Tout compte fait, les Cours de justice internationales ne sont que des épouvantails

Présomption d’innocence bafouée, détention arbitraire, violation du droit à l’assistance d’un avocat et à un procès équitable, l’arrêt de la Cour de la Cedeao du 29 juin avait provoqué un rebondissement inattendu dans l’affaire Khalifa Sall. D’ailleurs, l’État du Sénégal était condamné à payer la somme de 35 millions de francs CFA à titre de réparation, condamnation censée être immédiatement exécutoire. « La décision des juges d’Abuja n’aura aucune incidence sur la procédure en cours. La Cedeao n’est pas au-dessus des juridictions nationales, » avait dit un des avocats représentant l’État du Sénégal. Droit communautaire ou international quand ça profite, souveraineté nationale quand ça pique.

La CPI se fait passer pour une redresseuse de torts. Et pourtant. Ce qui est bon pour minou est bon pour pitou. Le président du Soudan, Al-Bachir, est parvenu, depuis son premier mandat d’arrêt, à se rendre dans plusieurs dizaines de pays sans jamais être inquiété. Il est pourtant poursuivi pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide au Darfour, où les violences ont fait plus de 300 000 morts depuis 2003. « Host agreement », garantie de sécurité et d’immunité des participants au sommet de l’Union africaine, avait brandi Pretoria en juin 2015 pour lui permettre de se déplacer sans encombre.

Les mêmes escroqueries intellectuelles ont conduit le Bénin et la Côte d’Ivoire à s’en prendre à la Cour africaine. La Côte d’Ivoire s’est retirée de la déclaration de compétence de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP). Ce retrait est intervenu juste après que cette Cour a rendu certaines décisions en défaveur de l’État ivoirien, notamment la suspension du mandat d’arrêt émis par la justice ivoirienne, à l’encontre de l’opposant en exil Guillaume Soro.

De son côté, le gouvernement béninois a jugé que la CADHP est sortie de son champ de compétence en ordonnant la suspension de l’organisation des élections communales et municipales. La CADHP avait été saisie par l’opposant Sébastien Ajavon invoquant des violations de ses droits, dont celui de prendre part aux processus électoraux dans son pays.

Mesquinerie et boule de mensonge, les deux pays font croire qu’il est question de souveraineté. En effet, cette doctrine du retrait est un moyen très lâche de se dérober. C’est un traitre moyen sournois d’échapper aux ordres des conventions. D’ailleurs, c’est dans ce sens que les États-Unis se retirent de plusieurs accords internationaux ou en font la menace, prônant « l’Amérique d’abord ». À ce rythme, l’application de la peine de mort leur sera également ravie pour servir la petite politique en terre d’Afrique.

Birame Waltako Ndiaye

 

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