Y en a marre des prédications gouvernementales

Par Birame Waltacko NDIAYE

Pour une rupture de rêve, pour le rêve de voir disparaître les démesures, le gaspillage et le désordre dans le pays, il nous est demandé de la rigueur, du renoncement et parfois même de l’austérité. Et pourtant, les partisaneries ruineuses, les institutions budgétivores, les nominations coûteuses sont passées sous silence comme si elles étaient impératives. En lieu et place, le coût du téléphone des fonctionnaires et assimilés est ciblé comme l’arbre qui cache la forêt. De l’imam en chef, Seydi Macky, et de ses potes, nous attendons modèles et mouvement d’ensemble. Tels sont les prix d’une adhésion populaire, de l’engagement volontariste des populations qu’ils sollicitent en vain.

La ligne de communication empruntée par les autorités sur le problème des inondations est tout aussi pathétique. S’attendre des individualités une attitude civique sans déterminisme psychosocial s’apparente au berger paresseux freiné par la difficulté d’accéder  au vert pâturage et qui supplie le troupeau d’observer une diète. Les attentes idéalistes d’un Sénégalais de type nouveau ne favorise que propension au cynisme et au désespoir collectif. C’est inverser les rôles et l’ordre de stimuli et d’exécution que de vouloir décréter droiture et détermination durables sans exemple du haut, ni incitation. Nos décideurs, fussent-ils de droit divin, ont la charge et la mission de prévenir continuellement les  « hommeries ». Seul le niveau d’organisation peut contenir les dérives éminemment humaines de sécurisation égoïste.

Au commencement était l’emballement, puis s’en est suivi le recueillement, et depuis s’enchaînent en rafale les sermons d’hygiène de vie et de citoyen modèle. Jusque-là, les accusations d’incivisme, les démonstrations faites sur notre fautive facette et les menaces de ruine tympanisent beaucoup plus qu’elles ne corrigent les écarts, surtout ceux d’en haut. C’est comme à l’approche de la coupure lors d’une dure journée de ramadan. Le bla-bla n’a que trop duré. Il est vrai que les courbettes de partisans, les groupements d’intérêts personnels et les transhumances d’utilité particulière ne donnent plus rien. Les élections sont derrière nous. En lieu et place, nous préférons des efforts de correction et redressement.

Les corps et les esprits sont exsangues depuis l’aurore, annonces et planifications de rigueur économique. A chaque fois, depuis les plans d’ajustement, les pros de la pédale politique en appellent, par coup de prêches et de promesses, à moins et à mieux d’Etat. Quand est-ce qu’il s’agira de couper court avec tous ces cycles en spirale de politicaillerie, de perdition et de réprobations inutiles ? La rupture voulue et visée sera l’unique référence pour la postérité et la seule indication d’un virage vers l’essentiel. Cette rupture, nous la voulons relevée d’initiatives, de renoncements et d’exploits pour un meilleur Sénégal, notre table à manger, rapiécée et bien garnie, mais goulûment gaspillée.

Renfermés dans des serments répétitifs des hommes dits d’État, nous attendons, en sempiternels disciples béats, la rupture d’avec la gouvernance vorace et véreuse. Comme par les temps qui courent, nous prenons notre mal en patience tout abstinents d’ivresse et d’outrance, conformément aux prescriptions pour un pays à raccommoder de toute pièce. Nous restons quand même à l’écoute du vrai signal vibrant de fraîcheurs, indication que nous pouvons manger et boire dorénavant sans crainte de nous faire avoir, sans le sentiment qu’il est demandé uniquement au petit peuple de serrer la ceinture.

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