en reclus de peur que la grande mêlée macabre, annoncée depuis la dernière sortie de Macky Sall, ne les emporte. Chacun fera office d’expert, de force de sécurité et d’autorité exécutive pour lui-même. Ce sera, au moins, une externalité positive du discours controversé du président dont l’effet capital sera d’attirer l’attention des consciences hagardes sur les risques encourus. En rompant ainsi les amarres, l’orientation nouvelle  va inoculer à grande échelle le sentiment personnel du sauve qui peut jusque dans les rangs de ceux qui faisaient croire à la nécessité vitale de vivre avec le virus.

C’est peut-être de l’enchère ou, à tout le moins, un jeu à somme nulle qui est escompté. L’enjeu de paix sociale et les risques de désobéissance civile étaient devenus vraisemblablement les grandes épreuves du régime. Comme pour dire : le jeu n’en vaut pas la chandelle. L’assouplissement des conditions de confinement évite de justesse une situation de fronde et de grogne potentiellement hors de contrôle. Difficile de laisser prier dans certaines mosquées et pas dans d’autres. Difficile d’imposer un confinement continu sans accroitre l’assistance. Impossible de concilier l’impératif de survie, la responsabilité de santé publique et la mission d’ordre public. Il a fallu en sacrifier, aucune autre option que de lâcher prise.

Cette fois-ci, et pour la première fois, Macky Sall est carrément déstabilisé. Politiquement, il a posé un acte d’abandon qui ne lui ressemble pas du tout. Il a été pris au dépourvu. Sa capacité d’anticipation n’a pas opéré cette fois-ci, le laissant à la merci de l’urgence et des menaces imminentes de bravades. Cette fois-ci, l’homme politique est sur la même longueur d’onde que ses rivaux. Il n’a même plus la marge de manœuvre qui lui a toujours permis de prévenir les portées pernicieuses des protestations. Mais là aussi, il s’adapte vaillamment sous des apparences d’enfant de chœur.

Birame Waltako NDIAYE

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