Un « héros » qui a donné sa vie : en Chine, la colère après la mort du médecin lanceur d’alerte sur le coronavirus

Sa mort a provoqué tristesse et colère en Chine. Li Wenliang, 34 ans, est mort tôt ce vendredi 7 février au matin, atteint du coronavirus. Ophtalmologue à Wuhan, il était l’un des premiers médecins chinois à avoir sonné l’alarme en décembre quant aux dangers d’un nouveau virus. Sanctionné et réduit au silence par les autorités, ce lanceur d’alerte est depuis érigé en héros par de nombreux Chinois.
Ses proches aussi contaminés par le virus
Opéré jeudi soir, des articles de médias d’Etat chinois avaient annoncé sa mort avant d’être supprimés, déclenchant l’angoisse de nombreux internautes. Son décès a finalement été confirmé ce vendredi sur le réseau social chinois Weibo par l’hôpital central de Wuhan, qui exprime « son profond regret et ses condoléances ».
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Ophtalmologue de Wuhan, Li Wenliang attendait avec sa femme un deuxième enfant, rapporte le « New York Times ». Selon le « South China Morning Post », quotidien hongkongais, il aimait manger et gâter sa famille. Son compte Weibo montre par ailleurs son attrait pour les gadgets et son admiration pour l’acteur et chanteur chinois Xiao Zhan.

D’après le « Guardian », les parents du médecin ont aussi contracté le virus. Les cas de sa femme et de son enfant sont encore incertains.
Accusé d’avoir « fortement perturbé l’ordre public »
Li Wenliang avait observé en décembre des patients présentant des symptômes similaires à ceux du Sras, dont l’épidémie en 2002-2003 qui avait causé la mort de près 800 personnes dans le monde. Craignant la résurgence du virus, il avait averti ses collègues le 30 décembre, leur conseillant de porter masques et combinaisons pour se protéger.

Le médecin avait été retrouvé par les autorités et accusé, lui et sept autres personnes, de propager des fausses informations. Il avait raconté avoir été obligé de signer une lettre reconnaissant qu’il avait fait « des commentaires erronés » et avait « fortement perturbé l’ordre social ». Le 30 décembre, jour de son message à ses confrères, les autorités sanitaires locales avaient pourtant confirmé 27 cas d’un nouveau virus, dont l’épicentre semblait être un marché à Wuhan.

De retour au travail pour soigner les patients atteints du virus, il l’avait finalement lui-même contracté avant d’être diagnostiqué le 1er février. « J’étais fiévreux le 11 janvier et j’ai été hospitalisé le jour suivant, écrivait-il le 31 janvier sur son compte Weibo. A ce moment-là, le gouvernement assurait encore qu’il n’y avait pas de transmission d’humain à humain et qu’aucun personnel médical n’avait été infecté. J’étais confus. »
Jusqu’à récemment, Li Wenliang semblait optimiste sur son état. « Après ma guérison, je veux retourner sur le front, avait-il confié au journal chinois « The Southern Metropolis Daily ». L’épidémie se répand toujours, et je ne veux pas être un déserteur. »
« Je veux la liberté d’expression »
Alors qu’il était déjà salué pour son implication avant son décès, la mort de Li Wenliang a provoqué une vive colère sur les réseaux sociaux. Les messages de deuil se sont rapidement transformés en appel à liberté d’expression : le hashtag « Je veux la liberté d’expression » a fait son apparition sur Weibo, et cumulait 2 millions de vues selon le « Guardian » avant de succomber à la censure. Mais les messages d’indignation continuent d’affluer.

« On peut tout réprimer mais pas le chagrin », a écrit un internaute sur Weibo. « C’est un héros qui a donné l’alerte au prix de sa vie », réagit un autre, confrère wuhanais de Li Wenliang. Des photos partagées sur le réseau social montrent l’inscription « Adieu Li Wenliang » écrite dans la neige.

L’OBS

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