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Frontière Sénégal-Guinée-Bissau : Le trafic continue dans un filtre

Après une heure à bord d’une moto en provenance de la ville de Kolda, surgit Saré Koubé, dernier village sénégalais avant la Guinée-Bissau. Ce village est rattaché à la commune de Médina El Hadji dont environ une dizaine de kilomètres le sépare. Tous situés au sud du département de Kolda, une piste rurale les relie. Ici, les villageois mènent le combat contre le coronavirus comme ils peuvent.
(Correspondance) – Couché sur une charrette, Boubacar Diallo vêtu d’un caftan et pantalon jean veille sur le passage à la frontière entre le Sénégal et la Guinée-Bissau. Celle-ci est matérialisée par une corde de laquelle pendent des morceaux de sacs vides pour la rendre mieux visible. Elle est attachée à trois piquets. A côté de l’un d’eux, un seau d’eau et du savon pour se laver les mains. «Si vous voulez prolonger votre chemin, lavez-vous les mains!», ordonne le jeune homme, sur la charrette à l’ombre d’un manguier. C’est presque le même rituel depuis l’apparition au Sénégal des premiers cas de Covid-19 ayant conduit à la fermeture des frontières. Ici, Boubacar et ses voisins veillent au grain. Leur village, Saré Koubé, constitue le premier ou dernier rempart contre le coronavirus, c’est selon la destination du touriste. Situé dans la commune de Médina El Hadji dont il est distant d’une dizaine de kilomètres, Saré Koubé possède une case de santé qui accueille régulièrement des Bissau-guinéens malades. A vélo ou à moto, d’autres traversent souvent la frontière ou entièrement le village pour acheter de la cola ou des denrées de première nécessité. «Il y a des malades venant de la Guinée-Bissau, qui ont besoin d’être soignés d’urgence. Certains viennent acheter du riz parce que la première ville bissau-guinéenne, c’est Fadionkiro. Elle se trouve à 20 kilomètres environ. C’est presque la même distance entre notre village et la ville de Kolda. Donc, on laisse passer les personnes parfois», explique Samba Mballo, habillé d’un tee-shirt bleu et d’un pantalon ravagé par la poussière, de même que ses chaussures aux lacets de fortune. «On a arrêté de référer vers nos districts les malades venant de la Guinée-Bissau. On les renvoie vers leur pays d’origine parce qu’on n’a pas les équipements qu’il faut pour lutter contre la maladie. Nous n’avons jamais enregistré un cas de corona. Dieu merci!», tranche Hamadou Baldé, l’agent de santé communautaire de Saré Koubé. Dans cette case de santé, il n’existe pas de thermo flash, ni de gants, encore moins d’équipement individuel pour se protéger contre la maladie. Plus de cinq agents sont assis dans une sorte de salle d’accueil. Ils éclatent souvent de rire. Un seul porte un masque baissé jusqu’au niveau du menton.
Sur cette partie du territoire sénégalais, Samba est pratiquement chef d’équipe des surveillants de la frontière. Il nous invite à aller voir la borne qui sépare les deux pays. Un énorme bloc de ciment et de béton de 1 mètre 50 environ de hauteur s’impose sous un arbre. Une autre de la même taille se trouve tout près des cimetières du village. A 150 mètres, au sud de Saré Koubé, se situe le premier village bissau-guinéen du nom de Demba Daaral. «Mes beaux-parents vivent dans ce village. C’est eux qui me demandent au téléphone d’aller réparer leurs latrines», rigole Samba, accoudé sur la borne, donnant dos au village bissau-guinéen. Il sera bientôt midi. Le soleil darde ses rayons. Un vent chaud et sec souffle, remuant le feuillage des manguiers. Aux éclats de femmes cueillant des mangues, succède le bruit d’une moto venant d’un des villages bissau-guinéens. Après s’être lavé les mains et d’éphémères salutations, l’homme affirme qu’il est venu acheter de la cola pour célébrer les funérailles d’un des leurs. «Celui-là, on le connaît. On ne peut pas lui refuser cela», explique Samba. Aussitôt la nouvelle du décès fait le tour de Saré Koubé. D’hommes dont quelques-uns à vélo et des femmes à pieds, le voile à la tête, prennent la direction du village du défunt en sol bissau-guinéen. «Dans un rayon de 20 kilomètres de part et d’autre des frontières, les gens se connaissent tous. Nous les jeunes, on joue ensemble au football. Nous partageons les mêmes envies. C’est pour cela qu’on laisse passer», confie Samba, qui précise néanmoins que lui et ses voisins ont refoulé, chaque jour, tout au début de la fermeture des frontières, une trentaine de motos en provenance de la Guinée-Bissau. Aujourd’hui, Samba affirme que les forces de défense et de sécurité s’appuient sur lui pour sécuriser la frontière. Il soutient que le chef du cantonnement militaire de Saré Ndiaye, le commissaire de police des frontières ainsi que le maire de Médina El Hadji lui donnent carte blanche pour faire respecter les mesures édictées par l’Etat du Sénégal dans le cadre de la lutte contre la Covid-19. «Le chef de la police des frontières et le chef du cantonnement militaire de Saré Ndiaye sont venus jusqu’ici pour s’enquérir de notre travail. Ils nous ont filé leur numéro de téléphone. Et nous avons eu à les contacter pour des personnes qui n’ont pas voulu se conformer», s’enorgueillit Samba, qui n’est pas prêt à baisser la garde. A présent, lui et ses camarades soutiennent que même la nuit, ils assurent le service. Seulement, les moyens manquent. «Un jour, j’ai appelé le responsable militaire à cause d’une personne qui n’a pas voulu respecter les règles. Il m’a fait savoir que son véhicule n’était pas disponible pour venir me répondre. Mais, il m’a mis en rapport avec les militaires bissau-guinéens qui ont un poste non loin d’ici. Ces derniers sont venus régler le problème», raconte Samba. Qui sait que certaines personnes empruntent des pistes secondaires pour franchir les limites. La saison des pluies approche. Presque aucun villageois ne s’occupera de cette frontière car ils sont tous des paysans. Donc, ils iront presque tous aux champs.

WALF

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